L’autobiographie de Malcolm X de Malcolm X et Alex Haley

L'autobiographie de Malcolm XCette autobiographie n’a pas été écrite par Malcolm X, mais dictée par lui au journaliste et écrivain Alex Haley. Alors que des Noirs américains tels que Rosa Parks et Martin Luther King qui à la même époque luttaient pour les droits civiques des Afro-américains sont restés en mémoire et font aujourd’hui encore très largement l’objet de recherches, Malcolm X fait lui figure de poil à gratter. Ancien drogué et prisonnier, il s’est converti à l’Islam et n’hésite pas à préconiser la violence contre les Blancs dans certain cas. Autant dire qu’il n’est pas un héros, un personnage politiquement correct. Il n’en est pas moins un homme qui a compté aux États-Unis au début des années 60 et que son discours a influencé bien des gens.

Malcolm Little est né en 1925 d’un père pasteur prônant le retour des Noirs en Afrique. Il perd son père à l’âge de six ans et la mère et ses huit enfants ne parviennent pas à faire face : elle est internée dans un hôpital psychiatrique et les enfants sont placés. Malcolm commence une bonne scolarité mais finit à treize ans en maison de détention après avoir abandonné l’école.  Il y retourne et cherche à faire comme les autres Noirs, à s’intégrer :

« En sixième, je fus élu président de ma classe. J’en fus le premier étonné. Mais maintenant je comprends pourquoi : j’étais un des meilleurs élèves du lycée, un phénomène unique, quelque chose comme un caniche rose. Et j’en étais fier ; je ne peux pas dire le contraire. A ce moment-là, j’étais à peine conscient de ma négritude ; j’essayais, par tous les moyens, d’être Blanc. C’est pourquoi je passe maintenant mon temps à dire au Noir américain qu’il perd son temps à vouloir s’ « intégrer ». Je suis bien placé pour le savoir, car Dieu sait si je m’y suis essayé. »

On lit déjà ici ce qui sera son cheval de bataille : non à l’intégration, non au blanchiment des Noirs.

Il s’installe ensuite à Boston, chez sa demi-sœur, où il s’efforce encore de faire le Blanc, s’habillant en zazou et se faisant défriser les cheveux… Puis c’est New York, où il loge dans un hôtel à putes, la découverte de la perversion des Blancs, la drogue, le vol, et finalement la prison, une condamnation à dix ans alors qu’il en a vingt-et-un.  Et c’est en prison qu’il se convertit à l’Islam, et devient par correspondance un fervent disciple de Elijah Muhammad, qui tiendra dès lors un rôle primordial dans sa vie. Malcolm voit en lui l’homme qui redonne aux Noirs leur vraie place dans l’Histoire. Pour Elijah Muhammad, l’homme blanc, c’est le Diable :

« …les Blancs avaient blanchi l’histoire et les livres d’histoire, qu’ils lavaient le cerveau de l’homme noir depuis plusieurs centaines d’années […]. ‘Le diable blanc’, à travers toute l’histoire, avait pillé, assassiné, violé, exploité et torturé toutes les races de couleur. »

A sa sortie de prison, Malcolm Little rejoint son mentor et devient Malcolm X en se convertissant officiellement à la religion musulmane. Il descend dans la rue parler à ses frères, leur montrer la voie de l’Islam à ses yeux la vraie religion des Noirs, le christianisme étant celle des Blancs. Le mouvement de la Nation de l’Islam prend de plus en plus d’importance, Malcolm X fonde de nouveaux lieux de culte, il passe à la télé, on parle de lui dans les journaux si bien qu’au début des années 60, le mouvement est florissant.

Malcolm X est critiqué, est accusé d’être le messager de la haine entre Blancs et Noirs, ségrégationniste des Noirs, antichrétien… Il a contre lui les principaux leaders noirs qu’il méprise, il les appelle les marionnettes noires, les notables qui jouent le jeu des Blancs et leur donnent bonne conscience. « Corps noirs, têtes de blancs ! ». Il considère la lutte pour les droits civiques des Noirs comme un pis aller, une fanfaronnade pour donner bonne conscience aux Noirs qui sont en fait blancs à l’intérieur… Il considère que la dette des USA envers les Noirs est plus grande que le droit de pisser dans les mêmes toilettes. Il en appelle même à la violence.

« Je suis pour la violence, si la non-violence ne nous conduit qu’à ajourner indéfiniment la solution du problème noir, sous prétexte d’éviter la violence. Je suis contre la non-violence si elle signifie le renvoi de la solution aux calendes grecques. Si, pour faire reconnaître ses droits d’être humain, le Noir américain n’a de recours qu’à la violence, alors je suis pour la violence comme le seraient, et vous le savez très bien, les Irlandais, les Polonais ou les Juifs qui feraient l’objet d’une discrimination flagrante. Je serais, comme eux, pour la violence quelles qu’en soient les conséquences et quelles qu’en soient les victimes. »

Il se fait des ennemis au sein même de la Nation de l’Islam dont il s’écarte pour fonder son propre mouvement. Il reçoit des menaces de mort et vit ses derniers jours dans l’urgence, dans la conscience aiguë de sa mort prochaine et violente. Il dicte ces mots à Alex Haley quelques jours avant d’être assassiné :

« Je n’ai jamais pensé que je vivrais assez longtemps pour être vieux. Je sais, j’ai toujours su, que je mourrai de mort violente. […] Je me réveille tous les matins sachant que j’ai gagné un jour de plus. Je vis comme un mort en sursis.

Il s’interroge aussi :

« Mais dans l’atmosphère qui règne actuellement en Amérique, je me demande lequel de ces deux « extrémistes » : le « violent » Malcolm X ou le « non violent » Dr King [Martin Luther King], sera mort le premier. »

Les morts tragiques de ces deux leaders disent assez qu’il n’y avait alors pas de solution au problème noir aux États-Unis parce que ce peuple était lui-même très divisé, avec des aspirations et revendications différentes.

Il n’y a bien sûr aucun recul et aucune impartialité à attendre d’un tel texte, et on ne peut que condamner l’extrémisme de cet homme qui a incité à la violence.  Mais on ne peut nier que c’est un témoignage important qui fait entendre la voix d’une partie des Noirs américains qu’on préférerait certainement ignorer ou oublier.

 

L’autobiographie de Malcolm X

Malcolm X & Alex Haley traduits de l’anglais par Anne Guérin
Grasset, 1993
ISBN : 2-246-13992-9 – 328 pages – épuisé dans cette édition

The Autobiography of Malcolm X, parution aux Etats-Unis : 1965

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