Les visages de Jesse Kellerman

Les visages de Jesse Kellerman

Les visages de Jesse Kellermancoeur animéEthan Muller, la trentaine, est un galeriste new-yorkais. Ça ne veut pas dire qu’il galère à New York, juste qu’il tient une galerie d’art. Il se fiche pas mal de l’art et des artistes, son truc à lui, c’est de faire du fric, comme d’ailleurs tous ses ancêtres depuis leur arrivée en terre américaine. Aussi, quand le bras droit de son père met la main sur des milliers de dessins dans un appartement visiblement abandonné des Muller Courts, il ne se donne pas la peine de rechercher le propriétaire, Victor Cracke, l’artiste potentiel, il embarque et il expose. Et bien sûr il vend, très cher et pour son seul profit. Il faut dire que ces dessins sont exceptionnels : au nombre de cent trente cinq mille, ils formeraient un tableau de huit mille quatre cents mètres carrés si on pouvait les assembler, comme un puzzle, numérotés qu’ils sont au dos de chaque feuille. Ce qu’ils représentent n’est pas moins saisissant que leur gigantisme : des chérubins et des gâteaux à la crème y côtoient des décapitations et des scènes de tortures insoutenables.
Il va pourtant bien falloir qu’Ethan s’interroge puisqu’un jour, un homme le contacte pour lui dire qu’il a reconnu un des enfants dessinés au centre de l’œuvre : il s’appelait Eddie Cardinale et a été étranglé quarante ans auparavant près des Muller Courts sans qu’on retrouve jamais le coupable.

A ce stade, j’étais déjà accrochée au livre… Et voilà que l’auteur arrête là son récit pour nous raconter l’histoire des ancêtres d’Ethan Muller, depuis le premier immigrant juif allemand nommé Solomon Mueller. Au début, ça agace… Et puis la toile se tisse, les Mueller, devenus Muller se suivent, Simon, Walter, jusqu’à Louis, marié en 1916. Et là, le rêve américain se charge de nuages. Le lecteur n’entrevoit pas encore bien le lien avec Ethan et ses tableaux, mais quand il apparait, c’est absolument terrible et redoutablement bien construit.

Plusieurs centres d’intérêt donc dans ce livre, qui se combinent pour tenir le lecteur en haleine : l’enquête sur le meurtrier d’enfants, la recherche de Victor Cracke, la tension qui pèse sur Ethan Muller (car il reçoit des lettres anonymes et se  fait agresser dans la rue), la plongée dans le monde de l’art new-yorkais et l’histoire de la famille Muller, qui symbolise le passé de bien des arrivistes américains qui ont écrasé, supprimé ou écarté de leur chemin tout ce (ceux) qui pouvait nuire à leur ascension sociale puis à leur réputation. C’est sordide, mais comment douter que cela puisse être vrai ?
Au final, l’important n’est plus qui a tué les enfants, même si on finit par avoir la réponse, mais bien comment cette famille s’est construite et combien il y a de squelettes dans le placard. Et c’est tout à fait passionnant.

Jesse Kellerman sur Tête de lecture

 

Les visages

Jesse Kellerman traduit de l’américain par Julie Sibony
Sonatine, 2009
ISBN : 978-2-35584-026-5 – 471 pages – 22 €

The Genius, parution aux Etats Unis : 2008

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86 comments

Je résiste d’autant moins à ton billet qu’il est dans ma PAL. Lecture très bientôt : je lis d’abord « Seul le silence » de R.J Ellory, mais je suis monstrueusement en retard pour cette lecture commune.

Ce livre semble passionnant et tout à fait à mon goût… s’il veut bien attendre un peu de disponibilité de ma part !

Jamais Kellerman le père, ça a l’air très psy ses polars… je vais surveiller ton billet, c’est même pas croyable ! Et pis tiens, je connais un Mr Ys qui vient de lire James Paterson et qui en est très déçu… zut alors !

Un de mes coups de coeur celui-ci. Il faut vraiment foncer pour tous ceux qui ne ‘lont pas encore lu. Je ne suis pas étonnée que Monsieur Ys n’est pas accroché, c’est plus une lecture féminine surtout avec l’histoire familiale en toile de fond. Sonatine se trompe rarement. Et vous n’avez pas encore lu « Les lieux sombres » de Gillian Flynn…

Je crois que ce qui a gêné Mr Ys, c’est l’histoire avec les enfants… il a imaginé un truc carrément affreux, ou très gore, enfin je ne sais pas exactement, mais cette histoire d’enfants assassinés, ça ne lui a pas plu. Mr Ys est un sensible 🙂

J’ai lu ce livre. Noir, très noir et en même temps étrange ! Faut s’accrocher.
« Seul le silence » remporte pour moi la palme depuis que j’ai débuté dans la lecture de ce genre de livres.

C’est marrant mais si j’avais du me baser uniquement sur la couverture, je ne l’aurais sans doute pas regardé en librairie (non pas que la couverture soit le critère primordial pour moi mais tout de même un petit peu ;))
Vu les nombreux avis positifs auxquels s’ajoute le tien, je crois que je n’ai plus d’autre choix que de succomber ^^

Moi pareil pour la couverture, limite si on ne dirait pas des épreuves… et je ne te jetterai pas la pierre pour ce critère, j’ai craqué sur une couv’ pas plus tard qu’hier !

Que de bons souvenirs jaillissent à la lecture de ce billet ! Une de mes toutes bonnes lectures de ce début d’année. J’espère qu’il gagnera le prix des lectrices de Elle.

Mr K l’a lu et la vraiment beaucoup aimé.
Il est dans mes prochaines lectures.
Je lui fais ce cadeau pas tout à fait désintéressé… ^^

Je reprendrais ce qui a été dit plus tôt : comment résister ??? ça a l’air très très bien, et ta critique est alléchéante : tu en dis juste ce qu’il faut pour nous accrocher et nous donner envie de le lire !

Je l’ai vu l’autre jour à la Fnac et j’ai failli l’acheter ! Après la lecture de ton billet, je crois que je ne vais pas résister la prochaine fois !

Ce livre fait partie de ma liste de livres à lire. Je le vois sur toute la blogosphère avec des éloges donc j’ai bien l’intention de l’acquérir 🙂

Je n’ai pu m’empêcher de sourire en lisant tes premières lignes car je travaille avec (pas dans – attention) une galerie d’art en ce moment (et ils ont une galerie à New York aussi), et j’ai l’impression de lire très précisément la réalité de ce que je vois et entends au quotidien.:) Du coup ce livre aiguise ma curiosité!

Le portrait qui est fait là du monde de l’art n’est vraiment pas réjouissant, franchement. L’unique souci est l’argent, c’est carrément effrayant… mais sans doute suis-je idéaliste…

c’est vrai que c’est passionnant ! et tu as oublié le billet de Stéphanie, qui l’a acheté (et lu et aimé et fait un billet dessus donc) grâce à monsieur emeraude, alors forcément, j’en suis toute fière 🙂

Il me faisait déjà envie mais je ne l’avais encore croisé sur aucun blog! Maintenant, c’est sûr, il me le faut! Décidément, ils sont très forts chez Sonatine!

Oh toi, tu ne fréquentes pas assez la blogosphère ! Et oui effectivement, il y a quelques très bons titre chez Sonatine, j’ai aussi le dernier Gillian Flynn sous le coude qui prévoit d’être très bien.

Je l’ai reçu pour la Noël et après en avoir parlé et cassé les pieds à mon entourage pour être sûre qu’il soit sous le sapin ! Depuis, il attend sagement dans ma PAL d’être lu … Pour cela, j’attends d’avoir quelques jours de vacances pour le déguster. Au cas où je n’aimerais pas (ce dont je doute fortement), j’irai me plaindre chez Amanda (c’est elle qui m’a tentée avec son billet diabolique) !

Il fallait peut-être persévérer un peu : c’est un livre d’ambiance, qui installe petit à petit un suspens qui tient beaucoup plus de l’histoire familiale que du roman policier finalement.

Un livre que j’ai adoré et qui sort vraiment des sentiers battus du genre.
L’auteur décrit avec beaucoup d’art, le monde très fermé dans lequel le héros évolue. Il y fait une véritable introspection qui m’a beaucoup plue, introspection qui va au-delà du polar, de l’intrigue.
C’est raffiné, et nous plonge dans un univers inhabituel pour un polar. J’ai trouvé la construction habilement menée, tel un puzzle comme cette peinture dans laquelle il cherche la solution de l’énigme. J’ai dévoré le livre et le conseille vivement.
Il vient d’en sortir un autre, que je ne manquerai pas de lire dès qu’il sortira en version moins coûteuse.

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