Le secret de William Wilkie Collins

Le secretLe secret a été publié en 1856. Wilkie Collins est souvent décrit comme précurseur du roman policier et du roman à suspens. Mais il ne s’agit pas ici d’un roman policier, et après lecture, j’ai du mal à me dire qu’il existe dans ce livre le moindre suspens…

Août 1829 : Mrs. Treverton est à l’agonie. Sur son lit de mort, elle fait écrire par sa femme de chambre, Sarah Leeson, une lettre qui révèle à son mari un terrible secret. Elle veut qu’une fois morte, Sarah donne cette lettre à son époux afin que cesse un terrible mensonge. Mais elle n’a que le temps de lui faire jurer de ne pas détruire la lettre et de ne pas l’emmener avec elle si jamais elle quitte Porthgenna Tower. Sarah la dissimule donc dans le manoir avant de fuir, non sans assister avec honte à une scène éplorée entre Mr Treverton et sa petite fille de cinq ans désormais orpheline de mère, Rosamond.
« Les yeux de Sarah se remplirent de larmes, tandis qu’elle considérait les petites mains attachées au cou de son maître. Elle demeura auprès du rideau soulevé, ne prenant plus garde au risque qu’elle pouvait courir, d’un moment à l’autre, d’être découverte et questionnée« . La voilà qui s’enfuit en pleurant, non sans faire un détour sur la tombe d’un jeune homme décédé six ans plus tôt. Pas besoin, je pense, d’être Sherlock Holmes pour deviner la teneur du secret….
Quinze ans plus tard, Rosamond est devenue une belle jeune femme qui a épousé par amour un ami d’enfance fortuné récemment devenu aveugle. Elle a quitté Porthgenna Tower à la mort de sa mère mais décide de retourner s’y installer avec son époux et l’enfant à venir. Mais en chemin, elle est prise de douleurs et accouche avant terme dans une auberge. Vient alors s’occuper d’elle une femme des environs, Mrs Jazeph, en qui le lecteur met trois lignes à reconnaître Sarah Leeson. Son trouble la trahit et Rosamund comprend qu’il y a un secret à découvrir à Porthgenna Tower, un secret enfoui qui pourrait bien bouleverser son bonheur.

Il faut à mon avis être Victorienne déjà acquise à la chose pour apprécier ce roman. La révélation qui n’en est pas une et arrive après cinq cents pages de lecture souvent assez monotone en raison de descriptions interminables ne joue pas en sa faveur, même s’il a bien des charmes. En premier chef celui de l’époque, car il reflète je pense fidèlement la société et en particulier la condition des femmes. On voit clairement à quel point les codes sociaux rigoureux peuvent broyer une existence. Pourtant, il s’agit aussi d’une histoire d’amour dans laquelle ce noble sentiment l’emporte au final sur les préjugés de classes car, et c’est ainsi que s’achève le roman : « Les véritables titres sont ceux que ne sauraient nous enlever aucun accident de la vie : les titres d’honneur que confèrent l’AMOUR et la SINCERITE. » Ah que c’est beau et romanesque ! Et disons le, un brin moralisateur…
Et drôle aussi, car certains personnages, comme l’oncle Joseph ou Mr Phippen sont là pour alléger une atmosphère lourde de soupçons et de silences.

Le plaisir de lire ce roman de Wilkie Collins ne tient donc pas à l’intrigue palpitante ni même aux quelques rebondissements auxquels le lecteur s’attend dès les premières pages. Il s’agit plutôt là de satisfaire son goût pour les vieilles dentelles de la littérature anglaise, d’apprécier le charme d’une écriture d’autrefois et finalement, de glisser dans ces pages comme dans une vieille paire de charentaises dont on sait qu’elles sont confortables et sans risque majeur de déception.


 
Le secret

William Wilkie Collins traduit de l’anglais par Emile Forgues
Le Masque (Labyrinthe n°97), 2006
ISBN : 978-2-7024-9730-6 – 571 pages – 8,50 €

The Dead Secret, publication en Grande Bretagne : 1856

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