Le messager du temps de Ann Dukthas

Le messager du tempsÉcosse, 1567. Le roi de France François II est mort, laissant veuve et sans enfant sa jeune femme Marie Stuart. De retour chez elle, elle a épousé le beau Darnley. Mais Marie la Catholique est en lutte contre bien des conspirations et sous surveillance étroite de sa cousine Elizabeth Iere, reine d’Angleterre. Alors que son mari est en proie à la vérole (ou à la syphilis…), Marie décide d’un séjour à Kirk o Field. Alors qu’elle se rend aux noces d’une de ses dames d’honneur au château de Holyrood, Kirk o Field est réduit en miette lors d’une explosion et Darnley retrouvé mort dans le jardin en chemise de nuit. A-t-il été assassiné ? Tentait-il de fuir ? Marie a-t-elle conspiré à la mort de son mari ?
C’est Nicholas Segalla, prêtre jésuite envoyé de l’archevêque Beaton (représentant de Marie d’Écosse en France) qui va mener l’enquête. Il doit d’abord percer le mystère de l’homme aux Corbeaux, tout en essayant de rassurer la reine dont l’autorité est contestée par les grands lords ralliés à son demi frère, le protestant lord Moray. Mais qui est ce Segalla ? Étrange personnage qui semble ne jamais vieillir et resurgir à des périodes clés de l’Histoire.

Qu’on se rassure : l’auteur prend soin de faire précéder Le messager du temps d’une notice historique salutaire pour qui ne maîtriserait pas parfaitement les méandres de cette période agitée. L’immersion dans l’Ecosse du XVIIe siècle est donc immédiate et voilà le lecteur parti sur les traces de cet étrange jésuite. Son enquête, l’histoire proprement dite, en prise dans un récit cadre qui se passe à Dublin de nos jours : Ann Dukthas, historienne, s’interroge sur la mort du second mari de la reine d’Ecosse et reçoit la visite d’un jésuite, Nicholas Segalla qui lui avoue avoir été présent à Kirk o Field lors des événements. L’histoire que nous lisons ensuite est le manuscrit qu’il remet à l’historienne. Ce récit cadre n’apporte rien à l’intrigue elle-même mais permettra je suppose à l’auteur de faire ressurgir son jésuite à des périodes différentes de l’Histoire. Précisons que Ann Dukthas, l’auteur de ce livre, est un des nombreux pseudonymes de Paul C. Doherty (série « Hugh Corbett ») aussi connu sous le nom de Paul Harding (série « Frère Athelstan ») : c’est dire si nous avons affaire à un spécialiste de l’histoire britannique.

On ne peut effectivement pas contester la maîtrise des faits historiques et l’aisance avec laquelle ils sont intégrés à l’intrigue : tout est rapidement très clair, le lecteur n’est en aucun cas perdu dans ce siècle lointain et agité. Par contre, j’ai trouvé l’intrigue elle-même assez faible. Nicholas Segalla ne sait lui-même pas bien ce qu’il vient faire en Ecosse et quand Darnley meurt enfin, le lecteur n’assiste pas à un coup de théâtre puisqu’il sait déjà ce qui s’est passé grâce au récit cadre. L’enquête ensuite est fort convenue et quand à la fin de l’avant-dernier chapitre on lit « Segalla entendit un bruit et vit la silhouette noire du maître aux Corbeaux se faufiler en silence par la fenêtre », on se dit que tout ça n’est pas très original et bien traditionnel.

J’aurais aimé trouver du charme à l’énigmatique jésuite, mais le personnage m’est resté assez distant. La reine d’Ecosse est par contre un personnage assez touchant, que l’on découvre dans son intimité, encerclée de complots et de menteurs. Une femme dans un monde d’hommes hostiles, une catholique en proie à la vindicte protestante.

A défaut d’une intrigue captivante, j’ai trouvé finalement Le messager du temps très instructif et retrouvé avec plaisir l’ombre du sombre Walsingham, espion de la reine Elizabeth, si magistralement interprété par Geoffrey Rush dans le film de Shekhar Kapur.

 

Le messager du temps

Ann Dukthas, traduite de l’anglais par Eric Moreau
10/18 (Grands détectives n°3831), 2005
ISBN : 2-264-03806-3 – 285 pages – 7,90 €

A Time for the Death of a King, parution en Grande Bretagne : 1994

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