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chroniques littéraires

L’épouvantail – Stromboni & Cotte

Publié par le 18 juin 2013

La collection Rivages/Noir de chez Casterman publie des adaptations de romans parus chez Rivages. Ronald Hugh Morrieson n’en n’a pas écrit beaucoup, mais L’Epouvantail a pourtant déjà fait l’objet d’une adaptation au cinéma (The Scarecrow de Jason Sam Pillsbury, 1982).  La couverture, évoquant un film noir, voire un film d’horreur, donne le ton de cette bande dessinée, résolument sombre.

Hubert Slater, magicien de son état, s’installe dans la ville paumée de Klynham, Nouvelle-Zélande. Il séduit tout le monde grâce à quelques tours. Son arrivée coïncide avec la découverte du corps d’une jeune fille. C’est aussi à ce moment-là que Ned et Les découvrent qu’on leur a volé leur réserve de pignons qui devait leur servir à acheter des poules. Persuadés que la bande de Lynch est à l’origine du vol, les deux adolescents partent de nuit en voler quelques-unes.

C’est que dans la Nouvelle-Zélande rurale des années trente, quelques poules permettent de gagner de l’argent, alors qu’il y en a peu. Tout ce qu’il y a, c’est de la poussière, de l’alcool et de la bagarre. Cotte et Stromboni mettent largement l’accent sur l’arriération de la population, qui se laisse facilement abuser par les propos d’un beau parleur qui présente bien comme Hubert Slater.

Le trait de Stromboni n’épargne pas cette sous humanité faite d’alcoolos, de débiles, de méchants.

Il n’y a guère que les jeunes adolescents, tout en émoi, porteurs de rêves pour adoucir parfois le tableau.

Tableau d’ailleurs très sombre, sur papier jaune ou noir, chargé d’ombre et de rouge. Le trait peut se faire précis mais à l’image de la narration, le dessin est globalement confus, embrouillé. On ne sait pas toujours bien qui on suit, ni ce qu’on doit suivre d’ailleurs. Pas d’enquête sur la jeune fille retrouvée morte, pas de personnage central pour porter une histoire. On assiste plus à des scènes, à des tensions qui se créent à force de frustrations. L’ambiance étouffante gagne en intensité, on se met à craindre le pire, non sans raison. Enfin peut-être, car la fin est étrange et peut donner lieu à plusieurs interprétations.

Il faut lire L’épouvantail si on apprécie les ambiances plutôt malsaines, tendues, le genre western hyper réaliste autour d’une population de pauvres Blancs imbibés, limite dégénérés. On est pas loin non plus de l’Amérique profonde et de tous les tarés qu’elle a pu nourrir en son sein…

 

L’épouvantail

Olivier Cotte (scénario) et Jules stromboli (dessin)
Casterman, 2012
ISBN :  9782203048881 - 128 pages – 18 €

A moi seul bien des personnages – John Irving

Publié par le 15 juin 2013

Ceux qui aiment les romans de John Irving ne seront pas déçus par ce dernier opus qui regroupe bien des thèmes chers à ce romancier tant apprécié. L’identité sexuelle trouble, l’adolescence, la tolérance, le père absent, Vienne, Shakespeare (mais très peu d’ours)… des figures et des lieux familiers, mais avant tout un ton qui emporte dès les premières pages.

Billy est élève à First Sister, Vermont. Il est adolescent dans les années 50, fils d’un père dont il ne sait rien et d’une mère souffleuse de théâtre. Théâtre amateur, celui de la First Sister Academy qui ne jure que par Shakespeare. L’établissement n’étant pas mixte, des hommes ou jeunes garçons doivent jouer les rôles féminins, et c’est donc sur scène que Billy, narrateur de cette histoire, donnera le meilleur de lui-même. Comme son grand-père Harry qui brûle les planches dès qu’il s’habille en femme.

Très tôt Billy sait qu’il n’est pas homosexuel car il se sent à la fois attiré par Miss Frost, la bibliothécaire qui lui fait découvrir la littérature et par des hommes, dans un premier temps Richard Abbott qui deviendra son (jeune) beau-père et finira par l’adopter, puis par un camarade, l’arrogant Kittredge. On apprendra tout au long du livre, théâtre à l’appui, qu’il faut se méfier des apparences, surtout des apparences sexuelles. Il faut dire que Billy a des antécédents hors normes, transgenres : un grand-père travesti, un père homosexuel, une mère attirée par les très jeunes hommes, un oncle…, une tante…, et des amis bien sûr tout aussi indécis, beaucoup d’amis (trop peut-être) « en questionnement » comme on dira plus tard.

John Irving  choisit un Billy devenu vieux pour raconter essentiellement son adolescence, globalement de façon chronologique. Il passe ensuite aux années quatre-vingt qui égraineront les pertes funèbres dues au sida. Une vie au sein d’une minorité, voire même d’une minorité au sein d’une minorité : un bisexuel, pas un homo, donc suspect aux yeux des hétéros et des homos. Une vie dans les marges, et donc de questionnements (Billy fait-il une erreur d’aiguillage amoureux ?) et comme toujours chez Irving une grande ouverture d’esprit.

Sans oublier l’humour à tous les coins de pages, une certaine loufoquerie même et une grande empathie pour ces personnages qu’il est à lui seul, ce John Irving. Rien que la famille de Billy, cabossée à souhait, vaut d’être rencontrée par les excès qu’elle incarne. Le grand-père est savoureux, mais l’oncle aussi, cet ivrogne, la cousine lesbienne, la tante à la fameuse poitrine. Les pièces de Shakespeare exacerbent leurs tensions qu’ils mettent en scène aux yeux de tous. Ah le grand-père jouant une des filles du roi Lear !

John Irving n’hésite pas à employer un vocabulaire très cru et décrit explicitement certaines pratiques et préférences homosexuelles. C’est qu’il est ici question de sexe et pas d’autre chose, il faut donc à un moment tomber les masques, être crédible jusqu’au bout. Et même si le livre se termine de nos jours, sur le mariage homosexuel, il se clôt cependant sur des vociférations : « Vous êtes contre nature, vous n’êtes pas normal ! ». Bienvenue dans le monde réel…

Alors malgré l’accumulation  de personnages hors norme, on se laisse emporter par tous ces gens, si loin de nous et pourtant si proches par leur humanité. John Irving fait nôtres, le temps de quelques pages, les interrogations et les peines d’un bisexuel.  On partage ses tourments et ses joies, et au final on ne peut être que déçu de ne jamais rencontrer Billy, Miss Frost et Kittredge. Mais allez savoir, on les a peut-être déjà croisés, les apparences sont tellement trompeuses…

De John Irving sur ce blog : L’oeuvre de Dieu, la part du Diable 

 

A moi seul bien des personnages

John Irving traduit de l’anglais par Josée Kamoun et Olivier Grenot
Seuil, 2013
ISBN : 978-2-02-108439-9 – 470 pages – 21 €

In One Person, parution aux Etats-Unis : 2012

Rentrée littéraire 2013 ?

Publié par le 12 juin 2013

Les noms ont circulé, les premiers titres se dévoilent, les livres arrivent : la rentrée littéraire 2013 est en route. Déjà. Déjà l’automne alors que l’été n’a pas encore commencé. Déjà des nouveautés alors qu’on n’a pas fini celles de l’an passé. A savoir, côté français ? Quelques titres glanés çà et là d’auteurs dont on parlera, en attendant la parution prochaine du Livres Hebdo sur le sujet :

  • Gallimard  : Faber de Tristan Garcia, Plonger de Christophe Ono-dit-Biot, L’état du ciel de Pierre Péju, Le chemin des morts de François Sureau…
  • Seuil : Les saisons de Louveplaine de Cloé Korman, L’échange des princesses de Chantal Thomas…
  • Flammarion : Toute la noirceur du monde  de Pierre Mériot (le buzz…), Hélène Grémillon…
  • Grasset :  Le quatrième mur de Sorj Chalandon, Naissance de Yann Moix (plus de 1000 pages…),  Immortelles de Laure Adler (premier roman), L’invention de nos vies de Karin Tuil…
  • Actes Sud : Une part de ciel de Claudie Gallay, Kinderzimmer de Valentine Goby, Parabole du failli de Lyonel Trouillot, Danse noire de Nancy Huston…
  • P.O.L. : Il faut beaucoup aimer les hommes de Marie Darrieussecq, Ormuz de Jean Rolin…
  • Belfond : La vie critique d’Arnaud Viviant…
  • L’Olivier : La grâce des brigands de Véronique Ovaldé, L’accomplissement de l’amour d’Eva Almassy
  • Albin Michel : Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, La nostalgie heureuse d’Amélie Nothomb, La nuit en vérité de Véronique Olmi, Les perroquets de la place d’Arezzo d’Eric-Emmanuel Schmitt, Petites scènes capitales de Sylvie Germain…
  • Julliard : Sulak de Philippe Jaenada, Les anges meurent de nos blessures de Yasmina Khadra, Vertiges de Lionel Duroy…
  • Verticales : Je ne retrouve personne d’Arnaud Cathrine…
  • RingUtøya de Laurent Obertone…
  • Stock : La servante du Seigneur de Jean-Louis Fournier, Avoir un corps de Brigitte Giraud…
  • Robert Laffont : Un jour je m’en irai sans avoir tout dit  de Jean d’Ormesson…
  • Rivages : Faillir être flingué de Céline Minard…

Pas grand-chose qui me tente… Qu’est-ce que ça va m’apporter de lire le dernier Philippe Jaenada alors que le précédent je ne l’ai pas encore lu, qu’il prend la poussière sur mes étagères ? Pas envie de jouer le jeu de la rentrée cette année, de passer une partie de l’été à lire des nouveautés que j’aurais oubliées dans un an.

Il y a bien quelques auteurs étrangers pour retenir mon attention en cette future rentrée : J.M. Coetzee (Une enfance de Jésus) au Seuil, Laura Kasischke, Peter Carey (La chimie des larmes) chez Actes Sud, Junot Diaz (Guide du loser amoureux) chez Plon, Martin Caparros (Living) chez Buchet Chastel, Richard Ford (Canada) chez L’Olivier, Douglas Coupland (Génération A) au Diable Vauvert, Richard Russo (Ailleurs) au Quai Voltaire, Jordi Soler (Dis-leur qu’ils ne sont que cadavres) chez Belfond, Barbara Kingsolver (Dans la lumière) chez Rivages, Louise Erdrich (Dans le silence du vent) chez Albin Michel, Richard Powers (Le dilemme du prisonnier) au Cherche Midi…

J’ai surtout envie de consacrer mon été, entre autres à certains auteurs que je n’ai pas assez lus et dont je repousse sans cesse la lecture : Tim Willocks, James Ellroy, Joyce Carol Oates, … et quelques autres pavés, le plus souvent anglo-saxons.

 

Alors, rentrée, pas rentrée ?