Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier

Mademoiselle de MaupinC’est avec le plus grand plaisir que je me suis plongée dans ce roman de Théophile Gautier qui, même si après lecture, ne peut être qualifié de roman de cape et d’épée, m’a permis de retrouver les joies et plaisirs d’une magnifique langue française.

Je ne vous ferai pas un cours sur l’esthétique de l’Art pour l’Art que l’auteur théorise justement dans la préface de ce roman (préface finalement beaucoup plus connue que le roman lui-même), mais rappelons-nous qu’il prône l’art gratuit, le culte du beau, la forme parfaite. Et la langue de Théophile Gautier est parfaite, dense, prolifique (j’en entends qui disent verbeuse…).

Alors oui, l’argument est mince et le livre épais (écrit tout petit surtout) : le narrateur de la première partie, le chevalier d’Albert, écrit à son ami des lettres dans lesquelles il se lamente de ne pas avoir de maîtresse, puis, quand il en a une, de ne pas aimer. On en prend pour deux cents pages de lamentations, mais pas de pleurnicheries à la Lamartine, non, des phrases absolument magnifiques, de parfois une demi page de long, qui mettent en scène un homme en prise avec son désir et ses exigences. Il est d’une mauvaise foi incroyable, enfin vu d’ici et aujourd’hui. Son avis sur les femmes ? « Je considère la femme, à la manière antique, comme une belle esclave destinée à nos plaisirs. » La maîtresse idéale ?

« J’avais ce que je désirais depuis longtemps, une maîtresse à moi comme mon cheval et mon épée, jeune, jolie, amoureuse et spirituelle ; – sans mère a grands principes, sans père décoré, sans tante revêche, sans frère spadassin, avec cet agrément ineffable d’un mari dûment scellé et cloué dans un beau cercueil de chêne doublé de plomb… »

Le tout ne manque pas d’humour, et non, Gautier n’est pas un sale macho. Car ensuite, la parole est donnée à la maîtresse en question, qui nous raconte sa version des choses et tout devient beaucoup plus plaisant aux lectrices. Son avis sur d’Albert ? « De tous mes amants que je n’ai pas aimés, c’est celui que j’aime le plus. » Surtout quand le chevalier d’Albert rencontre enfin la femme idéale et que celle-ci s’appelle monsieur le chevalier Théodore de Sérannes, qui sait manier l’épée et se battre en duel (il n’y en aurait qu’un dans tout le roman). Mais bien sûr, le beau jeune homme est une belle jeune fille qui a décidé d’abandonner jupes et corsets pour connaître les hommes, pour savoir comment ils se conduisent une fois leurs beaux discours débités et leur maîtresse endormie, pour savoir enfin s’ils méritent les sacrifices qu’on fait pour eux et les élans qu’ils inspirent. Ça n’est pas joli joli et ne va pas jouer en faveur du chevalier d’Albert… Ce pauvre chevalier qui sait faire de si belles phrases qui se révéleront bien creuses, mais pourquoi s’en lasser :

« … que vous êtes le but, le moyen et le sens de ma vie ; que, sans vous, je ne suis rien qu’une vaine apparence, et que, si vous soufflez sur cette flamme que vous avez allumée, il ne restera au fond de moi qu’une pincée de poussière plus fine et plus impalpable que celle qui saupoudre les propres ailes de la mort. »

C’est beau non ?

Il est certain qu’il faut apprécier les mots, les phrases interminables et les adjectifs précieux pour goûter ce roman suranné. Il m’a transportée quelques années en arrière, quand j’étais étudiante en lettres et que j’avalais beaucoup trop de ce genre de textes pour en apprécier pleinement le charme. L’introspection psychologique domine, maniée avec beaucoup d’humour par Gautier qui ne donne vraiment pas le beau rôle à son infatué héros. C’est aussi un comique de situations où les quiproquos et imbroglios sentimentaux se succèdent avec immoralité et jubilation.

 

Mademoiselle de Maupin

Théophile Gautier
Gallimard (Folio n°396), avril 1996
ISBN : 978-2-07-03639-4 – 440 pages – 5,30 €

Mademoiselle de Maupin, parution en France : 1835

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