… à la folie – Sylvain Ricard & James

« C’est mon homme, c’est mon mari, c’est mon couple, c’est toute ma vie.« 
Ainsi parle-t-elle cette femme dont on ne saura jamais le nom à son amie qui lui dit qu’il faut qu’elle réagisse, qu’elle ne se laisse pas faire, qu’elle parte peut-être, en tout cas qu’elle ne tolère plus que son mari la frappe. Mais elle dit qu’elle l’aime et il dit qu’il l’aime lui aussi, à sa façon.

Tout avait commencé simplement : elle le trouvait beau, il la trouvait différente. Ils se sont mariés, tout allait bien. Puis un jour, la première gifle. Et puis d’autres. Puis la violence sexuelle. Elle en parle à sa mère qui lui assène que dans la famille, on ne divorce pas et que certainement, c’est elle qui n’est pas assez gentille avec lui. Elle en parle au médecin, qui lui donne des anti-douleurs, au psychiatre qui lui donne des anti-dépresseurs. Et puis un jour elle part et il ne comprend pas : impossible de quitter un mari qui vous aime.

C’est un sujet très dur et pourtant, il est abordé avec une grande pudeur et beaucoup de retenue. On voit d’abord l’homme et la femme assis chacun à un bout du divan, racontant leur histoire commune, dans des termes de plus en plus différents. Puis le visage de la femme est de plus en plus abîmé et l’homme de plus en plus agité. Ils ne se parlent pas l’un à l’autre, mais l’un de l’autre. Elle parle de la place des femmes, il parle de son travail, de ses collègues, de ce que c’est que d’être un homme. A l’inspecteur de police qui lui dit qu’une « plainte pour violence sur une personne n’est jamais n’importe quoi » et répond : « mais… ce n’est pas une personne, c’est ma femme« . Alors il peut en faire n’importe quoi, non ? Et d’ailleurs « les chiens, hein, est-ce qu’on enferme les gens qui tapent sur les chiens ?« .

Et elle lui cherche des excuses, dit qu’il est fatigué, énervé, qu’il va changer… et inévitablement on se demande si elle veut vraiment que les choses changent… Peut-elle être autre chose qu’une victime celle qui a accepté de perdre sa fierté et son intégrité corporelle pour se soumettre ? Celle qui n’est que culpabilité ? Elle n’est quasiment plus personne, elle n’existe plus que rapport à lui, elle est son objet et elle est terrorisée. Le mari, tellement sûr de lui, n’en est que plus détestable, lui qui déclare aimer sa femme, à sa façon.

Sur un sujet aussi difficile, cette bande dessinée est une grande réussite. Sans dénonciation tonitruante, elle parvient à insinuer le malaise, à faire comprendre petit à petit une situation extrêmement ambiguë où la victime ne s’avoue pas victime et où le bourreau ne comprend pas sa faute.

Choco en parle aussi.

… à la folie

Sylvain Ricard (scénario) & James (dessins)
Futuropolis, 2009
ISBN : 978-2-7548-0302-1 – 142 pages – 20 €

33 Commentaires

33 commentaires

  1. valérie dit :

    Une BD recommandé par ma médiathèque. Dans le même style , il y a Inès, une autre BD. Moi, je vais attendre un peu . Là tout de suite, j’ai envie de plus léger.

  2. Yspaddaden dit :

    Excellente la médiathèque, un bon point !

  3. Yspaddaden dit :

    J’imagine qu’on peut avoir envie de BD plus légères…

  4. Marie dit :

    Le sujet est dur… J’attendrai un peu !

  5. Yspaddaden dit :

    Et en plus c’est très délicatement fait.

  6. En effet, un sujet pas facile. Le traité en BD est une bonne idée, je trouve.

  7. Yspaddaden dit :

    La Belgique n’a pas volé sa réputation !

  8. Manu dit :

    Oui le libraire est belge et filigranes une excellente librairie qui a déjà pris bon nombre de mes deniers ahah.

  9. Constance dit :

    Deuxième commentaire élogieux sur cet album. Il faut que je voie si ma médiathèque st à la pointe en BD.

  10. BelleSahi dit :

    Nous en avons parlé à la bibli tout à l’heure…il faudra que je l’emprunte.

  11. Celsmoon dit :

    Sujet délicat effectivement mais s’il est bien traité alors pour quoi pas !

  12. Restling dit :

    Je résiste encore et toujours au genre BD et manga mais j’avoue que c’est de plus en plus dur avec vos billets tentateurs…

  13. Choco dit :

    Je suis ravie qu’une deuxieme personne parle de cet album qui mériterait d’être plus connu !
    En plus, tu as su faire passer l’émotion beaucoup mieux que moi…
    Bref, Merci :)

  14. Marie L dit :

    Il est déjà noté sur ma LAL!

  15. emiLie dit :

    Les personnages avec des têtes d’animaux ça me fait un peu penser penser à Mauss. Ce proccédé est toujours intéressant. En tout cas je note cette bd, on verra à la bibliotèque.

  16. Mango dit :

    J’aime bien ton résumé! Je me demande vraiment ce que les images apportent de plus à l’histoire elle-même! Elles me gênent!

  17. hydromiel dit :

    Trop de souvenirs, trop douloureux…

    • yspaddaden dit :

      J’espère que tu n’es pas choquée que le sujet soit mis en BD. En tout cas, je trouve qu’il est très délicatement traité.

      • hydromiel dit :

        Non, c’est bien d’en parler. Il faut que les gens comprennent aussi que ça peut arriver à n’importe qui. La femme que tu as en face de toi dans le train, ta voisine, ta soeur, une copine et tu ne le sais pas forcément. Tout ne se voit pas. On devient très habile pour mentir et dissimuler les choses.

  18. Cynthia dit :

    C’est vrai qu’a priori, on a du mal à imaginer qu’un tel sujet puisse être illustré en bd.
    Moi qui ne lis jamais de bd’s, pour une fois j’hésite! Je crois que ce qui me fait hésiter, ce sont ces personnages à tête de chien (mon inconscient doit me dire que c’est mal de mêler les chiens à cette histoire ;) )

  19. Karine:) dit :

    C’est ma foi extrêmement tentant! Je la veux, cette BD!

  20. Catherine dit :

    Effectivement une excellente BD !
    Je vois seulement maintenant que tu as quitté OB pour WordPress. L’administration de WordPress n’est-elle pas plus lourde que celle sur OB ?
    Bon weekend !

  21. Catherine dit :

    Pour le blog d’Edwyn, j’ai voulu changé d’OB et tester WordPress, c’est très bien, un peu plus compliqué (moins pédagogique) qu’OB, mais le design et les couleurs me plaisent (et à Edwyn aussi !). Bon weekend !

  22. Lo dit :

    Un album fort, avec un scenario abouti. Pourtant, j’ai préféré « Inès » de Dauvillier et d’Aviau, également sur le thème de la violence conjugale.
    Ici, je trouve que les profils animaux desservent le discours et l’expressivité des personnages.

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