La Dame à la lampe de Gilbert Sinoué

La Dame à la lampeFlorence Nightingale (1820-1910). Voilà un nom qui m’a souvent interpellée au cours de mes lectures, et pour cause, un article du Times daté du jour de sa mort en 1910 n’en fait rien moins que « la plus grande héroïne de l’histoire britannique ». Citée en exemple par de nombreuses héroïnes de roman, cette femme reste assez méconnue de ce côté-ci de la Manche.

À l’origine, c’est une jeune fille de bonne famille, née pour faire un beau mariage. Mais elle se sent appelée dès son plus jeune âge vers une mission bien plus importante à ses yeux : soulager les maux de l’humanité. C’est ce qu’elle fera effectivement, mais elle fera aussi bien plus que cela.

« Qu’était une infirmière avant Miss Florence ? Rien. Ou si peu. La lie de la société, des ivrognes qui avaient la réputation d’empester le gin à trois pas, des êtres issus des milieux les plus défavorisés et qui, par conséquent, ployaient sous le poids de leur infortune. Être infirmière n’était ni une carrière, ni une profession ; c’était une besogne dégradante, bonne pour les femmes de bas étage, vulgaires et souvent immorales, des laissées-pour-compte.« 

C’est dire si Florence Nightingale devra batailler avec sa famille pour parvenir à ses fins. D’ailleurs, Gilbert Sinoué consacre près de cent cinquante pages à cette partie de sa vie, celle qui précède la tristement célèbre guerre de Crimée (1853-1856).

Une fois sur place, bouleversée par le mépris et l’indigence avec lesquels sont traités les blessés, elle met en oeuvre des méthodes nouvelles et pas toujours bien perçues qui se résument en trois mots : dévouement, humanité, hygiène. Les soldats blessés comparèrent cette femme à un ange, elle qui osa leur parler avec tendresse, trouver les mots, elle qui améliora considérablement leurs conditions de vie et changea même jusqu’aux pratiques médicales (tout simplement en tirant un drap autour du malheureux que l’on amputait pour que les autres n’assistent pas à la scène en plus d’entendre ses cris). À son retour, c’est quasiment une vedette qui s’entretient avec la reine Victoria elle-même. Elle fonde la Nightingale Training School for Nurses, puis s’enferme pour ainsi dire comme une recluse dans son appartement londonien en attendant chaque jour une mort qu’elle sent proche et qui ne viendra que cinquante ans plus tard. Hypocondriaque, misanthrope et maniaco dépressive, l’héroïne n’avait pas que des qualités…

Gilbert Sinoué insiste beaucoup sur cette ambivalence du personnage, ce qui est tout à son honneur, une hagiographie aurait été ennuyeuse. On comprend également très bien le poids des tensions religieuses qui pesaient alors sur les moeurs et la société : « Je sais que Miss Nightingale dut essuyer de nombreuses critiques du fait que le quart de son équipe était constitué de catholiques. Et la seule pensée que des religieuses non anglicanes approchent des blessés protestants apparaissait aux yeux de certains comme absolument répugnante », écrit une de ses consoeurs.

Si j’ai appris bien des choses, je reste quand même un peu sur ma faim. J’aurais aimé que le conflit soit plus largement expliqué, que la partie concernant les infirmières y travaillant alors soit plus détaillée. De même les réactions de ses contemporains, du monde médical en particulier. En juxtaposant des points de vue, l’auteur choisit de présenter un kaléidoscope sans finalement dessiner une personnalité qu’on devine forte. La forme romanesque n’est peut-être pas idéale, elle sert ici plus de prétexte que de véritable trame. L’avantage, c’est que le livre se lit facilement. S’il existait une biographie de Florence Nightingale, il y serait une introduction, mais je crains que les meilleures disponibles ne soient réservées aux seuls anglophones.

Gilbert Sinoué sur Tête de lecture


La Dame à la lampe : une vie de Florence Nightingale

Gilbert Sinoué
Calmann-Lévy, avril 2008
ISBN :978-2-7021-3908-0 – 282 pages – 18 €

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