Sans un cri de Siobhan Dowd

Sans un criSuite à la mort de sa mère, Shell, quinze ans, doit s’occuper de son petit frère et  de sa petite sœur. Elle doit également éviter les coups et cris de son père, complètement perturbé par la mort de sa femme : il n’a plus de travail, passe ses journées à faire des collectes pour les pauvres (dont il détourne une bonne partie de l’argent) et ses soirées au pub. « Quelles que soient ses activités charitables, son père était mauvais comme la gale et suçait le sang des autres. Il avait un petit noyau noir ratatiné à la place du cœur. »
Arrive au village le jeune père Rose qui, disons-le ainsi, fait rêver Shell. Certainement ne le laisse-t-elle pas indifférent puisque le jeune prêtre va traverser, en arrière-fond du roman, une crise de vocation. Beaucoup plus prosaïquement, Shell plait aussi au jeune Declan Ronan, tombeur de filles. Pourquoi Shell repousserait-elle ce garçon, elle que son accoutrement misérable et sa timidité ont toujours laissée à l’écart des autres jeunes de son âge ? Elle succombe donc aux charmes du garçon, se fâchant ainsi avec sa meilleure amie Bridie qui sortait avec lui sans le lui avoir dit. Inévitablement, quelques mois plus tard, Shell se rend compte qu’elle est enceinte. Elle essaie de se leurrer, ne dit rien à personne, et un jour, Ronan disparaît : il est parti aux États-Unis, quittant l’Irlande, « ce trou noir, ce putain d’immense trou noir. »

On n’échappe pas dans ce roman pour adolescents au refrain misère, alcool et pommes de terre. Mais Siobhan Dowd a l’immense mérite de nous épargner tout misérabilisme. Cette jeune Shell ne se morfond pas dans le malheur, elle ne lutte pas en suant et pleurant ou en se mordant les poings. Non, elle est une jeune fille pleine de vie qui vit au jour le jour avec ses rêves, le souvenir de sa mère et la chaleureuse présence de ses frère et sœur. Pas de pathos non plus dans la conduite du père qui ne donne pas lieu à des descriptions sans fin sur les ravages de l’alcool. Pareil pour le poids de la religion catholique qui, pour être omniprésente, n’est pas une chape caricaturée à l’excès. Tout ça est donc plutôt positif.
Par contre, j’ai trouvé quelques longueurs à ce roman, surtout dans sa première partie, car la vie de Shell est tout de même bien monotone et l’action ne commence vraiment qu’à la naissance de son bébé page 215. Dès lors, les personnages se révèlent vraiment (les voisins, le père) et l’intrigue s’accélère car il va y avoir enquête policière : deux bébés ont été trouvés morts au village. L’auteur ménage bien son suspense, au point que le lecteur se demande s’il sait vraiment bien ce qui s’est passé ou s’il a été abusé : intéressant.

Quand on sait que cette histoire est tirée de faits divers réels (dixit la quatrième de couverture), on se dit que la malheureuse jeune fille a dû endurer le pire de la part de la police et des voisins. Voilà, je ne suis pas complètement enthousiasmée par cette lecture, mais pas déçue non plus. J’ajoute quelques précisions sur l’auteur, pêchées sur le site des éditions Gallimard : Siobhan Dowd a écrit des nouvelles et des articles avant de publier Sans un cri, son premier roman, qui recueille les honneurs de la critique et lui permet d’être élue parmi les vingt-cinq « auteurs du futur » par The Gardian. Malheureusement, en août 2007, à quarante sept ans, elle décède d’un cancer.

 

Sans un cri

Siobhan Dowd traduite de l’anglais par Cécile Dutheil de la Rochère
Gallimard Jeunesse (Scripto), 2007
ISBN : 978-2-07-057335-6 – 357 pages – 13 €

A Wift Pure Cry, parution en Grande Bretagne : 2006

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