Seul le silence de R.J. Ellory

Seul le silencecoeur animéProprement époustouflant. Qui coupe le souffle parce qu’il se lit comme en apnée, en dehors du monde, juste le livre et le lecteur. Quelque coupure que le quotidien vous imposera, tant que vous n’aurez pas achevé les dernières pages de cette histoire, Joseph Calvin Vaugham marchera à vos côtés. Et il est certain qu’il y sera encore bien longtemps après. Parce que ce livre n’est pas de ceux qui s’oublient, mais bien de ceux qu’il faut faire lire tant on sent qu’on tient entre les mains quelque chose d’exceptionnel.

Augusta Falls, Georgie, 1939 : c’est alors que commence l’histoire du narrateur, encore enfant, qui perd brusquement son père. Peu de temps après, une petite fille est retrouvée assassinée. Puis une autre, un an plus tard, puis une autre. Ce n’est que le début d’une morbide succession de plus en plus sanglante et atroce. Mais on ne s’attarde pas aux descriptions, pas plus qu’à l’enquête qui semble bien loin. C’est au narrateur que l’on s’attache, cet enfant, puis adolescent, complètement désemparé devant ces meurtres et qui se sent coupable. Coupable parce qu’avec certains de ses camarades, il fonde le clan des Anges Gardiens chargé de protéger les fillettes, et que rien n’y fait. Pas plus les Anges Gardiens que les différents shérifs concernés par les meurtres ne parviennent à les faire cesser.

Joseph Vaughan grandit, toujours obsédé par les meurtres. Il se dit, et on lui confirme, qu’il pourrait devenir écrivain. Il grandit, entouré de l’amour de sa mère et de l’amitié des gens d’Augusta Falls où pourtant, il y a peut-être un assassin. Et la mort, toujours près de lui, qui va le suivre inlassablement et ravager sa vie, aussi loin qu’il fuira.

Il ne faut pas chercher à en savoir plus, ne pas lire la quatrième de couverture et s’immerger dans ce livre. Le destin de cet homme dépasse toute tristesse, le poursuit inlassablement, ne lui laissant que la force de chercher. Car dès le début, le lecteur sait que Joseph Vaughan a trouvé le meurtrier et qu’il l’a tué. De très courts chapitres en italique lui donnent la parole au présent et décrivent son acte, implacable et froid comme sa vie. Si son identité n’est révélée que dans les toutes dernières pages, le lecteur peut la deviner bien avant, peu importe. Il ne s’agit pas là d’un roman policier à enquête, mais tout simplement d’un destin, d’une vie toute tendue vers une quête, vers le rachat d’une impuissance de petit garçon qui n’a rien pu faire contre le Mal.

Peut-être est-il des cicatrices – sur l’esprit, sur le cœur – qui ne se referment jamais. Peut-être est-il des mots qui ne peuvent jamais être prononcés, ni chuchotés, des mots qu’il faut écrire sur une feuille de papier que l’on plie pour en faire un bateau qui voguera sur un ruisseau pour se faire avaler par les vagues. Peut-être est-il des ombres qui vous hantent à jamais, qui viennent se serrer contre vous dans ces moments d’intime obscurité, et vous seul pouvez reconnaître les visages qu’elles revêtent, car ce sont des ombres, les ombres de vos pêchés, et nul exorcisme terrestre ne peut les chasser. Peut-être ne sommes-nous pas si forts que ça en fin de compte. Peut-être mentons-nous au monde, et en mentant au monde nous mentons à nous-mêmes.

Autant dire que c’est fort, très fort, que l’écriture de cet Ellory a une puissance d’évocation incroyable qui vous met sous les yeux ces gens, ce pays, et qui vous noue les tripes. On voit tout de suite cette petite ville des États-Unis, les voisins, l’école, l’institutrice, le shérif… tous ces gens qui dans un premier temps semblent assez loin du puritanisme et de l’intolérance américaine. Mais les crimes s’accumulant, le narrateur lui-même va sembler suspect, avec ses cheveux longs, sa maîtresse plus vieille que lui et sa manie de tourner autour de cette sinistre affaire.

C’est implacable, efficace et extrêmement triste. C’est l’enchaînement des événements, l’impuissance de l’homme et l’injustice de la vie.

R.J. Ellory sur Tête de lecture

 

Seul le silence

Roger Jon Ellory traduit de l’anglais (américain) par Fabrice Pointeau
Sonatine, 2009
ISBN : 978-2-35584-013-5 – 497 pages – 22 €

A Quiet Belief in Angels, parution en Grande-Bretagne : 2007

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