Brown’s Requiem de James Ellroy

Brown's RequiemMa lecture il y a quelques années du Dahlia noir fut éprouvante mais enthousiaste et c’est donc avec grand plaisir que j’ai renoué avec James Ellroy. C’est du noir tout noir, du polar américain qui tient ses promesses et comble le lecteur en manque de flic à la dérive.

Fritz Brown n’est plus flic, trop minable et trop porté sur la bouteille, il a été viré du LAPD. Il s’est reconverti dans la récupération de voitures impayées, boulot lucratif caché sous une enseigne de détective privé qui n’existe que pour le fisc. Pourtant un jour, un certain Gras Dogue l’embauche pour surveiller sa jeune soeur qui vit avec un vieux Juif, Sol Kupferman. Et Gras Dogue, les Juifs, il ne peut pas les sentir, pas plus que les Noirs. Antisémite, raciste, fasciste, ce type est écoeurant mais Brown ne peut se permettre de refuser l’argent ainsi gagné.
Mais cette histoire va l’entraîner beaucoup, beaucoup plus loin que son point de départ. Il ressort une histoire d’incendie criminel vieux de dix ans et commence à remonter les pistes d’une enquête mal éclaircie pour laquelle trois hommes ont été condamnés à mort et exécutés. Voilà Brown embarqué sur les greens de LA jusqu’au Mexique, qui retrouve ses anciennes relations de la maison poulaga et ses manies de flic, qu’il est resté dans l’âme.

Je l’ai suivi dans les moindres recoins (crayon en main cependant parce que chez Ellroy, il y a beaucoup de personnages et qu’il faudrait pouvoir le lire d’une traite pour ne pas s’y perdre) avec plaisir mais aussi un peu de tristesse parce que ses personnages sont vraiment des cabossés de la vie. Piètre estime d’eux-mêmes, pouvoir d’auto-destruction impressionnant, sordides histoires familiales : le dessous des cartes de Los Angeles, la ville du paraître où est né Ellroy, grand nulle part où l’extrême richesse croise la pauvreté la plus sordide et le summum de la perversité.

La ville est un personnage à part entière des romans de James Ellroy, sa description y tient une place prépondérante autant que celle de ses rues et de ses habitants et de leurs moeurs. Alors oui, si le canevas meurtre-enquête-résolution est bien là, il est évident que certains y trouveront des longueurs car les errements et incertitudes de Brown sont la matière même du roman. Un enquêteur classiquement hard boiled, avec cependant quelques touches d’originalité comme son goût prononcé pour la grande musique, en particulier pour les compositeurs allemands.

Je suis donc enchantée de ma lecture, qui tombe pile au moment où je lis le numéro hors-série du Magazine Littéraire consacré au polar « d’Edgar Poe à James Ellroy ». Excellent numéro qui donne plein d’envie de lecture (une sélection de romans noirs pour l’été) et replace les grands auteurs dans leur contexte. Tous les genres et les horizons géographiques du roman policier y sont abordés, je vous le conseille.

America 2016

Logo America

Brown’s Requiem

James Ellroy traduit de l’anglais par Freddy Michalski
Rivages / Noir n°54, 1997
ISBN : 2-86930-182-0 – 350 pages – 9 €

Brown’s Requiem, parution aux Etats Unis : 1981

..

Autant dire que ça commençait bien. E. Robert Pendleton est professeur de Creative Writting, vous savez, ces postes universitaires pour écrivains ratés aux Etats Unis. Et écrivain raté, il l'est, rongé par la dépression, incapable de produire la moindre ligne constructive ou originale, crevant de jalousie face à son ancien…
Première étape du périple italien : Ernest Hemingway et le lac Majeur. Première déception estivale aussi car autant le dire tout de suite, j'ai trouvé l'écriture d'Hemingway dans L'adieu aux armes extrêmement aride. Frederic Henry est un jeune Américain engagé volontaire dans les ambulances italiennes durant la Première Guerre mondiale. Il…