Bad City Blues de Tim Willocks

Bad City BluesTim Willocks est britannique mais c’est la Louisiane qu’il a choisie pour cadre de son premier roman. Lieu mythique, susceptible de porter autant de rêves que de cauchemars. Et psychiatre de métier, ce sont les cauchemars que Willoks met ici en mots, sous forme de violence brute et de sexe.

Callilou, ancienne prostituée mariée au révérend Cleve Carter a réussi le casse du siècle en braquant la banque de son mari. Depuis, elle planque l’argent, espérant bien échapper au partage prévu. Mais elle joue gros, très gros même puisque l’obèse capitaine Clarence Jefferson entend bien s’emparer du pactole, en commençant par tuer le révérend Carter. Callilou se réfugie chez son amant, Cicero Grimes, médecin atypique, expert en psychiatrie judiciaire qui s’occupe des drogués. Il lui apprend qu’il a un frère, Luther, qui est également l’amant, très violent, et le complice de Callilou. Ancien du Vietnam, il n’a que la violence pour langage et pour moteur la haine qu’il voue à son frère.

Entre ces quatre protagonistes s’ouvre une lutte dopée à l’hyper violence et au sexe le plus vulgaire. C’est que Willocks s’attaque à l’âme humaine dont il connaît très bien les versants les plus sinistres. Il décrit des pulsions humaines extrêmes, celles qui font de ceux qui les expriment des parias de la société. Les drogués d’une part, mais ils font figure d’anges face à Luther Grimes et surtout Clarence Jefferson, censé incarner la loi. Jefferson, c’est le mal absolu, sadique, cynique, dénué de toute conscience et peut-être même d’âme. Un personnage manipulateur, absolument détestable mais d’une présence presque palpable tant Willocks sait camper ses personnages, leur donner tripes, sang, glaires et graisse.

J’ai eu du mal avec ce livre, je n’ai pas réussi à cerner le pourquoi de toute cette haine, de toute cette violence et surtout de Jefferson, essence du Mal. Beaucoup de scènes de sexe très crues, vulgaires, dont la répétition m’a lassée, voire plus. Tim Willocks fait dans la tripaille et le couillu, d’accord, mais il en fait beaucoup.

Ce roman est le premier opus d’un diptyque dont la suite, Les rois écarlates, met à nouveau en scène Clarence Jefferson. Je pense passer directement à La Religion.

Tim Willocks sur Tête de lecture

 

Bad City Blues

Tim Willocks traduit de l’anglais par Elisabeth Peellaert
L’Olivier (Marges), 1999
ISBN : 2-87929-176-3 – 334 pages -12 €

Bad City Blues, parution en Grande-Bretagne : 1991

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Bad City Blues de Tim Willocks

52 commentaires sur “Bad City Blues de Tim Willocks

  1. ça à l’air terriblement violent.
    j’ai remarqué que les livres les plus violents sont souvent ceux qui s’attaquent à la psychologie des personnages. une scène dite violente (affrontement physique, sexe…) ne me choquera pas racontée dans un récit, avec des mots, tandis que dans un film, elle va me donner envie de vomir.
    à l’inverse, une personne à l’âme noire, qui incarne la méchanceté, le sadisme, l’horreur va profondément me choquer dans un livre, les mots écrient sur une page blanche vont réveiller en moi quelque chose de pire que la nausée et le dégoût, quelque chose au-dessus de l’incompréhension et de ma sensibilité humaine. jamais un film ou un autre support n’a réussi à me plonger si profondément dans les tréfonds d’une âme noire, un abîme dans laquelle la peur de se perdre m’en fait m’écarter le plus loin possible.
    mais j’ai du mal avec ces livres qui me font ressentir ça : on en ressort déprimé, peureux et désemparé, presque plus fragile qu’avant la lecture. celui là ne semble donc pas pour moi.

    1. J’ai beaucoup de mal avec la violence au cinéma, aussi ténue soit-elle. Rien qu’une piqure ou quelqu’un qui se fait recoudre me fait fermer les yeux. Des aussi méchants que Clarence Jefferson, je n’en ai pas rencontrés beaucoup dans mes lectures. Il y a Patrick Bateman, le héros de American Psycho qui m’a même fait sauter des passages du livre tant je me disais que si je lisais ça, j’allais en souffrir, physiquement aussi, et être hantée longtemps par certaines images. Ça n’arrive heureusement pas souvent, une telle saturation de haine.

  2. Comme Aifelle, rien que la couverture ne m’aurait pas donné envie de prendre ce livre en mains. Mais ce que tu en dis me fait fuit à toutes jambes ! Je me dis que tu as de drôles de goûts parfois !

    1. J’ai eu envie de découvrir cet auteur en commençant pas le début de son œuvre pour mieux aborder la suite : Green River, La Religion, mais pour le coup, je n’aurais peut-être pas dû…

  3. C’est un auteur que j’ai très très envie de lire, mais sans doute pas avec ce titre qui m’a l’air quand même très violent.

  4. Ys, tu n’as que trop raison de vouloir aller directement à la case « La religion » ! C’est un livre dont j’avais entendu parler avec enthousiasme dans un café littéraire (à la FNAC et tous les libraires, même ceux qui ne lisent jamais ce genre de fresque romanesque historique, avaient beaucoup aimé), du coup j’en avais conseillé l’achat à des copines et il tourne maintenant dans mon cercle de lecture où il a un grand succès.

  5. J’ai beaucoup aimé Green River et La Religion, j’ai sur mes étagères celui ci et les rois écarlates, c’étaient si je ne me trompe pas, ses premiers bouquins ? j’ai l’impression qu’il a évolué de façon heureuse, du coup je ne me presserai pas pour lire les deux premiers !

    1. Oui, c’étaient les premiers. Quand j’ai entendu l’interview de l’auteur, j’avais vraiment envie de bien le connaître alors j’ai commencé par le début. Petite déception, mais ça n’est pas bien grave, les autres titres me tentent toujours.

  6. J’avais trouvé ce roman effectivement très dur, et le personnage de Jefferson fascinant…
    Faut-il chercher un pourquoi à cette violence ?
    Je ne me suis pas posé cette question, en tout cas, lors de ma lecture. Peut-être l’auteur a-t-il simplement voulu montrer l’extrême degré que peut atteindre la noirceur de l’esprit humain ?
    J’ai également sur ma PAL Les rois écarlates.

    Mon billet ici :
    http://bookin-ingannmic.blogspot.com/2009/10/city-blues-tim-willocks.html

  7. Suite à billet élogieux (était-ce de Thom ?), j’avais acheté ce roman que j’ai depuis toujours hésité à sortir de ma PAL. Et ce n’est pas ton billet qui va m’aider à me précipiter pur l’en sortir 🙂

  8. Pas pour moi, ce livre… Ta comparaison avec American Psycho, que j’ai dû abandonner, le cœur au bord des lèvres, n’est pas faite pour me rassurer !

    1. Décidément, nous sommes faites pour nous entendre. J’ai beaucoup d’admiration pour les talents d’écrivain de Bret Easton Ellis, vraiment beaucoup puisqu’il est le seul à m’avoir poussée dans mes retranchements à ce point, à ne pas supporter de lire ce qu’il écrit, à m’empêcher de prendre mes distances avec le texte. Mais trop, c’est trop.

  9. Je pense que ce n’est pas pour moi… j’aime les méchants et les personnages très vilains… mais j’aime aussi comprendre pourquoi ils sont ainsi…

  10. La couverture est à tomber, pour une fois, j’aurai été capable d’acheter un livre à sa seule vue ! J’ai bien noté tes bémols, mais comme j’aime bien la « tripaille »… mais à voir si je trouve le diptyque du meme coup, je déteste attendre quand j’ai commencé une série 😉

  11. Bon, je vais l’éviter! Ce livre tel que tu le décris ne me plaira sûrement pas. Plus tard peut-être tenterais-je ses derniers!

  12. Rien qu’à lire ton billet, je sens l’atmosphère du livre, et je ressens déjà une overdose de violence… Je passe !

  13. Ben moi je suis bien tentéé ! L’auteur me tente depuis longtemps et c’est bien connu que je peux encaisser les pires tourments littéraires (sauf un musso, bien trop violent lol)

  14. c’est effectivement très violent mais j’avais beaucoup aimé, vraiment plus que ça encore. Je l’ai lu juste avant ou après je ne me souviens plus, avoir vu « the dark knight », le dernier batman avec heath leadger. Et j’ai trouvé qu’au niveau de la violence psychologique et de la haine, ce bouquin et ce film se rejoignaient vraiment !
    Par contre je crois qu’en fait, son vrai premier roman c’est celui qui vient d’être ré-edité par Sonatine ‘green river’, qui avait été édité en 1994 sous un autre titre chez Plon.

    1. Non, celui-ci est bien son premier roman, publié en 1991 en Grande-Bretagne. Je n’ai pas encore vu « The Dark Knight », va falloir que je me prépare !

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Bonjour,
voici un article à lire sur Tête de lecture : http://yspaddaden.com/2010/05/30/bad-city-blues-tim-willocks/