L’amant de lady Chatterley de David Herbert Lawrence

L'amant de lady ChatterleyRelecture de ce classique anglais qui me laisse assez mitigée. Déçue dans un sens mais intéressée par certains aspects. Déçue parce que tout de même, en entamant la lecture de L’amant de lady Chatterley, on s’attend à un peu de gaudriole, non ? Eh bien sur ce chapitre, il me semble qu’il y a de quoi être déçu(e) car si lady Chatterley s’offre en direct quelques ébats avec son garde-chasse Oliver Mellors, ils sont d’une monotonie à toute épreuve. Il faut dire aussi qu’elle ne met pas beaucoup de coeur à l’ouvrage : « elle restait inerte, les mains posées sur le corps de l’homme en mouvement et, quoi qu’elle fît, son esprit semblait observer la scène, jugeant ridicules les coups de boutoir et grotesque l’acharnement de ce pénis pour aboutir à son petit accès d’éjaculation« .

Pour un début de liaison, c’est plutôt terne. Parfois il est vrai, elle se sent un peu plus concernée, mais bon, son cher Mellors ne semble connaître que la position du missionnaire, alors on la comprend un peu… Pourtant, à la fin du roman quand le scandale éclate, Mellors est calomnié par sa femme pour sa sexualité débridée… J’en conclus que D.H. Lauwrence s’en est tenu aux passages les plus soft, par crainte de la censure peut-être. Pour conclure clairement ce premier point, je dirais que L’amant de lady Chatterley, ça n’est pas le Kamasutra !

Ce qui est bien plus intéressant me semble-t-il, c’est l’aspect social du roman. Il se déroule après la Première Guerre mondiale alors que l’industrialisation n’a pas concrétisé les rêves de tous les Anglais. Les nantis tirent toujours leur épingle du jeu alors que les pauvres, les travailleurs, se tuent dans les mines. Pire, les mineurs qui étaient jadis d’honnêtes travailleurs se tournent vers le communisme ! Le paysage lui-même en est transformé : « Depuis l’arrivée de Connie à Wragby, ce nouveau lieu était apparu sur la terre, et les maisons modèles s’étaient emplies d’une racaille venue de partout pour braconner sur les terres de Clifford, entre autres occupations« . Pour Connie, Wragby est ce « grand terrier si triste » où elle dépérit depuis que son mari est revenu infirme de la guerre. L’aristocrate s’est fait écrivain mais il dirige encore sa propriété avec autorité, une façon d’exprimer sa virilité puisqu’il ne peut plus satisfaire sa femme. D’ailleurs, sur ce point précis, il a les idées larges : « A mes yeux, ces petites aventures et ces brèves liaisons dans le cours de notre existence ne comptent pas tellement. Elles s’effacent et qu’en reste-t-il ? Où sont les neiges d’antan ? Seul compte ce qui est durable. Ce qui compte pour moi, dans mon existence, c’est sa continuité, son développement. Mais quelle importance ont les liaisons occasionnelles, surtout les liaisons sexuelles ? Si on ne leur donne pas une importance ridicule, elles passent comme l’accouplement des oiseaux, et c’est bien ainsi. Quelle importance ? Ce qui compte, c’est l’union de toute une vie, c’est vivre ensemble jour après jour, et non pas coucher ensemble une ou deux fois« . Il ne s’agit pas là du discours d’un mari volage tentant de consoler sa femme, mais bien d’un aristocrate donnant à sa femme la permission d’avoir des amants. Et si l’un d’eux pouvait la mettre enceinte, ce serait parfait, il aurait un héritier pour Wragby.

Si ce livre a été longtemps censuré en Grande Bretagne et aux États Unis, la pornographie me semble être un prétexte (même si quelques scènes parfois crues pouvaient faire alors hausser les sourcils). C’était beaucoup plus d’une atteinte à la moralité qu’il s’agissait dans ce livre. Une femme qui trompe son époux, avec son consentement et avec un homme d’une classe sociale inférieure, c’est très choquant aux yeux des censeurs puritains. D’ailleurs dans le roman, le père et la soeur de Constance qui font figure de personnes très ouvertes (ils se félicitent qu’elle ait pris un amant qui la satisfasse enfin), sont scandalisés par le fait qu’elle ait choisi un garde-chasse.
Aujourd’hui, il y a me semble-t-il deux manières de lire ce livre (la version « plaisirs solitaires » étant  d’office exclue !), deux lectures qui se complètent : la décadence de l’aristocratie britannique et/ou l’éveil d’une femme à la sensualité.
Il n’en reste pas moins que ma lecture fut assez fastidieuse, alourdie par des scènes de sexe fades qui se répètent, des échanges sur la situation sociale du comté qui reviennent aussi sans cesse et finalement, une certaine monotonie.

Pour finir quand même, un passage que j’ai trouvé très beau :

« Elle apprit tant de choses au cours de cette brève nuit d’été. Elle s’était imaginé qu’une femme en mourrait de honte. Et ce fut la honte qui mourut. La honte, c’est-à-dire la peur ; cette profonde honte organique, cette très ancienne peur physique tapie dans les racines de notre corps, et que seul peut évacuer le feu de la sensualité. Voici qu’enfin elle se trouvait éveillée et mise en déroute par la chasse phallique de l’homme, menant Constance au coeur de sa propre jungle intime. Elle sut désormais qu’elle avait touché le véritable socle de sa nature profonde, et qu’elle était essentiellement impudique. Elle se réalisait dans sa sensualité nue et sans honte. Elle assistait à son triomphe, presque au point de s’en glorifier.« 

 

L’amant de lady Chatterley

David Herbert Lawrence traduit de l’anglais par Pierre Nordon
LGF (Le Livre de poche n°5830), 2008
ISBN : 978-2-253-05715-4 – 383 pages – 5 €

Lady Chatterley’s Lover, publication en Italie (pour cause de censure) : 1928 – en Grande Bretagne : 1960

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