L’odyssée de Pénélope de Margaret Atwood

atwoodTout le monde connaît Pénéloppe, la patiente et fidèle épouse d’Ulysse. Pas de quoi faire un roman de cette vie passée à attendre un mari qui se bat, voyage, aime et sauve sa peau tous les quatre matins, bref, qui donne un sens à sa vie. Il est entré dans l’Histoire, ou au moins dans la Mythologie, par la grande porte, laissant derrière lui sa pâle épouse.
Margaret Atwood, auteur canadien par ailleurs connue pour ses convictions féministes, a voulu offrir un destin à ce second rôle en lui donnant la parole pour qu’elle raconte son histoire et donc celle de son mythique époux. Certains faits sont connus de l’amateur de mythologie grecque, d’autres, nombreux, sont de l’invention de l’auteur et donnent du piquant au récit. Comme ses rapports avec sa belle-mère Anticlée ou l’ex-nourrice d’Ulysse, Euryclée, et l’exécrable personnalité d’Hélène, un monstre d’égoïsme et de luxure.
Et que fait Pénélope une fois la guerre de Troie achevée et son mari pas encore rentré ? Eh bien, elle déprime : « Souvent, la nuit, je m’endormais en pleurant ou en priant les dieux soit de me rendre mon mari adoré, soit de me faire l’aumône d’une mort rapide. » Et moi je me dis : c’est bien la peine de reprendre l’histoire de Pénélope pour en faire une femme aussi terne. Le récit de sa vie est aussi ennuyeux qu’on pouvait le prévoir, sauf que j’espérais que Magaret Atwood lui mitonnerait un destin haut en couleurs, inconnu de tous et tragique, au moins… Elle repousse les prétendants qui en ont après son lit et son royaume, mais n’en essaye même pas un, la gourde, se contentant de « rêver tout éveillée à celui avec lequel [elle] préfèrerai[t] coucher, s’il fallait un jour en arriver à cette extrémité. »
Pourtant, le récit de ses servantes qui entrecoupe son propre monologue, laisse à penser qu’elle n’a pas été aussi sage qu’elle le prétend. Soit. Tant mieux. Mais si frasques il y a eu, elle les garde pour elle et le lecteur n’a droit qu’au récit ennuyeux de son indéfectible fidélité…

Quelques passages humoristiques sont cependant les bienvenus, en particulier ceux qui évoquent les exploits on ne peut plus prosaïques d’Ulysse, que la légende embellira : « Ulysse avait livré bataille à un Cyclope géant, affirmaient les uns ; non, ripostaient les autres, il s’agissait plutôt d’un aubergiste borgne, et le différend portait sur une note impayée. »La version anoblie sied bien sûr mieux à la stature d’un héros… Le langage moderne utilisé par Pénélope m’a moins convaincue, me semblant assez artificiel.

Je ressors donc plutôt déçue de cette lecture. C’est le second livre de Margaret Atwood que je lis et le premier, Le dernier homme, ne m’avait guère enthousiasmée non plus…

 

L’odyssée de Pénélope

Margaret Atwood traduite de l’anglais par Lori Saint-Martin & Paul Gagné
Flammarion, 2005
ISBN : 2-08-068594-5 – 159 pages – 14 €

The Penelopiad, parution au Canada : 2005

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