100 romans de première urgence de Stéphanie Janicot

100 romans de première urgenceJe n’arrive pas encore à savoir si je dois passer ce livre par la fenêtre ou le mettre à la poubelle…

Quel que soit votre mal, Stéphanie Janicot a un remède : Sa Majesté des Mouches à celle qui pense qu’elle élève mal ses enfants (sous entendu : il y a bien pire), Le comte de Monte Cristo à tous ceux qui rêvent de vengeance et Bartleby aux fainéants congénitaux qui n’arrivent pas à se lever le matin. Et vous, Caliméro en puissance qui « croyez que quand un pigeon s’oublie, c’est forcément sur votre crâne, que si quelqu’un doit se ramasser sur une peau de banane, ce sera forcément vous », eh bien lisez  Le cercle du karma de Kunzang Choden, car le docteur Janicot a lu autre chose que les classiques.

Voilà, je parcours, je vais d’un chapitre à l’autre, je rigole bien. Et puis je tombe sur « Index des livres cités », le numéro douze étant Lolita d’Ivan Nabokov… Je vais voir à la page en question et je constate que l’immense Vladimir y est toujours prénommé Ivan et j’en conclus que Stéphanie Janicot ne connaît pas le prénom de Nabokov. Bon, ben tant pis, on ne peut pas connaître plus de cent livres et le prénom de leurs auteurs respectifs… Et puis je me souviens de la remarque de Clarabel, que je cite « Le personnage fétiche de Jane Austen (p.80) ne se prénomme pas Marc, mais Fitzwilliam Darcy ». Bon, bon, bon… deux coquilles, ça commence à faire beaucoup et à semer le doute sur le reste. Je continue cependant parce que je me dis qu’on ne peut pas connaître plus de cent livres et le prénom de leurs héros respectifs…

C’est donc le sourire un peu moins rayonnant que j’entame le chapitre intitulé « J’ai abandonné mon enfant ». Je cite : « Vous êtes dans cette douloureuse situation de n’avoir pu élever vous-même votre enfant. Vous l’avez donc laissé entre les mains de son père, ou bien vous l’avez fait naître sous X, enfin peu importe : le résultat est que vous n’avez pas vu votre enfant grandir et que cela vous est une source de grande souffrance ».
Quelqu’un peut-il me dire s’il faut rire ou pleurer ? Je n’ose même pas commenter le fait que dans un tel cas, madame Janicot conseille de lire Dalva de Jim Harrison…

Et ce n’est pas fini ! J’arrive, consternée, au chapitre intitulé « J’ai été violée » : « Vous avez été victime d’un acte de barbarie, agressée, violentée, ou pire violée. Les mots vous manquent pour en parler. En y pensant, vous en tremblez encore. Vous tentez de banaliser votre mal, de minimiser votre peur, votre traumatisme. Peut-être même vous sentez-vous coupable de ce qui est arrivé. C’est courant ». Si vous voulez savoir ce que le « docteur » Janicot préconise dans ce cas-là, allez-y voir vous-même parce que moi, ça me dégoutte. Sachez au moins, que si vous avez été victime d’inceste, c’est le roman de Christine Angot du même nom qui vous est conseillé…

Il y a ici un mélange de registres qui dépasse ma compréhension. On peut certes s’amuser d’histoires de maris trompés, de patrons trop collants ou même de la dépressionnite aiguë ambiante. Mais madame de Rênal n’existe pas et Amélie Nothomb a choisi de raconter ses déboires nippons sur le mode humoristique et sa vie lui appartient. Comment peut-on mettre sur le même plan la réalité la plus sordide et la fiction ?

À la question « Peut-on rire de tout ? » je réponds non, bien que je pense que le propos ici n’est pas de faire rire, enfin j’espère… Mais alors quoi ?

Stéphanie Janicot se livre à un jeu littéraire très amusant, plaisant même. On a envie de jouer aussi, d’ajouter un titre ou deux à la liste déjà longue. Mais pour moi, elle n’a pas su rester dans les limites du jeu, elle est allée trop loin. Mais bon sang, croit-elle vraiment que la lecture d’un livre, aussi bon soit-il, peut-être d’un quelconque réconfort à une femme qui a accouché sous X ?

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100 romans de première urgence pour (presque) tout soigner

Stéphanie Janicot
Albin Michel, 2008
ISBN : 978-2-226-18081-0 – 226 pages – 15 €

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