Même pas Malte de Maïté Bernard

Même pas Malte de Maïté BernardC’est la première fois que je lis un Poulpe, un grand merci à celle qui m’a permis de combler cette lacune. Même pas Malte s’inscrit dans une longue série dont je ne ferai pas l’historique, la page Wikipédia qui lui est consacrée le fait bien mieux que moi.  Je dirai juste Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, a été inventé par le trio Jean-Bernard Pouy, Serge Quadruppani, Patrick Raynal, et que ses aventures comptent plus de deux cents épisodes, écrits par divers auteurs, reconnus ou non. La structure des épisodes est fixe, certains passages sont obligés (le Poulpe se fait régulièrement tabasser, il fréquente le bar « Le Pied de porc » où tout commence et tout finit), et les personnages reviennent d’un épisode à l’autre, plus ou moins régulièrement.

Mais il s’avère tout à fait possible de lire un épisode séparé. Cet opus n’est pourtant pas le plus indépendant puisqu’il fait référence à celui écrit par Marcus Malte en 1999, Le vrai con maltais qui lui même fait référence au fameux Faucon maltais de Dashiell Hammett. J’ai donc lu ce livre en toute innocence, sans beaucoup d’éléments de comparaison, en tant que roman policier français, tout simplement.

« LE POULPE est un personnage libre, curieux, contemporain.
C’est quelqu’un qui va fouiller, à son compte, dans les failles et les désordres apparents du quotidien. Quelqu’un qui démarre toujours de ces petits faits divers qui expriment, à tout instant, la maladie de notre monde.
Ce n’est ni un vengeur, ni le représentant d’une loi ou d’une morale, c’est un enquêteur un peu plus libertaire que d’habitude, c’est surtout un témoin. »

Le Poulpe retrouve une jeune femme connue neuf ans auparavant, Brigid Waterford (héroïne du Vrai con maltais), une belle rousse aux yeux verts qui le tentait déjà jadis et qui lui plait encore plus que jamais. C’est une aventurière qui vient de découvrir le cadavre d’une femme avec entre les jambes un vase relevant du patrimoine afghan, une inestimable antiquité. La jeune femme s’est approprié les papiers de la morte et entend bien profiter de sa carte bleue tant que la police ignore encore son identité. Elle entraine le Poulpe dans son sillage et les voilà partis tous deux à Cadaques, Séville, Londres sur les traces d’un trafic d’antiquités.

Je suppose que les fans de la série lisent chaque nouvel épisode pour suivre l’évolution psychologique du héros, ou pour voir ce que tel auteur en a fait, quelle inflexion il/elle lui a donné. Enfin je suppose que c’est une lecture possible. Pour ma part, je m’attendais à quelque chose de plus masculin, dans le style surtout. Mais cet épisode ayant été écrit par une femme, ce que je craignais n’est pas advenu. J’ai même souri lors de la scène de la piscine. Imaginez Le Poulpe et la jeune femme en maillot de bain, il a envie d’elle depuis un bout de temps, elle se rapproche, se pend à son cou… et là : « il regagna la terrasse« , et nous n’aurons pas droit à la description de la sempiternelle érection !

S’il n’est pas officiellement enquêteur, Le Poulpe a quand même bien des traits communs avec le détective privé hard boiled qui fit les heures de gloire du polar noir américain et qui sert encore de modèle à bien des épigones. Il a beaucoup vécu, admire les femmes mais vit seul, pose un regard désenchanté sur la société et n’attend plus grand-chose de la vie. D’autant moins que le Poulpe, au début du roman, entame une petite dépression qui inquiète ses amis. Cet archétype est familier et plaisant dans sa version franchouillarde. Maïté Bernard lui octroie une dimension psychologique qui lui évite l’ornière du cliché, car le Poulpe s’interroge beaucoup sur sa liaison avec Brigid Waterford qui lui redonne joie, jeunesse et envie de vivre. Ça n’est certes pas furieusement original, mais  ça permet de ne pas  faire de l’épisode une simple suite d’événements ou de rebondissements à la James Bond (ce que je craignais avant de découvrir que le Poulpe est plutôt du genre mou, même s’il sait se défendre en cas de besoin). La demoiselle le met dans l’embarras, ce qui permet à l’auteur d’exercer à l’encontre de son héros un certain humour féminin bienvenu.

Je ne pense pas que ce roman ait pour vocation de s’inscrire dans l’histoire du roman policier. Il prend place dans une série, en joue le jeu et remplit son contrat. Il n’a pas l’ampleur des grands romans policiers qui me passionnent, mais son objectif n’est pas là. J’ai pris plaisir à découvrir ce personnage, même si je ne deviendrai pas une inconditionnelle.
Parmi mes décisions de lectrice pour 2010, il y a celle de continuer à découvrir le roman policier français, me voilà donc sur les rails. La collection « Le Poulpe » compte parmi les plus grands noms du genre, que j’ai notés et pour certains déjà empruntés à la bibliothèque. Les Scandinaves s’impatientent aussi : cette année 2010 s’inscrit définitivement sous le signe du polar…

Même pas Malte

Maïté Bernard
La Baleine (Le Poulpe n°263), 2010
ISBN : 978-2-8421-9470-3 – 183 pages – 7 €

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Même pas Malte de Maïté Bernard

51 commentaires sur “Même pas Malte de Maïté Bernard

  1. Je l’ai reçu ! Je ne connais pas encore cette « série », aussi pour ne pas trop « déflorer » ma lecture, j’ai lu ton billet en diagonale ! :))

  2. J’en ai lu un dans cette série, mais avant blog, donc je n’ai pas noté lequel… c’était sympa en tout cas. Je lirais volontiers « Le vrai con maltais », à cause d’une petite… mmm… tendresse pour l’auteur… 😉
    Si tu décides de découvrir le roman policier français, je vais suivre cela de près. Dommage que tu sois un peu loin pour venir aux Quais du Polar, rencontre incontournable !

  3. Merci pour ce rapide topo, j’avoue que je ne connaissais pas le système ! Cela dit, ça m’attire, et autant commencer par un volume chaudement recommandé !

  4. J’en ai lu plusieurs et je prends toujours plaisir à retrouver Gabriel Lecouvreur. J’ai aimé particulièrement « l’écuyère a cafté » de POuy. J’espère le rencontrer prochainement, il a parrainé une classe de lycéens de mon coin qui a écrit aussi « son » histoire du Poulpe : « l’apprenti saucier ». On y retrouve Gabriel dans la région nantaise.

  5. Totale découverte pour moi, cette série aux titres si drôles! Je vais aller voir les sites que tu signales et en revenir, j’espère, moins inculte! 🙂

  6. Je l’ai lu il y a dix jours (un dimanche après midi a suffi), comme toi je cite le site wikipedia, car j’ignorais quasiment tout de cette série, mis à part les jeux de mots des titres… Mon billet parait demain, cause tag… j’ai plein de billets en avance à écouler…

    1. Hier, j’ai planifié tous mes billets en brouillon, à raison d’un tous les trois jours en moyenne, mais parfois un jour sur deux, ça m’amène jusqu’au 15 février… Je ne compte pas les films que je verrai sûrement et qui mériteront un billet, et les nouveautés que je lirai et qui viendront s’intercaler, bref, vous n’avez pas fini de me lire !!!!

  7. J’en ai lu effectivement beaucoup et avais arrêté. Je trouve que Maite Bernard utilise très bien la contrainte pour construire un roman très personnel.

  8. J’aime bien Gabriel Lecouvreur et ses aventures. le principe même du personnage qui se balade entre différents écrivains me plait beaucoup

    1. Non, c’est certain, l’auteur n’y a pas assez de place pour faire quelque chose de vraiment original. L’intérêt est plus de voir ce qu’il font tous de la contrainte.

  9. Vue le nombre, une série forcément inégale mais dans laquelle je re-plonge tout le temps. Inexorablement. C’est qu’il est attachant, au final, le gars Gabriel…

  10. Je me sens plus normale avec mes billets en avance (j’aime être sécurisée…)puisque tu fais de même… 15 février! En effet…

  11. Je n’en avais jamais entendu parlé et, malgré ton avis mitigé, je me laisserais bien tenter mais… plus tard (j’ai encore « quelques » policiers dans ma PAL qui n’attendent que d’être choisis) !! 😉

  12. J’adore le Poulpe, j’en ai lu une dizaine, et comme le dit Neph, le meilleur à mes yeux (et à d’autres) est la petite écuyère a cafté. J’en parle chez moi (il y a une entrée Poulpe dans mon répertoire des auteur(e)s).
    Le principe même de la série fait qu’il ne faut pas en lire qu’un si on n’aime pas le premier qu’on teste car le style, la crudité, etc. varient énormément d’un auteur à l’autre (j’ai détesté Ouarzazate et mourir).

    1. suis allée lire ton billet… il me rappelle qu’un jour, j’ai gagné la collection complète des Librio à 10 francs, ça en faisait environ deux cents, et que dedans, il doit y avoir des Poulpe… masque et tuba, je mène l’enquête…

  13. ouh lala, j’en ai lu des Poulpes mais il y a bine longtemps … une dizaine d’années, voilà c’est dit ! (c’est dur de vieillir…!) J’en avais gardé un bon souvenir, cela dépend fatalement aussi de l’auteur sur lequel on tombe…

  14. ah je l’ai lu celui-là et je suis tout à fait d’accord avec ton avis (incredible isn’it ;-))) une lecture plaisante somme toute :-)))

Les commentaires sont fermés.

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Bonjour,
voici un article à lire sur Tête de lecture : http://yspaddaden.com/2010/01/20/meme-pas-malte-maite-bernard/