L’aliéniste de Caleb Carr

L'aliénisteVoilà un bout de temps que j’avais inscrit ce livre dans la LAL et puis tout à coup j’ai eu envie de sanglant. Au lieu d’étriper toute ma famille, j’ai voulu faire ma catharsis avec ce titre qui n’a finalement pas comblé toutes mes attentes.

Nous sommes en 1896 à New York. Theodore Roosevelt, pas encore devenu président, est préfet de police. Tout commence avec la découverte du cadavre d’un jeune garçon : énucléé, parties génitales embouchées, corps tailladé, bref, la boucherie. Le narrateur, journaliste au Times va mener l’enquête avec un certain Laszlo Kreizler, aliéniste de son état, deux inspecteurs aux méthodes très modernes (autant dire scientifiques) et la jeune Sara qui veut prouver que les femmes aussi peuvent travailler dans la police. Mais les théories du docteur Kreizler dérangent : « Selon lui, les actes de tout homme étaient influencés, voire déterminés, par ses premières expériences de la vie et il était vain de vouloir analyser ou modifier les comportements d’un sujet si l’on ignorait son passé. » Ces « élucubrations » suscitent peur et colère parmi la société bien pensante américaine et des gens bien placés et influents n’hésitent pas à le récriminer : « Les gens honorables n’ont que faire de vos travaux, ni de votre abominable conception de la famille américaine, ni de vos incursions obscènes dans l’esprit de nos enfants. Ces questions sont du domaine de leurs parents et de leurs conseillers spirituels. Si j’étais vous, je limiterais mes travaux aux asiles de fous, c’est leur place. en tout cas, aucun de ceux qui participent aux  travaux du conseil municipal n’a besoin de telles saletés. » Autant dire qu’on va lui mettre des bâtons dans les roues et que ses conceptions révolutionnaires de l’influence de la famille et de la petite enfance dans la vie adulte ne seront pas aisément acceptées des puritains de tout poil.

L’enquête progresse lentement et les cadavres s’accumulent. A force de déductions, la fine équipe démonte le mode opératoire du tueur en série, dresse un portrait-robot psychologique et remonte peu à peu sa trace.

Le problème est dans le peu à peu… C’est long, très long parfois et malgré tout mon intérêt pour les débuts de la psychanalyse, je me suis parfois ennuyée. Et autant dire que j’ai trouvé ces compères beaucoup trop perspicaces, du genre à trouver une adresse grâce à une rognure d’ongle. Car bien entendu, toutes les déductions psychologiques du docteur se vérifient à la fin, et beaucoup trop systématiquement à mon goût. Par contre, la description des débuts des méthodes modernes d’investigation (graphologie, prise d’empreintes digitales, « profiling »…) est tout à fait intéressante. Ce sont les balbutiements de la police scientifique qui se heurtent au cartésianisme et à la morale.

J’ai poursuivi cependant car Caleb Carr décrit avec précision la société new-yorkaise de l’époque et en particulier l’incroyable corruption des systèmes politiques et policiers. La loi est alors édictée par des mafieux, la police est aux mains des grands truands qui n’ont rien à craindre de la loi. Le moderne Roosevelt fait figure d’homme intègre qui oeuvre pour le changement et donc la justice. L’intrigue se déroule dans le milieu de la prostitution enfantine, en particulier de très jeunes garçons homosexuels, et j’avoue avoir été très sensible aux descriptions de ce milieu inhumain et impitoyable. D’origine étrangère pour la plupart, ces jeunes garçons sont livrés à eux-mêmes et aux autres, ils assouvissent les pires pulsions de gens haut placés qui prônent en public piété et morale. J’ai donc été plus intéressée par le contexte socio-historique que par l’intrigue elle-même qui, pour être bien menée, m’a parfois semblé un peu stéréotypée.

 
L’aliéniste

Caleb Carr traduit de l’anglais (américain) par René Baldy et Jacques Martinache
Presses de la Cité, 1995 (existe en poche)
ISBN : 978-2258001299 – 490 pages – 19,80 €

The Alienist, parution aux Etats Unis : 1994

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