Mon chien Stupide de John Fante

Mon chien StupideUn gros clébard s’invite un jour dans la vie de Henry Molise, écrivain californien jadis à succès. Il trouve sans problème sa place dans la villa mais devient rapidement la pierre d’achoppement de l’intégrité familiale. Brave bête pourtant ce Stupide, et qui n’a qu’un défaut : il saute (sur) tout ce qui bouge.

Henry, cinquante-cinq ans, n’en est pourtant pas à son premier chien, mais celui-ci acquiert une signification spéciale, une portée symbolique : « Stupide était la victoire, les livres que je n’avais pas écrits, les endroits que je n’avais pas vus, la Maserati que je n’avais jamais eue, les femmes qui me faisaient envie, Danielle Darrieux, Gina Lollobrigida, Nadia Grey. » Il a pourtant quatre enfants, largement adultes, pas tout à fait indépendants, dont il se dit lassé depuis qu’ils ont poussé leurs premiers vagissements : « L’aîné rejette la race blanche et va épouser une négresse. Le cadet profite de son sursis pour se lancer dans une vague carrière d’acteur. Le troisième est trop jeune pour participer à la désintégration familiale. La fille est amoureuse d’un clochard des plages. » Persuadé que ses enfants le méprisent, il attend avec impatience leurs départs successifs. Pourtant, une fois tous partis, le voilà seul avec sa femme, et son chien Stupide. Ah non ! Stupide a disparu pour aller fricoter avec une truie nommée Emma !

Le regard porté par John Fante sur cet écrivain qui lui ressemble tant est drôle mais aussi très nostalgique.  Nostalgique du pays originel, l’Italie et des ancêtres qu’il fantasme : « Où étaient passées l’âpreté paysanne de mon père et l’innocence de ma mère, les yeux bruns et chauds de l’Italie ? Où étaient passées la dévotion et l’obéissance typiquement italiennes envers le père, l’amour clanique du foyer et de la famille ? » Nostalgique de la jeunesse qui a fichu le camp et s’incarne désormais dans des sales gosses qui fument de l’herbe et s’envoient en l’air avec des noirs. Les relations avec ses enfants tiennent une part importante dans ce roman et me semblent parfois un peu caricaturales tant cette progéniture est infecte : vulgaires, peu sympathiques, les enfants s’accrochent à leurs parents pour des raisons uniquement financières. Peu de communication, encore moins d’amour : c’est pas beau à voir les gosses de riches. Alors même s’il n’est pas extrêmement sympathique, c’est au narrateur qu’on s’attache parce qu’on le plaint et qu’il sait garder le sens de l’humour à défaut de la tête froide. Ce père qui voit partir ses enfants a quelque chose de touchant et de très juste, à cause de sa mauvaise foi peut-être.

John Fante sur Tête de lecture

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Mon chien Stupide

John Fante traduit de l’anglais (américain) par Brice Matthieussent
10/18, 2002
ISBN : 978-2-264034502 – 185 pages – 6 €

West of Rome, parution aux Etats-Unis : 1985

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