Un instant d’abandon de Philippe Besson

Un instant d'abandonUn homme, Thomas Sheppard, rentre chez lui après cinq ans de prison. Il a été condamné pour ne pas avoir pu sauver son fils de huit ans mort en mer lors d’une sortie en bateau. Sa maison est vide, les habitants le regardent de travers, lui envoient des lettres anonymes, et lui se souvient. Grâce à Rajik, le Pakistanais, lui aussi étranger au village, puis à Betty la petite vendeuse, il se remémore sa vie de couple (un lent naufrage), la sortie en mer, le procès puis sa vie en prison. Et peu à peu, le lecteur en apprend plus : l’enfant n’était pas son fils, il le savait mais n’a jamais rien demandé à sa femme ; il a jadis souhaité la mort de l’enfant qui n’est pas mort en tombant à l’eau comme il l’a toujours affirmé ; il a rencontré quelqu’un en prison.

Ce livre devrait être émouvant, mais je sors de cette lecture plus agacée qu’émue. Dès les premières lignes, je m’étonne : pourquoi Philippe Besson a-t-il ressenti le besoin d’implanter son histoire en Cornouailles ? Il est aussi Anglais que moi, ça se sent tout de suite et la Bretagne aurait tout aussi bien fait l’affaire. Ou même la Corse. Mais vraiment pas la Cornouailles, vraiment pas. Moi qui y suis allée, je n’ai rien retrouvé dans ce livre qui me rappelle la magnificence des paysages, l’odeur de la mer et de l’arrière-pays, la gentillesse des gens et les mouettes, mazette, les mouettes ! Et bien  sûr, l’indispensable touche british, totalement absente ici. Un peu de vent, la pluie et les bateaux, un ferry qui croise au loin, et voilà la Cornouailles. C’est ce qu’on appelle faire couleur locale

Donc, ça commençait mal… J’ai alors essayé de m’intéresser à la psychologie du narrateur, à son histoire, puisque c’est ce qui importe dans ce roman, à l’intrigue inexistante. Qui est vraiment cet homme ? A-t-il tué le gosse ? Prémédité sa mort ? Eh bien, je suis restée indifférente du début à la fin, car ce type est froid, sans profondeur malgré tous les efforts de l’auteur. Celui-ci nous agite sous le nez la part sombre de Thomas Sheppard, son côté inavouable qui devrait faire de lui un héros maudit et ambigu « Un jour, cela a été clair, d’une incroyable clarté : quelqu’un devait mourir. Par la mort, nous serions enfin en mesure d’en finir ».

Il aimerait bien Philippe Besson que l’on entre dans l’intimité de cet homme, qui ne reste qu’un personnage tant ses grosses ficelles font grincer la machine : le monologue intérieur me fatigue, toutes ces virgules pour imiter le flot de la pensée, ces phrases courtes et vides, parfois moches, me donnent le tournis. Exemple de phrase moche : « Du coup, je suis séduit que Betty s’entête à faire comme si elle n’entendait rien et à me rendre ma monnaie sans s’occuper du sang qui sèche sur mes mains à moi. » Si ça c’est un style, alors ce n’est pas pour moi.

Je n’ai pas été émue une seconde par l’histoire de cet homme (à l’inverse de Betty la potiche qui sert de faire-valoir au narrateur) : s’il a envie, au sortir de prison, de retourner s’enterrer dans son cimetière pseudo cornouaillais, grand bien lui fasse.

Le seul avantage d’Un instant d’abandon, c’est qu’il est court : on se fait rapidement une idée et on passe à autre chose.

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Un instant d’abandon

Philippe Besson
Julliard, 2005
ISBN : 2-260-01681-2 – 213 pages – 18 €

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