L’asile de Patrick McGrath

L'asile de Patrick McGrath« Cela fait des années que je m’intéresse, professionnellement, aux rapports amoureux catastrophiques fondés sur l’obsession sexuelle. » Ainsi débute ce sombre roman, par la prise de parole du médecin narrateur, Peter Cleave, qui raconte l’histoire d’amour désastreuse de Stella Raphaël, femme du médecin chef adjoint de l’hôpital psychiatrique où est interné celui qui va devenir son amant, Edgar Stark. Celui-ci est enfermé dans cet asile psychiatrique de haute sécurité depuis cinq ans pour avoir massacré sa femme qu’il soupçonnait d’infidélités multiples. Mais pour Stella, Edgar n’a rien d’un fou : c’est un bel homme, charmeur qui fait attention à elle et la comble sexuellement. Rien à voir avec son psychiatre de mari, solitaire et enfermé dans son travail.

Bravant toutes les conventions, Stella se jette dans cette passion, allant jusqu’à rejoindre Edgar qui s’est enfui de l’asile. Commence alors une phase bien plus sombre de leur amour où la jeune femme, refusant de reconnaître les signes pathologiques chez son amant, va connaître une déchéance à la fois sociale et psychologique, acceptant d’Edgar l’artiste sculpteur, les crises de jalousie et les coups.

Lui-même fils de psychiatre et ayant grandi près d’un hôpital psychiatrique, Patrick McGrath sait de quoi il parle quand il décrit des malades mentaux. Avec un narrateur médecin, il peut se permettre des descriptions cliniques des individus, mais aussi de l’établissement et de la médecine en général, sans pour autant plomber son récit. Mais pour être médecin, il n’en est pas moins homme et c’est avec talent que McGrath amène son lecteur vers un tout autre point de vue, dont je ne vous dirai rien sous peine de vous gâcher le plaisir. L’auteur brouille avec habileté les pistes de la folie où rien n’est joué d’avance, surtout pas quand elle se mêle d’art et d’amour.

Cette lecture n’est donc pas des plus légères, puisqu’on assiste à l’inexorable déchéance de Stella, femme, maîtresse et mère impuissante qui sombre et s’abandonne à l’indifférence au vide, jusqu’au pire.

Patrick McGrath est par ailleurs connu pour être le fondateur du mouvement littéraire dit néo-gothique qui reprend les thèmes de la littérature gothique anglaise (Radcliffe, Walpole…) sans l’attirail fantastique, mais en privilégiant les états psychologiques fragiles, la peur et en règle générale une démarche psychanalytique. A la fois héritier de Poe et de Freud, ses écrits peuvent engendrer un certain malaise car ils expriment la déchéance et le délabrement psychiques.

Il est aussi l’auteur de Spider adapté au cinéma en 2003 par David Cronenberg.

 

L’asile

Patrick Mc Grath, traduit de l’anglais par Martine Skopan
Gallimard (Folio n°3208), 1999
ISBN : 2-07-040626-1 – 330 pages – 7,70 €

Asylum, parution en Grande Bretagne : 1996

..