La fille de Carnegie de Stéphane Michaka

La fille de CarnegieVoici un auteur français qui écrit des polars à l’américaine. Où est l’intérêt me direz-vous puisque les Américains font ça très bien. Et surtout que les Français se sentent toujours obligés d’en faire des tonnes pour donner le ton quand ils ont envie de vendre leurs petites enquêtes. Ici rien de tout ça : ou Stéphane Michaka a vécu aux Etats Unis, ou il a beaucoup lu de polars américains, ou bien encore, c’est un bon écrivain.

De nos jours au Metropolitan Opera de New York. Un homme s’écroule sur la scène pendant une représentation de La Flûte enchantée. Tué de trois balles dans le corps, il vient de tomber de la loge privée de Sondra Carnegie, redoutable critique d’opéra, descendante du grand Carnegie.

« – … ça ne répond pas chez elle. Ni chez son père.
– Son père ?
– Saul Carnegie. Le Saul Carnegie.
–  Qui est-ce ?
– Son père.
– Merci pour la précision. Je reformule : qui est Saul Carnegie ?
– Un milliardaire. Assez âgé, je crois. Sondra Carnegie est son unique héritière.
– Le Carnegie Hall, c’est à eux ?
– Pas plus que l’aéroport JFK n’est aux Kennedy. Mais c’est la même famille.
– Quoi ? Les Carnegie sont parents des Kennedy ? »
Je trouve que cet auteur a le sens du dialogue…

A la sortie du Met, la police arrête un certain Mike Lagana, un ancien confrère reconverti en détective de la finance. Et amant de Fran Markowitz, substitut du procureur assassinée quelques années plus tôt et dont Bob Tourneur, chef des inspecteurs au NYPD était amoureux. Pour Bob pas de doutes : Mike a tué le type tombé du balcon et il va le prouver. Après pas mal d’accrocs à la procédure, il commence à interroger son ancien rival et partenaire. Qui se met à lui raconter son histoire, comment Sondra l’a engagé pour enquêter sur la mort de sa mère, une soprano au succès mitigé décédée des années auparavant d’un prétendu excès de médicaments.
Si l’interrogatoire se déroule en un huis-clos de quelques heures, c’est que l’auteur vient du monde du théâtre et qu’avant d’être un livre, cette histoire fut une pièce. D’où les dialogues percutants et efficaces. Mais il est allé heureusement bien plus loin qu’une simple adaptation, en faisant de la ville de New York un personnage omniprésent, avec surtout ses différentes classes sociales, de la très haute fortune Carnegie aux repris de justice qui tentent de se réinsérer. Et tout ça sans faire dans le cliché, dans une intrigue qui tient bien la route (la façon dont le passé des personnages est effeuillé petit à petit est très prenante), avec un flic vraiment teigneux, raciste, détestable, alcoolique, mais intéressant dans ses contradictions. Et l’opéra, pour une fois, ça nous change du jazz…

 

La fille de Carnegie

Stéphane Michaka
Payot & Rivages (Rivages/Noir n°700), 2008
ISBN : 978-2-7436-1853-7 – 566 pages – 10.50 €

..