La bête et la belle de Thierry Jonquet

La-bête-et-la-belleJ’ai lu jadis quelques-uns de ses romans jeunesse de la série « Lapoigne » qui ne m’avaient guère marquée… Mais avec celui-ci, je me suis fait avoir, je n’ai rien vu venir. J’avoue quand même que tout tient dans les deux dernières pages où le lecteur se retrouve comme un idiot.

Plusieurs personnages, plusieurs points de vue. Le commissaire Gabelou, un vieux de la vieille à qui on ne la fait pas ; l’Emmerdeur, qui n’intervient pas directement mais qui est un personnage central vu que c’est à cause de lui que cette enquête a lieu : employé d’une compagnie d’assurances, il voudrait prouver que le Commis, le Gamin et la Vieille ont été assassinés par le Coupable, ça lui éviterait d’avoir à débourser un centime. ; le Coupable, n’intervient pas non plus, il est sur son lit d’hôpital : dans des cassettes découvertes par le commissaire, il avoue à Léon le meurtre de sa femme, du Commis, du Gamin et de la Vieille. ; et Léon, le vieux Léon, qui a vécu avec le Coupable depuis qu’il l’a ramassé dans la rue. Mais depuis l’hospitalisation du Coupable, Léon passe ses journées au Quai des Orfèvres, résolument muet malgré les interrogatoires serrés.

On n’entre peut-être pas très facilement dans ce livre car les personnages ne sont pas bien identifiés et les faits ne suivent pas un ordre chronologique. C’est au lecteur de reconstruire cette histoire, morceau par morceau. Parce que c’est quand même bizarre ce type qui accumule chez lui les sacs-poubelle et qui pisse dans des bouteilles au point de faire de son appartement une décharge qui va éveiller l’attention des voisins… Et puis pourquoi le commissaire va-t-il chercher midi à quatorze heures puisqu’il a les confessions du Coupable ? Et pourquoi le vieux Léon s’entête-t-il à ne rien dire, hein, pourquoi ?
Je ne me pose généralement pas beaucoup de questions en lisant un roman policier, je me laisse porter, embobiner, enfumer, et là, pas de doute, j’ai été bluffée par la construction minutieuse de Thierry Jonquet. C’est un coup à relire certains passages à la lumière de ce qu’on a appris à la fin, et ça, j’adore ! Bref, en plus d’un humour noir assez réjouissant, j’ai apprécié cette construction détournée, la présentation en creux des personnages et bien sûr, la révélation finale.

Pour le côté Vintage, mon exemplaire date de 1985 (pas trouvé la bonne couv) et on peut voir en quatrième de couverture une pub pour les cigarettes Bastos… Autre temps, autres mœurs…

Thierry Jonquet sur Tête de lecture

 

La belle et la bête

Thierry Jonquet
Gallimard, 1985
ISBN : 2-07-049000-9 – 181 pages

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