Hors champ de Sylvie Germain

Hors champAurélien, à l’image d’un certain Gregor Samsa, mais de façon moins radicale, commence bien mal sa semaine : les passants le bousculent, on lui marche sur les pieds, ses collègues l’ignorent presque, et sa douce Clotilde aussi… mais qu’est-ce qui arrive à Aurélien ?

Cette question n’est que pure rhétorique vu que le texte de la quatrième de couverture débute ainsi : « En une semaine, Aurélien, un homme ordinaire, va progressivement disparaître. » Dès lors, le lecteur en sait beaucoup plus que le héros, position romanesque difficile à tenir pour un auteur s’il ne veut pas que ce héros passe pour un crétin. En conséquence de quoi, à chaque fois qu’Aurélien s’interrogeait sur son état, j’avais envie de lui répondre : « ben tu disparais, mon gars ». Le destin du personnage étant scellé dès le départ, je me suis passablement ennuyée. Il se fait bousculer une fois, deux fois, trois fois… les garçons de café l’oublient une fois, deux fois… ses interlocuteurs discutent comme s’il n’était pas là une fois, deux fois… dix fois, ou au moins une de trop.

Puis il disparaît progressivement des photos, perd son ombre. Et de manière très prévisible à la fin il s’exclame, sur le mode Jules César : « Non, maman, pas toi…pas toi aussi, dis ! Maman… », seule scène (involontairement) drôle de ce roman.

Au cours de ma lecture, j’ai plus d’une fois pensé à la série de Roland C. Wagner, « Les Futurs mystères de Paris » qui met en scène un détective très spécial qui disparaît de la mémoire des gens aussitôt qu’on le quitte du regard : très pratique pour échapper aux assassins, aux impôts. Et au moins, c’est drôle.

Il est également une BD que je recommande le plus chaleureusement possible, Monsieur Khol de Moynot et Dieter. Monsieur Khol est un homme tellement discret, effacé, qu’il n’a pas de visage : les gens ne le voient pas, il est là sans y être.

J’ai trouvé qu’il y avait plus d’émotion dans la BD de Moynot et Dieter que dans le livre de Sylvie Germain. Beaucoup de descriptions des faits et gestes d’Aurélien et malgré quelques flashs back, le personnage reste froid et lointain. Sylvie Germain refuse les accents tragiques qu’un tel sujet aurait pu susciter et choisit même de mettre en scène quelques quiproquos dus à l’invisibilité d’Aurélien. Je ne les ai pas trouvés drôles. On voit également se profiler une critique de notre société moderne, qui sait si bien peindre l’être de néant à force d’indifférence et de mépris. Mais n’est pas Sartre qui veut…

Tout cela est donc bien fade, dénué de poésie et au final, la lente désagrégation annoncée d’Aurélien m’indiffère et ce roman s’efface déjà de ma mémoire…

Hors Champ

Sylvie Germain
Albin Michel, 2009
ISBN : 978-2-226-19398-8 – 195 pages – 15 €

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