Chasseurs de dragons de Guillaume Ivernel et Arthur Qwak

Chasseurs de dragonsZoé est une petite fille qui lit beaucoup. Son héros préféré : le chevalier gothique qui n’a peur de rien et surtout pas des dragons. Leur cri de guerre à tous deux : « Je ne te crains pas gros moche, mon cœur est pur comme de l’eau d’roche ! » Oui, mais le monde de Zoé part en chaussette : ses parents sont morts du choléra, elle a été recueillie par son très vieil oncle aveugle et méchant qui a perdu tous ses chevaliers à la chasse aux dragons. Et à présent que l’heure du réveil du dragon Bouffe Monde est éminente, qui va sauver le monde, hein ? Il se lamente le vieux dans sa forteresse : « Où sont mes gens, ma garde, mes joueurs de fifre ? », mais il n’y a plus personne. Ou presque.

Parce que non loin de là se battent Lian-Chu et Gwizdo, « deux gueux mal dégrossis ». Enfin, c’est plutôt Lian-Chu qui se bat et Gwizdo qui le regarde faire, l’encourage, et essaie de récolter des sous en arnaquant les paysans, pour de très piètres résultats. Quand ils apprennent qu’un vieux très riche est prêt à payer cher pour être débarrassé du dragon Bouffe Monde avant son réveil, ils n’hésitent pas, ils foncent. Ils la sentent bien leur bicoque tranquille au bord de l’eau qu’ils rêvent de s’acheter depuis toujours, depuis qu’ils ont grandi ensemble à l’orphelinat du havre des orphelins.

Bon évidemment, quand ils apprennent qu’ils vont devoir se rendre à l’ouest, au-delà de la fin du monde, leur enthousiasme en prend un coup. Mais bon, si l’un a du bagout, l’autre a de l’honnêteté et un besoin pressant de crédibilité. Les voilà partis avec Zoé et leur drôle de chien Hector, à la chasse au dragon.

Et on ne s’ennuie pas une minute, croyez-moi. D’abord parce que tous ces personnages sont épatants, drôles et convaincants. Lian-Chu avec son torse d’haltérophile et ses jambes épaisses comme des allumettes, Gwizdo qui voudrait jouer les chefs, Zoé qui n’arrête pas de parler. Ces deux-là commencent par ne pas se supporter (« Et si on l’abandonnait dans la forêt, hein, la chasse aux  dragons, c’est par pour les p’tites filles »), mais Zoé ne manque pas d’humour et n’est pas prête à se laisser faire sans ruser. Les réparties entre eux font mouche. Drôle également le bizarre chien Hector, qui la ramène tout le temps, les moutons et la philosophie même de l’histoire. Tout cela ne se prend pas vraiment au sérieux, en témoignent les lapins bleus qui flottent à la fin dans le décor et l’arme fatale de Lian-Chu, qui n’est autre que… mais chut, c’est sa botte secrète ! J’aime bien cet humour qui fait rire tout simplement grâce au comique de situation, aux personnages (l’occupation préférée du gros balèze est le tricot…) et aux réparties  rigolotes.

Et en plus d’être drôle, ce film est beau. Les décors sont tout simplement magnifiquement oniriques : des tours, des chapiteaux, des pilastres, des cathédrales entières errent dans l’espace à la dérive. Le grand chemin vers l’ouest évoque la grande muraille de Chine, entourée de brume et de végétation improbable. C’est un monde en décomposition où l’on ne croise plus que des chevaliers fous et des créatures effrayantes. Créatures qui ne sont  d’ailleurs pas en reste côté animation réussie, comme la nuée rouge de chauves-souris tueuses qui s’agrègent pour former un monstre vraiment affreux et méchant.

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Renseignements pris ensuite sur le Net, j’apprends que ce film s’inspire d’un dessin animé diffusé sur France 3 (connais pas, j’ai pas la télé), déjà adapté en BD chez Delcourt sur scénario de Laurent Turner et dessin de Matthieu Venant. Je connaissais cette BD, très drôle d’ailleurs, mais dont le graphisme n’arrive pas à la cheville du film.

Vous trouverez ici une excellente analyse de ce film.

Vraiment, si vous avez une heure vingt devant vous, allez-y, c’est épatant !

 
Chasseurs de dragons, Guillaume Ivernel & Arthur Qwak (2008)
Avec les voix de Patrick Timsit, Vincent Lindon, Marie Drion
Durée : 1h 22 – Sortie : 26 mars 2008

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