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La vie aux trousses – Sherman Alexie

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La vie aux trousses est un recueil de nouvelles qui mettent en scène des Indiens aujourd’hui aux États-Unis. Des instantanés de leur vie de tous les jours, qui les montrent dans leur diversité et bousculent quelques clichés au passage. Elles donnent la parole aussi bien à des hommes qu’à des femmes, avec la même authenticité.

Mary Lynn est une Cœur d’Alène mariée à un Blanc, quatre enfants pris entre Shakespeare et Sitting Bull. Belle et cultivée, elle a un beau jour envie de faire l’amour avec un Indien, elle qui vit entourée de Blanc depuis qu’elle a quitté ses parents. Besoin de retrouver ses racines diront les analystes. Mais aussi envie de voir ailleurs, tout simplement. Parce que Mary Lynn n’est pas seulement une Cœur d’Alène, elle désire aussi « être considérée comme une personne originale et complexe« , une femme, avant d’être une Indienne, même si elle assume.

A l’inverse, d’autres renient leurs origines au point de vouloir les diluer dans le WASP, comme la mère d’Eagle Runner  quand elle apprend que son fils va se marier à une Blanche :

Velma, ma mère à la peau brune, était absolument ravie de mon choix. Elle avait toujours désiré que j’épouse une  Blanche qui engendrerait des métis qui épouseraient à leur tour des Blancs qui engendreraient des quarterons et ainsi de suite, jusqu’à ce que les mathématiques tuent l’Indien en nous.
Lorsqu’on l’interrogeait, ma mère disait aux Blancs qu’elle était espagnole, pas mexicaine, ni latino, ni chicana et certainement pas spokane avec un peu d’aztèque pour faire bonne mesure, alors que, en réalité, elle était tout cela à la fois.

Ces nouvelles donnent à voir des Indiens qui ont réussi et se sont intégrés à la société des Blancs. Mais ils n’en sont pas moins tiraillés par leurs racines, confrontés qu’ils sont chaque jour à la misère de leurs frères et sœurs de sang, ces Indiens qui eux ne savent pas ce qu’ils mangeront le lendemain.

« Les mangeurs de péché » se distingue des autres nouvelles pas son étrangeté. Des Indiens sont emportés par des soldats américains, déshabillés, frappés, enfermés sans qu’ils sachent ce qui leur arrive. On pense, et eux aussi, à l’extermination de masse et Jonas, le jeune narrateur imagine l’extinction de son peuple. Mais c’est à des expériences qu’on se livre sur eux, médicales sûrement, eugénistes peut-être… Sans explication aucune, ce texte ressemble à un cauchemar, à l’ultime fin brutale et massive d’un peuple qui ne sert plus à rien et qu’on n’a pas réussi à faire disparaitre dans le melting-pot démagogique.

La nouvelle « Cher John Wayne » met en scène une interview entre une vieille Spokane de cent-dix-huit ans dans sa maison de retraite et un jeune anthropologue venu l’interroger. Il croit tout savoir sur la culture et les traditions amérindiennes parce qu’il a lu tous les livres sur le sujet et en a écrit certains. Venu interroger Etta Joseph sur l’effet des danses de salons européennes sur les pow-wows indigènes, il se fait proprement déstabiliser par la vieille dame. Lui qui se considère comme l’autorité suprême n’est qu’un blanc-bec face à cette femme qui pour vivre dans le monde des Blancs doit être blanche cinquante-sept minutes par heure. Ce qu’elle a envie de lui dire, c’est qu’elle a été la maîtresse de John Wayne, ou plutôt de Marion Morrison, l’homme, pas l’acteur.

La dernière nouvelle reprend comme une rengaine la question principale de tout le recueil : qu’est-ce qu’un Indien ? Certainement un homme ou une femme partagé entre sa culture d’origine (tous ces personnages sont nés et ont grandi dans des réserves) et le rêve américain, celui qu’ils s’imaginent pouvoir concrétiser s’ils échappent à la maladie et à l’alcool.

J’ai quitté la réserve à l’âge de dix-huit ans avec la ferme intention d’y revenir dès la fin de mes études universitaires. Je n’ai jamais voulu contribuer à la fuite des cerveaux, devenir un autre de ces Indiens parmi les plus intelligents qui abandonnent leur tribu aux dirigeants indiens incapables d’épeler le mot souveraineté. Pourtant, malgré mes vues idéalistes, je ne suis pas revenu vivre au sein de ma tribu. J’ai quitté la réserve pour la même raison qu’un adolescent blanc quitte les champs de maïs de l’Iowa, les mines de charbon de Pennsylvanie ou les derricks du Texas : l’ambition. Et je ne suis pas revenu pour les mêmes raisons que les adolescents blancs ne reviennent pas : davantage d’ambition.

Les Indiens de Sherman Alexie sont des Américains avec vie de famille, déboires sexuels, problèmes de couple et d’argent. Intégrés ou pas, ils font partie de la société et c’est le regard qu’on porte sur eux qui les fait Indiens ou pas. Ils ont cependant tous en commun l’humour à froid et le détachement caractéristiques des peuples qui ont beaucoup souffert.

De Sherman Alexie sur ce blog : Le premier qui pleure a perdu

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La vie aux trousses

Sherman Alexie traduit de l’anglais par Michel Lederer
Albin Michel (Terres d’Amérique), 2001 (existe en poche)
ISBN : 2-226-12751-8 – 247 pages – 19 €

The Toughest Indian in the World, parution aux États-Unis : 2000

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40 commentaires sur “La vie aux trousses – Sherman Alexie

  1. Du même auteur, j’ai lu et beaucoup aimé son roman jeunesse « le premier qui pleure a perdu ». Ton billet est tentant, mais je n’apprécie pas les nouvelles. Cet auteur est donc noté sur mes plans de lecture, mais pour ses romans…

  2. Ça m’intéresse, je note… J’ai visité à NY le musée de la culture amérindienne… un musée perdu, encombré, poussiéreux mais où la culture de ces peuples ancestraux brille quand même!
    Au fait, je t’ai taguée sur mon site, si tu veux bien sûr…

  3. « elle a un beau jour envie de faire l’amour avec un Indien, elle qui vit entourée de Blanc depuis qu’elle a quitté ses parents. »

    Le vautour est de retour
    Il cherche une copine
    Dans les collines,
    Il en aperçoit une
    En train de manger une prune,
    Mais celle-ci
    N’est ici
    Que pour un autre vautour,
    Qui, lui, aussi,
    N’est ici
    Que pour faire l’amour.
    Alors que va faire la copine?
    Et bien, elle danse, vole et
    Pense…
    Alors que les deux vautours
    S’exhibent tour à tour
    Puis font la guerre
    Jusqu’à la tombée du jour,
    Et ce, pour le plaisir de satisfaire son désir
    De faire l’amour
    Avec la copine de toujours.

  4. Billet fort intéressant. Comme Québécois et comme Nord-Américain, la problématique des peuples autochtones me touche beaucoup.
    Je prends note de cette excellente suggestion.
    Merci !

  5. J’ai lu « Indian blues », mais il y a longtemps et si je ne l’avais pas noté dans mes livres lus (assorti de trois étoiles), je n’en aurai plus aucun souvenir ! D’où l’intérêt des blogs…

  6. Bizarrement, je n’ai jamais été super intéressée par ce thème. Ces nouvelles ont pourtant l’air bien. Je verrai bien, pas tout de suite en tout cas, mais je ne dis pas non.

    • J’ai décidé de parcourir l’Amérique, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest et toutes ses communautés, y’a du boulot. D’ailleurs, le prochain billet devrait te faire sauter de joie…

    • En déjeunant le midi au boulot, c’est pas mal (et avec un rayon de soleil au bord du Loir, c’est encore mieux, mais bon, c’est juste un message personnel à monsieur Météo !).

  7. Ces nouvelles ont l’air très chouettes, pour un regard un peu différent sur une communauté qui fait maintenant partie intégrante de la société américaine…

  8. Comment ne pas craquer ? De la litté américaine, un questionnement sur l’identité, des extraits qui me touchent… et en plus il existe en poche ! Rhalala, moi qui vient à peine de mettre Montana 1948 en haut de ma LAL :)))

  9. Non, cela ne me tente pas…
    Mais je suis contente de constater que tu apprécies parfois les nouvelles (j’avais en tête que tu n’aimais pas trop ce genre mais je peux confondre) !! :D

    • Tu as une excellente mémoire ! Je lis rarement des nouvelles parce que je ne sais jamais quand m’y mettre, c’est un problème de timing… et là, ce fut une au déjeuner, en mangeant au boulot : expérience à renouveler !

  10. A la réunion du Conseil tribal d’hier soir, Judas Wild-Shoe a donné au président une montre qu’il avait trouvée.
    « Un artefact d’homme blanc, un péché », a dit le président qui a mis la montre dans son sac.
    Je me rappelle les montres. Elles mesuraient le temps en secondes, en minutes, en heures. Elles mesuraient le temps avec précision, avec froideur. Moi, je mesure le temps avec mon souffle, avec le bruit de mes mains sur mon corps.
    Je fais des erreurs.

    Sherman Alexie où comment découvrir la vie moderne de ces amérindiens perdus entre leur culture et celle des blancs, trop tentés par la bouteille par manque d’espoir dans une vie misérable. Un formidable auteur qui fait honneur à ses origines. Pour ma part, je l’ai découvert avec Phoenix, Arizona.

    • Merci pour ce lien. Je suis malheureusement hermétique aux forums dont je ne comprends pas le fonctionnement… sur le vôtre, c’est écrit : « Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum » : je suppose qu’il me faut être inscrite pour ça. Le problème c’est qu’ensuite, je ne comprends rien au fonctionnement, comment s’inscrivent les billets, ou chercher les livres, les avis… le mouton sauvage ne voudrait-il pas ouvrir un blog ? :-)

      • Un blog ? Il en avait un mais il se sentait seul à discourir seul sur ses lectures ou sur ses musiques… Alors qu’avec un forum, il peut partager, communiquer, découvrir à plusieurs, échanger tout simplement…

        Pour répondre, effectivement, il faut s’inscire… mais une fois inscrit, c’est facile et en plus tu peux être guidé parce que c’est un forum convivial qui ne se prend pas au sérieux et qui a juste pour ambition le partage des envies…

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