Le caveau de Claude Amoz

Le caveauJe connais mal le roman policier français et m’aventure rarement en ses territoires. Ce premier roman de Claude Amoz n’a rien à voir avec les habituels enquêteurs britanniques ou américains que j’ai pu fréquenter. D’ailleurs d’enquêteurs, il n’y en a pas ici, ou du moins pas à proprement parler.

En effet, Antoine Worbe n’a rien d’un flic, au contraire, c’est un looser bien de chez nous, un gars qui n’aime rien et dont l’unique chance, si on peut l’appeler ainsi, a été de gagner un séjour d’une semaine dans les vignobles du Macônais. Le voilà donc qui débarque chez les Renaison, viticulteurs de père en fils. Il y a Georges, le père qui manifeste un goût prononcé pour les jeunes filles et dont la femme est dans le coma depuis seize ans, âge de son fils cadet Jean, né handicapé mental. Bernard l’aîné est marié à Line, ils ont un bébé, et la grand-mère Marie veille sur tout ce monde.

Dès qu’il arrive, Antoine sent une présence dans cette maison, il fait de drôles de rêves, entend des bruits la nuit, peut-être une voix de femme. Et très vite, il fait le lien avec l’histoire de Marine, jeune auto-stoppeuse de seize ans qui l’année précédente est venue faire les vendanges chez les Renaison et qui depuis a disparu. Ne serait-elle pas séquestrée dans le caveau, là où le raisin attend de se transformer en vin ? Sur un coup de tête, pour se donner une contenance, Antoine fait croire qu’il est commissaire de police. Bien des langues locales vont se délier et lui donner leur avis sur l’histoire de Marine disparue.

Claude Amoz mêle adroitement les fils de cette histoire avec les délires familiaux d’Antoine, fils de pasteur qui garde des souvenirs très partiels de son enfance. Il découvre que Marine était fille de pasteur elle aussi et que comme sa nièce bien-aimée, Joelle, elle avait un goût prononcé pour le dessin. Ses rapports avec sa nièce sont d’ailleurs très ambigus, comme si lui, l’homme de quarante-sept ans, se reposait sur cette gamine de seize ans. De fugues en disparitions, Antoine va reconstruire son passé, comprendre son enfance et découvrir ce qui s’est passé un an plus tôt lors de la fête des vendanges.

J’ai trouvé les fils de cette histoire très bien emmêlés et démêlés et le dénouement bien ficelé (hormis l’incroyable présence d’une religieuse en deux endroits stratégiques de l’histoire). C’est à une double quête que Claude Amoz convie son lecteur, celle de Marine mais aussi celle d’Antoine sur les traces de lui-même. L’ambiance est celle de la France rurale, avec ses médecins de campagne, ses libidineux refoulés et ses secrets de famille. C’est assez lourd, mais convaincant et la trame psychologique est vraiment crédible.

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Le caveau

Claude Amoz
J’ai Lu (policier n°5741), 2000
ISBN : 2-290-30767-X – 222 pages – indisponible dans cette édition

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