La géométrie insensée de l’amour de Susana Guzner

Lorsque Maria rencontre Eva pour la première fois, le coup de foudre est immédiat : elle tombe instantanément amoureuse de cette jeune femme magnifique qui se révèlera très énigmatique. Premier mystère : serait-elle, par miracle, elle aussi homosexuelle ? Malheureusement non, la belle Madrilène a même un fiancé, le beau Carlos auquel elle envoie des cartes lors de leur séjour forcé à Rome puis leurs vacances en amoureuses à Venise. Car malgré ses pratiques hétérosexuelles, Eva tombe sous le charme de Maria le jour même de leur rencontre et ainsi débute une relation que le lecteur suit du point de vue de Maria, la lesbienne affirmée et bien dans sa peau mais asservie par la toute fraîche Eva qui tourbillonne, fanfaronne et brise les cœurs.

Qui est-elle ? Que fait-elle quand elle n’est pas avec Maria ? Veut-elle vraiment rompre avec son fiancé pour ne se consacrer plus qu’à son nouvel amour ? Eperdument amoureuse, Maria va découvrir des sentiments nouveaux, en particulier la jalousie, pour arriver à comprendre enfin qui est cette étrange et envoûtante jeune femme.

La géométrie insensée de l’amour tourne autour de la relation entre Maria et Eva, leur découverte mutuelle, leurs incompréhensions, leurs prises de bec et leurs réconciliations. Susana Guzner décrit ces amours avec tant de naturel que le lecteur est pris dans cette passion, titillé par le mystère et ma foi, je ne me suis pas ennuyée une minute.

Il paraît que ce livre est devenu un phénomène de bouche à oreille en Espagne, un best seller comme on dit là-bas aussi, mais en tout cas pas à cause de scènes torrides ou érotiques. Comme dans le cinéma hollywoodien de jadis, l’auteur ferme la porte de la chambre dès que les héroïnes s’enlacent : pas de voyeurisme. Alors pourquoi un tel succès ? Peut-être un sujet un peu tendance, avec des personnages riches, beaux, cultivés et décomplexés… Une narratrice très équilibrée en tout cas, ni militante ni féministe, peut-être un chouïa trop volontairement hors des cadres avec ses parents plus que parfaits, plus que compréhensifs comme on n’en voit jamais dans la vraie vie. En tout cas, j’étais bien contente de ne pas tomber sur un livre vindicatif où une lesbienne hargneuse règlerait ses comptes avec les hétéros et la société.

Je pense tout simplement que Susana Guzner fait très bien partager les émotions de sa narratrice et le lecteur est lui aussi pris dans les rets de ce suspense amoureux. Comme Maria, il s’interroge sur Eva, sa vraie personnalité, ses mystères. Comme Maria, il l’attend, lui pardonne, lui invente la vie qu’elle dissimule. Sous le charme de ce couple inhabituel mais convaincant, le lecteur tourne avec plaisir et sans se lasser ces cinq cents pages de passion amoureuse et émouvante.

 

La géométrie insensée de l’amour

Susana Guzner traduite de l’espagnol par Nelly Lhermillier
Editions Des Femmes – Antoinette Fouque, 2005
ISBN : 978-2-7210-0518-2 – 510 pages – 22 €

La insensata geomatría del amor, parution en Espagne : 2001

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