La Neige de l’Amiral d’Alvaro Mutis

La Neige de l'Amiral d'Alvaro MutisAlvaro Mutis fut poète avant d’être romancier. Et c’est dans ses poèmes qu’apparait d’abord le personnage de Maqroll le gabier, qui sera le héros de plusieurs romans. La Neige de l’Amiral est le premier d’entre eux, qui obtint le prix Médicis étranger en 1989. Maqroll y revient sur son passé, sur sa vie aventureuse. Il est désenchanté et le long voyage qu’il entreprend sur le fleuve Xarando ne sera pour lui qu’un résumé des épreuves obligatoires d’une vie d’aventure.

Maqroll part quasi sur un coup de tête pour acheter à bas prix du bois à des factoreries situées au bout du fleuve, dans l’idée de le revendre bien plus cher. Gagner de l’argent, faire fortune, la terre d’Amérique latine n’a pas fini d’engendrer les rêves les plus fous et souvent les plus vains. Maqroll a beaucoup voyagé à travers le monde (l’Europe, la mer Baltique ou la mer du Nord, la Louisiane ou la Colombie britannique…) mais cette remontée du fleuve en compagnie d’un capitaine alcoolique, va en quelque sorte lui permettre de trouver sa place, de savoir où il veut finalement vivre. C’est dans la Cordillère qu’est sa raison d’être, auprès de Flor Estevez et de son établissement, là où les camions font halte pour que les chauffeurs se réchauffent. La Neige de l’Amiral, là est la raison d’être du gabier qui a tant bourlingué.

Même si les quelques personnages de ce roman remontent le dangereux cours d’un fleuve imprévisible, on est loin ici d’un roman d’aventure. On découvre la forêt et le fleuve à travers le journal de Maqroll et la tonalité est contemplative, tournée vers la méditation d’un homme en fin de vie qui court après son dernier rêve fou, et sait qu’il ne conduira à rien. La mort est sa compagne, qui rappelle sa présence sous forme de maladie, et le désespoir l’habille de mélancolie, lui qui a perdu ses amis.

Moins aventureux que nostalgique, ce premier tome dessine déjà le portrait d’un gabier-écrivain qui s’enfonce dans la jungle comme vers un point de non retour pour trouver sa véritable identité. Dangereux voyage au cœur de soi-même.

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La Neige de l’Amiral

Alvaro Mutis traduit de l’espagnol par Annie Morvan
Sylvie Messinger, 1989
ISBN : 2-86583-122-1 – 216 pages – épuisé dans cette édition

La Nieve del Almirante, parution en Colombie : 1986

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21 commentaires sur “La Neige de l’Amiral d’Alvaro Mutis

  1. keisha

    Voyage méditatif? Ouh c’est tout à fait ce que j’aime en ce moment! Cela risque de me plaire!

  2. Enfin un auteur d’Amérique du Sud que j’ai lu …ouf
    j’aime beaucoup Alvaro Mutis et les pérégrinations de Maqroll, j’aime le ton et la chaleur de ces romans

    • C’est un peu d’apaisement aussi, bienvenu dans cette littérature colombienne si violente.

  3. Cela fait longtemps que ce roman me fait de l’oeil, je n’ai jamais craqué, mais ton billet risque de me faire changer d’avis, je sens qu’il essaie à nouveau de me charmer…

    • Pourquoi résister ? Mutis écrit dans une langue très poétique qui pourra effectivement te plaire.

  4. Jamais entendu parler de cet auteur ! J’aime bien le type de voyage dont tu parles…

  5. kathel

    Un auteur sud-américain que je n’ai jamais lu, (ni même tenté de le faire…) je ne vais pas passer à côté, je le note !

    • Il fait partie des classiques, de ceux auxquels les jeunes auteurs colombiens se réfèrent.

  6. Par contre, moi, je ne me sens pas portée par ce genre de voyage.

    • Pourtant, ça n’est pas violent cette fois… je vois bien que je ne vais pas te trouver de Colombien… enfin si, mais tu l’as déjà lu 😉

  7. Un peu sérieux pour moi !

    Tu es tagguée chez moi ce soir !

    • C’est vrai qu’avec ces Colombiens-là, ça n’est pas la fête à tous les étages…

  8. emmyne

    Tout-à-fait mon type de voyage. J’embarque !

  9. Dis donc, tu te fais une série spéciale colombie là ! 😀

  10. Hathaway

    Pourquoi pas ? Cela me changerait un peu de mes lectures du moment !

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