Impardonnables de Philippe Djian

ImpardonnablesFrancis est un écrivain à succès de soixante ans. Il y a douze ans de cela, il a vu sa femme et une de ses filles brûler vives dans un accident de voiture. Il s’est remarié deux ans plus tard avec Judith, agent immobilier, et son autre fille, Alice est devenue actrice. Elle s’est elle-même mariée avec Roger, banquier ex-junky, et ils ont deux jumelles de huit ans.

Fabriqué comme un puzzle de vie dont le lecteur reconstruit le dessin peu à peu, ce roman laisse la parole à Francis, un homme à la dérive dont l’écriture est l’unique bouée quand sa famille se désassemble. C’est que sa fille, Alice, a disparu. Elle est le dernier maillon qui le relie à son passé idéalisé et l’idée de la perdre lui est insupportable. La police restant incapable de la retrouver, il engage A.M., une ancienne camarade de classe devenue détective. Il engage également son fils Jérémy qui vient de sortir de prison, pour suivre Judith qu’il soupçonne d’adultère.

Je ne peux malheureusement en dire plus puisque Impardonnables est construit sur un coup de théâtre qu’il serait malséant de dévoiler. D’ailleurs, Djian joue beaucoup sur le suspens, sur l’attente du lecteur en distillant peu à peu des informations sur son passé et des données essentielles sur les différents protagonistes. Il capte l’attention du lecteur même si parfois, les révélations n’en sont pas vraiment.
C’est un livre sur la souffrance, celle de l’écrivain, celle du père, celle du mari. C’est un livre qui ne dit pas comment s’en sortir mais qui vous raconte au creux de l’oreille comment Francis, homme blessé, survit au monde par l’écriture. Déçu du monde et de la vie, il lui reste les mots, qui eux ne trahissent pas.

Dans ses interviews, Philipe Djian parle beaucoup de l’écriture. Je ne saurais moi-même pas vous en parler, mais quand je le lis, j’ai l’impression que c’est à moi qu’il raconte son histoire, ses souffrances. Rien ne m’est plus étranger qu’un écrivain de soixante ans et pourtant, je l’écoute et il me semble entendre parler d’une souffrance bien plus générale, celle d’être au monde, de vivre avec les autres, de supporter les trahisons et de voir s’anéantir des idéaux. Pour finalement perdre le contrôle de sa vie et s’enfoncer dans de fausses certitudes. C’est bien sûr d’une grande tristesse mais aussi tellement humain.

Philippe Djian sur Tête de lecture 

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Impardonnables

Philippe Djian
Gallimard, 2009
ISBN : 978-2-07-077462-3 – 232 pages – 17,50 €

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