Slam de Nick Hornby

Slam de Nick HornbyPremier Hornby que je lis et je n’aurai qu’un mot : conquise. Il a plus de cinquante ans et on n’hésite pourtant pas une minute à croire en cet adolescent de seize, dès les premières lignes. Tout est dans le ton : Hornby donne vie à son héros et c’est comme s’il nous racontait son histoire de vive voix.

Son histoire ? Sam a donc seize ans, il est skateur, pas stressé dans la vie, il bosse au lycée mais pas trop et il parle avec le poster de T.H. (Tony Hawk, pas Thierry Henry !), ça lui donne confiance en lui. Car il en a bien besoin quand sa vie se met à déraper encore plus sûrement qu’une planche de skate. Il rencontre la jeune et belle Alicia, seize ans comme lui, ils font l’amour pour la première fois tous les deux, une fois, deux fois, et une fois de trop car la jeune fille tombe enceinte. Ça fait jeune, c’est sûr, mais c’est à la limite du fatal vu que la mère de Sam a trente-deux ans… Problèmes d’adultes pour des jeunes gens, problèmes de couple, problèmes avec les parents trop bourges d’Alicia, problèmes d’avenir… Le malheureux Sam n’a pas fini de gamberger, lui qui n’en demandait pas tant.

Slam de Nick Hornby, paru en collection « Young Adultes » Outre-Manche est plus que lisible par tous, et même recommandable au plus grand nombre. Pour moi, tout est dans le sens de la formule. Quelques extraits :

Il y avait deux jeunes mères dans mon école et elles se comportaient comme si un bébé était un iPod ou un nouveau portable ou ce que je sais, un genre de gadget qu’elles voulaient pour frimer. Y a des tas de différences entre un bébé et un iPod. Une des plus grosses différences, c’est que personne essaie de vous le chourer.

Sam a une logique bien à lui, des références qui lui sont propres et qui font de lui un adolescent très crédible, et surtout complètement paumé, sensible et craquant. Bien souvent à côté de la plaque, il essaie de comprendre le monde des adultes dans lequel il vient d’être soudainement immergé avec un intérêt proche du néant total.

Du coup, le roman est plein de scènes tragiques finalement drôles, de dialogues décalés et de situations cocasses. Je vous offre la scène où Sam explique pourquoi son fils s’appelle Rufus :

« Y avait un nommé Rufus qui chantait quand il est né, j’ai expliqué.
– Ça aurait pu être pire alors, hein ? Il aurait pu s’appeler Kylie. Ou Coldplay. Coldplay Jones.
Au moins, ma mère a été la première à la faire, celle-là. Dans les semaines qui ont suivi, j’ai entendu cette vanne environ dix mille fois. «
Ça aurait pu être pire alors, hein ? Il aurait pu s’appeler Snoop. Ou Artic Monkey. Artic Monkey Jones. » Ou Madonna ou Sex Pistol ou 50 Cent ou Charlotte. »

Le malheureux passe son temps à se justifier, à expliquer, à essayer d’assumer la connerie qu’il a faite du mieux qu’il peut. Pas facile à seize ans d’être un amant, un mari et un père, surtout quand on ne voudrait rien d’autre que devenir le meilleur skateur du monde, ou au moins du Royaume-Uni. L’avenir, c’est pas toujours ce qu’on avait imaginé, ni rêvé, mais c’est la vie et quand elle est mise en mots par Nick Hornby, on en redemande, même si c’est pas toujours gai.

Nick Hornby sur Tête de lecture

 

Slam

Nick Hornby traduit de l’anglais par Francis Kerline
Plon (Feux croisés), mai 2008
ISBN : 978 2 259 20753 9 – 298 pages – 18,90 €

From Hawk – Occupation : Skateboarder, parution en Grande-Bretagne : 2000

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