Petites éclipses de Fane et Jim

Petites éclipsescoeur animéPetites éclipses, c’est des histoires de couples et des histoires d’amis, la trentaine bien tassée, qui se retrouvent dans le sud de la France pour passer quatre jours ensemble à l’occasion de l’éclipse de soleil. Dom et sa femme Isabelle : il la trompe et n’a rien trouvé de mieux que d’inviter sa maîtresse, Héléna : ils passent leur temps à s’engueuler et à se réconcilier. Jean-Pierre, dit JP, qui lui n’est pas venu avec sa femme (restée à la maison avec les enfants) mais avec Jan, dix-neuf ans, dont il a fait la conquête sur Internet. Il va être son premier amant. Et Hubert, l’homo de service, qui compte les points.

Cette BD est tout simplement formidable, en particulier quand on a l’âge des protagonistes, je crois. Les rapports de couple sous vus à la loupe et aucune des mesquineries du quotidien n’est oubliée. Que se soit sur le mode humoristique ou sur un ton dramatique, les divagations intimes et existentielles des personnages sont justes, très humaines et sensibles. Les hommes sont particulièrement bien traités et bien analysés. Il aime sa femme mais il s’envoie en l’air avec une autre ; la mère de ses enfants, c’est sacré, mais une petite jeune toute fraîche pour un week-end, c’est bien aussi. Alors bien sûr, ça ne passe pas tout seul : monsieur s’angoisse, monsieur se prend pour un salaud. Mais surtout, monsieur ne s’imagine pas une minute que madame fasse pareil, ce qui règlerai évidemment le problème. Non, le point de vue est masculin, les femmes présentées sont soit une femme libre, non mariée (la maîtresse de Dom et la jeune Jan), soit la femme qui veut absolument maintenir le cap du début malgré les infidélités de son époux. On se demande pourquoi d’ailleurs, c’est bien une vision de mecs que de croire qu’on peut compter sur la fidélité de son épouse quand on est soit même frivole : ça rassure, un port dans la tempête… Un petit côté machiste qui fera certainement sourire les femmes. Mais des hommes fragiles comme on les aime, à consoler, bourrés de défauts et de contradictions, qui croient encore que les femmes ne jurent que par le grand amour…

Jim et Fane s’expliquent dans une interview-conversation au début du livre : « J’avais tout un tas de choses à déballer et ça débordait […] des choses de tous les jours, des choses ressenties, un trop-plein de subjectivité sur la vie comme on la ressent à trente-cinq ans… Quand on n’a plus l’immunité de la jeunesse mais pas encore l’excuse de l’âge… Quand on se retrouve, comme l’adolescent, le cul entre deux chaises […]…une vraie thérapie, en somme. » Beaucoup de leurs auteurs dans cette BD, beaucoup de trentenaires déboussolés… Ambiance Miossec (les trois premiers albums), que le lecteur particulièrement attentif retrouva dans certaines répliques.

Mais c’est drôle aussi, tant par les dialogues souvent percutants et d’un réalisme à toute épreuve (joutes verbales et blagues à deux balles), que par le dessin en noir, blanc et gris, un peu croquis parfois, mais les personnages ont vraiment des tronches bien à eux.

Ça n’était pas gagné d’avance, ça sentait le scénario de film genre « comédie dramatique » ou Le déclin de l’empire américain, mais c’est vraiment très réussi car sans morale et sans analyse post freudienne : c’est vécu, c’est vivant, c’est tragique et drôle : c’est génial !

 

Petites éclipses

Fane & Jim
Casterman (Ecritures), 2007
ISBN : 978-2-203-39630-2 – 292 pages – 15.95 €

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