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Saltarello – Matthieu Dhennin

Publié par le 21 avril 2010

A la librairie, je me suis d’abord laissé séduire par cette magnifique couverture qui a capté mon regard. Et puis, comme je suis une lectrice avertie qui se répète toujours « à moi, on ne me la fait pas », j’ai quand même retourné ce livre pour lire la quatrième de couverture. On y lit entre autres ça : « Alix Rougemont, jeune clerc mandaté pour le service funéraire de Nicole Oresme, s’aperçoit que le cercueil qu’il transporte au cimetière est vide. Soupçonnant un meurtre couvert par sa hiérarchie, il se lance, seul, dans une enquête qui nous plonge dans un Paris haut en couleur où se côtoient personnages fictifs et historiques. » Oui, je voulais lire ça, un clerc à la recherche d’un meurtrier dans le Paris du XIVe siècle, avec Nicolas Flamel et le duc de Berry : hop, ce livre est pour moi.

Oui mais voilà… Alix Rougemont ne se lance pas dans cette enquête. Ou alors il se lance lentement. Pour tout dire, sur les quatre cents pages que compte ce roman, il y en a environ une centaine consacrée à l’enquête en question, et encore. Le reste n’est que contexte.

J’aurais cependant mauvaise grâce de dire que ce n’est pas bien écrit. Visiblement, Matthieu Dhennin connaît très bien le XIVe siècle et Paris en particulier. Il a tout bien potassé et le restitue de façon plaisante : les rues de Paris, les bâtiments, les fortifications, les divers corps de métiers, la liturgie, le château de Vincennes, la tour de Nesles, Charles V puis Charles VI, les Anglais et bien sûr, l’alchimie, le nœud de l’intrigue, s’il en est.

On sent bien que l’auteur a envie d’apprendre des choses à son lecteur. Louable intention. Cependant, je me permets de penser que les lecteurs savent que si Saint-Germain-des-Prés s’appelle ainsi alors que ce quartier est situé en plein cœur de Paris c’est qu’il a été jadis entouré de champs. La chose est valable aussi pour le Marais par exemple… L’animation des rues de la capitale n’en est pas moins très bien rendue, avec ses marchands, ses saltimbanques, son piloris et même ses messes noires… Mais pendant qu’il décrit tout ça, qu’il fait converser ses personnages, Matthieu Dhennin ne fait pas avancer son histoire.

Par contre, il la parsème de nombreux dialogues, donnant en particulier la parole à un boucher nommé Haussecul qui, ayant un bec de lièvre, ne prononce pas les mots correctement. Matthieu Dhennin a dû apprendre qu’il faut caractériser ses personnages pour qu’ils soient marquants. Et celui-là l’est, certes, mais ça en devient lassant, d’autant plus qu’il finit une phrase sur trois par « ... non ? Mais si !« . Je vous jure, c’est lassant.
Autre défaut : Alix Rougemont, celui qui cherche qui a tué son maître, est sûr de tenir le coupable en la personne de Nicolas Flamel. Le problème, c’est que pas une minute le lecteur ne pense que Flamel est le coupable à cause justement du portrait passionnant et tout en nuance qu’en fait l’auteur. Le clerc passe donc clairement pour un andouille qui cherche à mettre de l’alchimie là où il n’y en a pas.

Alors pas de doute, l’auteur possède son Paris du XIVe siècle sur le bout  des doigts et ceux qui ont envie de se plonger dans cette ambiance seront certainement ravis. Si le tour est parfois didactique, le ton n’est pas encyclopédique et donc plaisant à lire. Je n’ai pourtant pas pu me défaire, tout au long de ma lecture, d’une impression d’ancien Paris  de carte postale, si j’ose dire, parce qu’il y a beaucoup trop de clinquant et d’effets de réel.
Ceux qui par contre souhaitent lire une intrigue serrée avec des personnages dont la personnalité serait dénuée de tous clichés peuvent passer leur chemin.

Le site du livre ; les avis de Pimpi, Yueyin et Caro[line].

Saltarello

Matthieu Dhennin
Actes Sud, 2009

Commentaires

42 commentaires sur “Saltarello – Matthieu Dhennin”

  1. Karine:) dit :

    Pimpi me l’a offert pour mon anniversaire… je vais certainement le lire bientôt… mais je vais diminuer mes attentes un petit peu! Mais me connaissant, il est possible que la description de paris me donne un très, très bon moment!

  2. Lounima dit :

    Je passe sur celui-ci également, je ne suis pas certaine d’avoir envie d’un Paris d’anciennes cartes postales… ;-)

  3. Aifelle dit :

    Nicolas Flamel, l’alchimie, j’aurais acheté les yeux fermés … maintenant, il faut quand même que çà bouge. Je préfère passer.

  4. Petite Fleur dit :

    Premier avis plus mitigé que je lis sur ce roman. J’ai failli l’offrir tout récemment, et puis non. Coup de chance, parce que vu ce que tu en dis, il n’aurait pas plu. Quant à moi, le côté « qui n’avance pas » que tu décris n’est pas pour moi ;-)

  5. Mirontaine dit :

    La couverture m’aurait attirée également…mais tes impressions me refroidissent.

  6. Gwenaelle dit :

    J’ai l’impression qu’il y en a de plus en plus, des livres qui ne démarrent pas… Et les éditeurs auront beau mettre dessus la plus jolie des couvertures, ça ne changera rien. On s’ennuie!

    • yspaddaden dit :

      Je crois, mais peut-être que je me trompe, que l’auteur a voulu écrire un livre sur Paris au XIVe siècle, en mettant dedans tout ce qu’il savait sur le sujet. Mais il ne pouvait pas le faire sans au moins une petite intrigue, histoire que ça ressemble à un roman. Alors voilà, ça donne ça : une petite intrigue et beaucoup beaucoup de détails historiques, sociaux et culturels.

  7. Stephie dit :

    J’aurais été capable aussi de ne craquer que pour la couverture… mais envie de choses péchues en ce moment donc je passe mon tour ;)

  8. Dominique dit :

    Je n’ai pas eu ta patience et je ne suis pas allée au bout du livre, il m’a profondément ennuyé et pourtant le sujet m’attirait

    • yspaddaden dit :

      Merci beaucoup pour ce com’, je craignais un peu d’avoir été trop sévère, parce que pas de doute, l’auteur a travaillé son sujet, mais comme toi, je considère que ça ne suffit pas.

  9. Pickwick dit :

    Je suis ton avertissement et je passe ! Le cadre ne me tente pas plus que cela pour le moment, et comme les polars qui n’avancent pas, bof bof, c’est sans regret !

  10. Caro[line] dit :

    La 4ème de couverture est trompeuse car elle fait penser qu’on va lire un roman à intrigue, alors qu’en fait, celle-ci n’est qu’en filigrane et le propos même du livre est le Paris du Moyen-Âge et les différents personnages que l’auteur nous fait rencontrer ! C’est dommage, car ce roman mérite vraiment d’être lu. Et au contraire de toi, le personnage de Haussecul m’a vraiment emballé et pas du tout énervé !

    • yspaddaden dit :

      Je suis d’accord avec toi : la 4e de couv’ ne dit pas ce que contient le livre. Je ne dis pas qu’il ne mérite pas d’être lu, plutôt qu’il ne faut pas s’attendre à y trouver une intrigue soutenue. Mais il y a beaucoup de choses intéressantes dans ce livre, c’est vrai.

  11. restling dit :

    Pour ma part, je passe mon chemin…

  12. Lilibook dit :

    Je ne connaissais pas, et en lisant le début de ton billet je me disais « chouette ça a l’air drôlement bien »… que neni ;-) C’est dommage…

  13. belledenuit dit :

    Arf je risquerais d’être déçue (comme avec « Obscura ») alors je préfère passer.

  14. mrs pepys dit :

    Un roman qui fait la part belle au contexte historique, ça met l’eau à la bouche à l’historienne qui dort en moi. Mais compte-tenu de tes réserves, j’attendrai de le trouver en bibliothèque.

  15. Manu dit :

    Ce roman dont on commence à tant parler ne me tente guère car je déteste cette période historique.

  16. cathe dit :

    Décidément on a de plus en plus de romans policiers qui ne sont preque que des récits historiques et descriptifs, avec juste une petite intrigue pour mieux se vendre… Les lecteurs vont commencer à se lasser…

  17. freude dit :

    Bon je l’ai noté chez Yueyin, mais pas du tout pour le côté enquête qui en effet en lisant les différents billets semble plutôt léger, léger…

  18. Un roman pour les purs amateurs d’histoire, on dirait.

  19. Marie dit :

    Ton commentaire me donne envie de passer mon chemin, par peur de m’ennuyer. Par contre la couverture est effectivement très belle !

  20. catpi dit :

    Moi j’ai craqué après avoir suivi une conférence où l’auteur et son éditrice, entre autres, évoquaient d’une manière générale « le roman historique ». Ils ont été convaincants, dynamiques etc…Je me suis donc retrouvée avec cet exemplaire que je m’apprêtais à savourer…Cela fait plusieurs semaines que je l’ai entamé et je n’arrive pas à le terminer. Ce n’est pas dans mes habitudes mais là je ne trouve pas l’intrigue au milieu de ces descriptions (plaisantes) de Paris à tel point qu’hier je me suis demandée si je n’avais pas oublié de lire des pages…J’avais besoin d’être rassurée et c’est chose faite ce soir.
    Je découvre ce blog un peu par hasard…Je pense que je reviendrai :-)

    • Yspaddaden dit :

      Je comprends, c’est vraiment contrariant de ne pas parvenir à finir un livre malgré toute l’envie qu’on en avait au départ. Cet auteur-là, il faudra le surveiller, je suis certaine que quand il parviendra à se débarrasser de son trop plein de descriptions, il écrire des très bons livres. Merci pour la visite et à bientôt.

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