Mystic River de Dennis Lehane

coeur animéBoston, 1975. Trois jeunes garçons jouent dans la rue. Une voiture s’arrête. Les deux occupants, qui prétendent être flics, font monter Dave dans leur voiture. Quatre jours après sa disparition, le petit garçon réapparaît : il a réussi à échapper aux loups…

Vingt-cinq ans plus tard, Dave, Sean et Jimmy vivent toujours dans la même ville. Sean est devenu flic, Dave multiplie les petits boulots et au moment où commence le roman, Jimmy tient une épicerie. Mais il a fait de la prison et des gens assez louches gravitent autour de lui, notamment ses beaux-frères, les Savage. Mais lui semble s’être rangé du milieu pour élever sa fille aînée Katie, puis Nadine et Sara qu’il a eu d’un second mariage.

Mais la virée des bars que Katie et ses copines organisent avant que la jeune femme quitte secrètement la ville pour se marier à Las Vegas avec Brendan Harris tourne très mal : sa voiture est retrouvée ensanglantée, et elle, assassinée dans le parc municipal. Cette même nuit, Dave rentre chez lui très tard, blessé et sanguinolent. Sa femme doute : son mari aurait-il tué Katie ? Sean est chargé de l’enquête qui ne va pas tarder à remuer les fantômes de l’enfance, ces cauchemars tus mais jamais ensevelis, qui hantent la mémoire de tous et les nuits de Dave.

J’ai lu ce livre pour poursuivre ma découverte de Dennis Lehane par un roman adapté au cinéma. J’ai vu le film dans la foulée : c’est une des meilleures adaptations qu’il m’ait été données de voir. Sean Pean (Jimmy) est absolument époustouflant de douleur retenue, de violence et d’amour. De très loin le film de Clint Eastwood que je préfère.

Bien sûr, le roman est psychologiquement beaucoup plus riche que le film. Dennis Lehane choisit de travailler sur le secret, de ne pas révéler ce qui est arrivé à Dave ni comment il l’a vécu. Aussi le lecteur en sait-il autant que Sean et Jimmy qui cherchent, chacun à leur manière, la vérité. Les personnalités des trois hommes sont vastes et complexes, et chacun est travaillé par son passé. Leurs faiblesses sont celles de tous les hommes et s’ils ne sont pas des héros, ce sont des personnages d’une grande ampleur, très humains dans leurs malheurs. De fait, l’analyse psychologique l’emporte sur l’enquête policière elle-même qui maintient pourtant le suspense jusqu’au bout : du grand art !

Un roman et un film tous deux hautement recommandables.

Dennis Lehane sur Tête de lecture

 

Mystic River

Dennis Lehane traduit de l’anglais par Isabelle Maillet
Rivages / Noir, 2004
ISBN : 2-7436-1281-9 – 583 pages – 9.50 €

Mystic River, parution aux Etats Unis : 2001

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