Tête de lecture

chroniques littéraires

Les mystères de Pittsburgh – Michael Chabon

Publié par le 24 mai 2013

Fin de l’année universitaire pour Art Bechstein, le narrateur de ce roman. A la bibliothèque, il rencontre Arthur Lecomte, un garçon qui le fascine aussitôt, et la ravissante Phlox. Dans la chaleur du Pittsburgh estival, le cœur d’Art balance entre ses deux nouveaux amis. S’assurant de ce qu’il appelle sa normalité, il sort avec Phlox, mais ne cesse de fantasmer sur Arthur. Cleveland, un ami d’Arthur, exerce sur lui une autre sorte de fascination : celle du mauvais garçon au charisme puissant qui se perd dans l’alcool.

Art n’est pas un jeune étudiant comme les autres. Sa mère s’est suicidée alors qu’il était adolescent et son père est un caïd de la mafia juive locale qui souhaite que son fils réussisse honnêtement. Mais Cleveland se fait encaisseur pour l’oncle d’Art, ce qui conduit celui-ci vers des expériences dangereuses et quelques révélations familiales.

Les mystères de Pittsburgh, premier roman de Michael Chabon, se présente comme une éducation sentimentale moderne, je dirais même branchée, où le jeune protagoniste expérimente ses tendances hétéro et homosexuelles. Au début des années 80, avant l’invention du sida, la déception est à peu près le seul drame qui peut en découler. Et c’est effectivement déçue que je termine cette lecture laborieuse qui m’a terriblement ennuyée. Un peu de Phlox, et puis Arthur, et puis à nouveau Phlox… je me lasse. Les sentiments ne sont guère explorés, les jeunes gens se contentant plus de postures, parfois assez caricaturales. Faire des choix, les assumer, en être même fier, la leçon est classique mais le propos sans rythme ni originalité.

Il faut dire que la traduction n’arrange rien. Marc Cholodenko a choisi le passé simple pour rapporter les propos d’Art et c’est parfois très lourd. Passe encore à la première personne du singulier, mais la première du pluriel est d’une lourdeur sans pareil : « Nous jetâmes nos petits bateaux à l’eau et les regardâmes monter et descendre jusqu’à ce qu’ils disparussent de notre vue. […] Nous nous accoudâmes au parapet pendant une minute. « Crachons », dis-je. Nous crachâmes. C’était amusant, et nous crachâmes de nouveau. » L’action me semble ainsi dénuée de toute spontanéité. Par ailleurs, certains mots m’ont semblé tout simplement incorrects : « en essuyant de mes lèvres les particules de sucre glacé » (au lieu de « glace ») ou « bien que Cleveland ait dit que son père y allait tous les deux week-ends » (au lieu de « un week-end sur deux » j’imagine) ; « j’ai acheté des ciboulettes fraîches » (?). Ces trois exemples sont pris dans un ensemble de vingt pages consécutives. Au final, ça fait beaucoup de son discordant à mes oreilles. Du bruit. Qui m’a empêchée à nouveau d’apprécier Michael Chabon, dont je n’avais déjà pas pu finir Le club des policiers yiddish. Je crois que je vais m’en tenir là avec cet auteur.

Michael Chabon a aujourd’hui 50 ans.

 

Les mystères de Pittsburgh

Michael Chabon traduit de l’anglais par Marc Cholodenko
Robert Laffont (Pavillons Poche), 2009
ISBN : 978-2-221-11222-9 – 370 pages – 8.90 €

The Mysteries of Pittsburgh, parution aux Etats-Unis : 1987

Google n’est plus mon ami…

Publié par le 21 mai 2013

… enfin dans une certaine mesure, bien entendu. J’ai beau tester d’autres moteurs de recherche, comme Qwant, j’en reviens toujours à Google quand je suis pressée. Une question d’habitude.

Cependant, puisque que cette grosse machine qui se croit tout permis laisse tomber ses utilisateurs non rentables en fermant l’application Google Reader, j’ai décidé de fermer mon compte. Et sans compte Google pas de Feedly et autres agrégateurs nécessitant l’API Google Reader. Mais on peut survivre. Avec Netvibes par exemple si le mode escargot vous sied, ou avec un logiciel si vous en avez assez de dépendre d’un site qui peut fermer, être en maintenance ou inaccessible. J’ai choisi cette solution et RSSOwl (gratuit et disponible en français) après en avoir testé plusieurs. L’inconvénient est que le logiciel est dépendant d’un ordinateur. Mais on a toujours la possibilité d’installer ledit logiciel sur plusieurs ordinateurs, c’est ce que j’ai fait.

Autre fonction Google à laquelle j’ai dû trouver un remplaçant : l’archivage de documents en ligne. Un outil très utile si vous ne voulez pas vous balader avec votre ordi ou vos clés USB : vous retrouvez vos dossiers où que vous soyez (mais bien sûr, êtes dépendants d’un site). Je l’utilise pour une sauvegarde supplémentaire et pour travailler à plusieurs sur un même document, modifiable par chacune des personnes autorisées.

Grâce à ces sites, on peut aussi partager ses fichiers. J’ai choisi Box.com (gratuit et français), et vous invite, à titre d’exemple à consulter mon fichier « Envies de lecture » où se mêlent mes PAL et LAL sur une dizaine de pages… je suis ouverte à toutes propositions de lectures communes.

Quelques dates sont déjà arrêtées :

  • Clandestin de Philip Caputo pour le 1er juillet avec Mimi ;
  • Le maître de Ballantrae (ou The Master of Ballantrae pour les plus audacieux) pour le 15 juillet avec Nathalie ;

 

Un notaire peu ordinaire – Yves Ravey

Publié par le 19 mai 2013

Madame Rebernak s’occupe seule de ses deux enfants adolescents depuis la mort de son mari. Elle travaille dur, gagne modestement sa vie en faisant des ménages. Son fils, narrateur de cette histoire, fait des nuits à la station-service. Quand on lui annonce que son cousin Freddy vient de sortir de prison, tout s’accélère pour elle. Il est hors de question qu’il vienne s’installer chez elle, ni même qu’il vienne la voir.
Mais Freddy ne lui demande pas l’autorisation et vient sonner à sa porte, en bon cousin. Madame Rebernak fait tout pour qu’on l’éloigne d’elle et surtout de ses enfants. Car c’est pour viol qu’il a fait de la prison son cousin, le viol d’une petite fille, camarade de classe de sa fille Clémence. Laquelle ne se soucie de rien en ce mois de révision du bac de français. Elle a commencé à sortir le soir, à fréquenter le fils du notaire. Un garçon bien le fils du notaire, tout comme son père qui a trouvé du travail à madame Rebernak au collège et qui ramène Clémence le soir à la maison. Mais voilà, il n’est pas ordinaire ce notaire, non, pas ordinaire du tout.

Yves Ravey énonce les faits les uns après les autres. Ils s’enchainent et le lecteur sait bien qu’aussi banals qu’ils soient, ils vont conduire vers un drame, un drame du quotidien, avec des gens ordinaires dans une province française comme une autre. On comprend qu’elle est simple cette madame Rebernak, qu’elle est l’innocente victime entre le cousin et le notaire. Elle se débat, mais elle n’a ni la force, ni le pouvoir. Elle fait de son mieux pour protéger sa fille.

Il est question dans ce roman de ce qu’on sait des gens, ceux qu’on croise et qu’on croit connaître grâce à leur place dans la société. Il est question de discrimination sociale, par le statut. De tout ce qu’on voit, on entend, on croit savoir sur les autres. De Freddy et du notaire, peu ordinaire, le lecteur comme madame Rebernak croit savoir des choses, ces choses qui lui parviennent par la voix d’un jeune homme sans la ponctuation habituelle. Pas de tirets pour les dialogues, de « dit-il », mais un flot de discours. Grâce à ce narrateur qui raconte après-coup, sachant donc vers quoi mène l’enchaînement des faits, le récit monte lentement mais irrévocablement en tension, comme si chacun marchait vers son destin sans alternative possible.

La narration reste très factuelle, rien n’est interprété, et pourtant le lecteur n’a aucun mal à comprendre cette madame Rebernak, à se mettre à sa place et bientôt à craindre pour elle. C’est donc de façon subtile qu’Yves Ravey nous fait prendre part à ce drame discret mais terrible. Son écriture minimaliste et stricte est au service d’une grande efficacité émotionnelle.

Un billet chez Jérôme, qui n’a pas apprécié ce roman.

Un notaire peu ordinaire

Yves Ravet
Minuit, 2013
ISBN : 978-2-7073-2259-3 – 106 pages – 12 €