Quatre minutes de Chris Kraus

Quatre minutes de Chris KrausJenny a vingt ans, elle est en prison pour meurtre. Elle porte en elle la violence, c’est écrit sur son visage, dans ses gestes. Traude Krüger est une très vieille professeur de piano. Autoritaire, taciturne, elle n’a que quatre élèves à la prison, dont un gardien. Elle découvre un jour que Jenny est une virtuose du piano : elle peut jouer Schubert les mains menottées dans le dos. Kruger va faire travailler Jenny pour qu’elle gagne un concours de jeunes talents, mais cette fille est une bombe. Elle refuse l’autorité et leur relation se fonde sur des rapports de force. Pourtant peu à peu, malgré son épaisse carapace, on sent que Jenny voudrait que Kruger l’aime et le lui dise. Mais cette femme est impénétrable, plus froide qu’un glaçon, jamais un sourire. D’ailleurs, elle n’a jamais bercé Jenny d’illusions : tout ce qui l’intéresse en elle, c’est la musique. Mais elle aussi va être amenée à découvrir qui est cette jeune fille déjà gâchée par la vie.

Il y a plusieurs choses qui ne m’ont pas plu dans ce film, mais avant de les préciser, il me faut d’abord dire tout le bien que je pense des actrices. Je ne les connaissais ni l’une ni l’autre, mais vraiment, elles sont formidables. Jenny (Hannah Herzprung) est une écorchée de la vie qui joue magnifiquement avec son corps, sa voix, son regard. Elle est tendue au maximum, comme une corde, toujours prête à rompre. Á chaque minute, on se demande si elle ne va pas passer par la fenêtre ou détruire un miroir d’un coup de poing. Autodestructrice, elle est aussi virtuose que violente et son jeu nerveux est captivant. Côté tension, franchement, c’est réussi.

Monica Bleibtreu est la vieille madame Krüger qui n’a que son chignon et sa robe pour qu’on la distingue d’un homme. Formidable elle aussi dans le rôle d’une insensible, d’une femme qui s’est enfermée dans son rêve soixante ans auparavant, et n’est plus que figurante de sa propre vie. Elle a décidé de dompter la jeune rebelle pour satisfaire son amour de la musique. L’opposition fait des étincelles, non sans humour d’ailleurs. Un humour bienvenu tant l’atmosphère carcérale est étouffante, alourdie par la relation impossible des deux femmes, plombée de secrets, par la présence d’un gardien qui s’est fait très violemment agressé par Jenny, de co-détenues qui ne l’aiment pas. Et par la musique de Schubert, magnifique.

Et les faiblesses me direz-vous ? D’abord un scénario prévisible. Même si Chris Kraus n’est pas l’apôtre du bon sentiment, on imagine rapidement la tournure que va prendre la confrontation entre les deux femmes. Á quoi bon faire un film dans lequel elles ne parviendraient pas au moindre échange, à la moindre émotion ? Il y a aussi plusieurs scènes inutiles comme le printemps amoureux de la jeune Traude, et la réitération des vues sur le clavier de piano ensanglanté. Enfin, le superbe personnage du gardien, agressé par Jenny et intellectuellement méprisé par Traude ne tient malheureusement pas la route (pourquoi aiderait-il finalement Jenny ?), c’est très dommage.

Mais surtout, ce qui m’a le plus insupportée, c’est la piètre qualité de l’image. Si c’était du papier, je parlerais de brouillon. Le grain est épais, du coup, l’image n’est pas nette, sans être floue. Elle est grossière et granuleuse, vraiment pas esthétique. Serait-ce pour nous faire comprendre que nous sommes aux antipodes du cinéma hollywoodien et de ses images hyper léchées ? Pas besoin de cette image affreuse pour ça. Les acteurs sont anti-hollywoodiens au possible, blessés, ridés, cernés, des visages marqués par les épreuves et la sincérité.

Je dirai donc que ce film est à voir pour les actrices, en ajoutant que la violence omniprésente (physique et psychologique) a beaucoup perturbé la jeune femme assise derrière moi au cinéma. Il a récolté plusieurs prix partout dans le monde dont le « German Awards 2007 » du meilleur film et de la meilleure actrice (pour Monica Bleibtreu et Hannah Herzsprung), le prix du meilleur film aux festival de Shangaï et Reykjavik, le prix du public aux festivals de San Francisco et de Genève.

Vier Minuten, Chris Kraus (Allemagne)
Avec Hannah Herzprung (Jenny), Hannah Herzsprung (Krüger), Sven Pippig (Mütze), Richy Müller (Kowalski)
Durée : 1h 52  – Sortie en France : 16 janvier 2008

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