Les maîtres de Glenmarkie de Jean-Pierre Ohl

Les maîtres de GlenmarkieUn manoir écossais qui menace ruine, un libraire nommé Walpole et un prêtre qui répond au doux nom de Ebenezer Krook. De quoi tenter, rien qu’avec ça, bien des amateurs de littérature britannique. Mais ça ne s’arrête pas là car l’intrigue est au moins aussi consistante que la brume des lochs écossais.

Deux fils narratifs construisent ce livre (enfin pour commencer, car ils seront liés à d’autres histoires ressurgies du passé), dont l’action principale se déroule dans les années 1950 : Ebenezer Krook, prêtre catholique, commet le péché de chair avec Mary Guthrie, fille du bedeau d’Islay. Il s’enfuit et atterrit à Edimbourg où, grâce à un providentiel journaliste, il est engagé par Arthur Walpole pour travailler dans sa librairie. Pas n’importe laquelle, celle où on vend « seulement des livres parus depuis au moins cinquante ans« . Pas vraiment motivé Ebenezer, et pourtant intrigué, d’autant plus qu’apparaît sur les rayonnages l’exemplaire de Martin Eden ayant appartenu à son père…
De son côté Mary Guthrie entame des études de lettres à Edimbourg sous le patronage d’André Borel. Elle veut suivre les traces de sir Thomas Lockhart de Glenmarkie bien curieux personnage, écrivain à ses heures, qui mourut de rire en 1660. Borel veut du nouveau, elle se rend donc à Glenmarkie et rencontre le maître des lieux, sir James, un obnubilé du dictionnaire. Il lui donne accès à un bien énigmatique secrétaire, meuble construit sur mesure par un non moins excentrique seigneur de Glenmarkie, sir Alexander qui, dit-on, avait mis la main sur le trésor de sir Thomas qui lui permit de vivre la belle vie en Europe en engrossant de-ci de-là deux trois servantes. D’ailleurs l’une d’elle, Catherine Grant, a jadis fui le château avec au doigt un incroyable diamant.

Si vous aimez les intrigues complexes, les récits qui s’imbriquent avec virtuosité, ce livre est fait pour vous. Et si en plus, vous appréciez Dickens, Stevenson, Shakespeare et autres grands maîtres de la littérature britannique, vous lirez ce roman avec jubilation, je n’en doute pas. Les références foisonnent, sans pour autant frustrer le néophyte, pour nous offrir un roman qui résonne comme un hommage aux livres et à la lecture. Et aux personnages aussi, ces personnages incroyables, inoubliables, drôles et farfelus qui marquent la littérature. Ce Thomas Lockhart est l’un d’entre eux, de même que son descendant, le lubrique sir Alexander. De ces olibrius qui font parler d’eux des siècles après leur mort, que la légende habille de plus de turpitudes encore que la réalité a bien voulu leur en faire vivre.
Alors, de la patrie du single malt à l’Espagne en guerre, vous suivrez forcément ces formidables personnages, ouvrant vous aussi les uns après les autres les tiroirs de cette intrigue complexe parfaitement bien maîtrisée. Utilisant les ingrédients rebattus du roman gothique (manoir délabré, crypte, fantôme), Jean-Pierre Ohl parvient à étonner et à tenir en haleine son lecteur grâce à ces passionnés de livres. Ebenezer Krook à la recherche de lui-même découvrira bien plus que « cet incroyable personnage qui meurt de combustion spontanée, et se transforme sans préavis en un tas de cendres fumantes« .

Roman absolument déconseillé à ceux qui ne veulent pas être tentés de se (re)plonger dans Dickens, Scott, Stevenson et autres grands maîtres chers aux Victoriens de coeur.

Les maîtres de Glenmarkie

Jean-Pierre Ohl
Gallimard, 2008
ISBN : 978-2-07-012147-2 – 360 pages – 20 €

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