L’imaginarium du docteur Parnassus de Terry Gilliam

affiche-imaginariumAutre escapade parisienne, autre séance de cinéma, dont j’attendais beaucoup, certainement trop. Deux motivations principales : Terry Gilliam et Johnny Depp. Pour ce dernier, la déception est de taille : il n’apparaît pas plus de cinq minutes en tout et pour tout. Pour Terry Gilliam par contre, tout est là, c’est du Gilliam pur cru, délirant, beau, désespéré.

Le très vieux, très imbibé et très fatigué docteur Parnassus (Christopher Plummer) promène dans Londres son théâtre ambulant, sorte d’immense carriole à cheval, totalement incongrue dans les rues de la capitale. A son bord Valentina (Lily Cole), la fille du docteur, va avoir seize ans ; Anton (Andrew Garfield) le jeune  apprenti et Percy (Verne Troyer) le nain. Et bientôt, Tony (Heath Ledger) les rejoint, après qu’ils l’ont dépendu du Blackfriars Bridge par une nuit de déluge. Amnésique, il décide de partager la vie de bohème des acteurs. Mais l’argent n’entre pas, personne ne s’intéressant à cette baraque miteuse où de piètres comédiens tentent d’attirer le chalant. Et pourtant, c’est un monde fantastique qui attend le visiteur au-delà du miroir, un monde au reflet de sa propre imagination.
Il semblerait que l’arrivée de Tony soit un bienfait pour la troupe puisqu’il possède un charme indéniable auquel Valentina elle-même n’est pas insensible, au grand dam d’Anton. Oui mais voilà… le docteur Parnassus a jadis fait un pacte avec le diable, lui promettant son enfant dès qu’il atteindrait l’âge de seize ans. Valentina va avoir seize ans, le diable vient chercher son dû et le docteur Parnassus doit dire la vérité à sa fille tout en échafaudant un plan pour reprendre sa parole.

photo-imaginariumAu début, on en prend plein la vue et les neurones : décors et costumes sont magnifiques, l’intrigue s’emmêle, s’emberlificote, nous trimbale et nous désoriente : on est bien dans un film de Terry Gilliam, on n’est pas censé forcement tout comprendre, juste rêver. Mais force est bientôt de constater, qu’hormis la beauté de la chose, le film souffre d’un important handicap : les acteurs. On comprend bien que Heath Ledger n’est pas au mieux de sa forme, soit (mais il ne m’a déjà pas convaincue dans Les frères Grimm). Pour moi, c’est Johnny Depp qui aurait dû avoir ce rôle de bout en bout, il lui aurait certainement conféré la pétulance et la malice qui lui manquent. Christopher Plummer n’a rien pour retenir l’attention, mais la pire prestation est celle de Lily Cole, qui ressemble à une poupée de porcelaine et en a d’ailleurs toute l’expressivité. Elle ressemble furieusement (autant physiquement que dans son jeu) à Jayne Wisener, la déplorable Johanna de Sweeney Todd. Quant à la troisième « réincarnation » de Heath Ledger, elle nous est infligée par le toujours déplorable Colin Farrell, semblable à lui-même… Le seul qui m’ait convaincu, c’est diable (Tom Waits), pas un diable cornu à l’odeur de souffre, mais un diable bureaucrate en costume et chapeau melon qui n’aurait sans doute pas déplu à Boulgakov et autres maîtres fantastiques russes.

Bien sûr, ce film est un hymne à l’imagination. Rêvez, nous dit Gilliam, vous n’en vivrez que mieux, racontez des histoires pour que le monde continue à tourner, et si vous êtes violent, devenez flic ! Dommage que le message passe par des prestations aussi fades et principalement incarné par un Parnassus alcoolique, fatigué de vivre et revenu de tout. Dans le même registre, je choisis The Big Fish de Tim Burton qui me semble partager une esthétique commune avec Gilliam.

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L’Imaginarium du docteur Parnassus de Terry Gilliam
Avec Heath Ledger, Christopher Plummer, Johnny Depp, Jude Law, Colin Farrell…
Sortie nationale : 11 novembre 2009 – Durée : 2 h 02

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