Dans ses yeux d’Eduardo Sacheri

Dans ses yeux de Eduardo SacheriEn 1968, en tant qu’employé de justice, Benjamin Chaparro doit se rendre sur les lieux d’un crime : une jeune femme, Liliana Colotto,  a été violée et étranglée. Avec l’inspecteur chargé de l’enquête, il va annoncer au jeune mari, Ricardo Morales, la mort de sa femme. Il est très marqué par cette expérience et la douleur du jeune homme.

Un de ses collègues, Romero, un abruti fini, pense boucler l’affaire en accusant deux ouvriers étrangers qui travaillent sur un chantier dans l’immeuble, d’ailleurs, ils sont tout prêts à avouer. Chaparro rend visite aux prisonniers et comprend qu’ils ont été frappés par Romero. Furieux, Chaparro fait en sorte que Romero soit suspendu.

Mais au bout de trois mois, il n’y a pas le moindre indice et Chaparro doit classer l’affaire sans suite mais il hésite car il a rencontré plusieurs fois Morales et voudrait l’aider. Ils se voient à nouveau et Morales lui montre des photos de sa femme, avant son mariage, dans son enfance et son adolescence. Chaparro repère un homme qui revient souvent sur les photos et semble regarder la jeune Liliana avec dévotion. Morales lui indique qui il est. Chaparro se renseigne et découvre que cet homme, Antonio Gómez a toujours aimé la jeune femme, et qu’il a quitté son village peu après le jeune couple pour s’installer à Buenos Aires. Baez, un inspecteur intègre et intelligent aide Chaparro dans son enquête et est bien vite persuadé lui aussi que le jeune homme est l’assassin. D’ailleurs, il a disparu depuis que Chaparro a appelé sa mère pour avoir des renseignements sur lui… Un ordre d’arrestation est lancé contre lui mais il est introuvable…

Voilà pour la première ligne narrative de ce roman qu’on peut donc qualifier de policier. Mais une seconde ligne narrative s’intercale dans le récit de Chaparro, celle de Chaparro retraité et aspirant écrivain qui raconte cette histoire. Mais pas seulement cette histoire. Il explique aussi son amour impossible pour une femme procureur, Irene, qu’il aime en silence depuis trente ans. C’est ce qui vaut à ce livre sa couverture (l’affiche du film qui en a été tiré) et laisse penser qu’il s’agit d’une histoire d’amour romantique et fatal, un simple mélo, ce qui n’a rien à voir avec le livre. Curieux choix…

Car ce livre raconte avant tout la justice argentine. Il débute en 1968 donc avant la dictature, et permet  au lecteur de constater l’impéritie du système judiciaire avant la junte (les employés sont globalement incompétents, voire pire) et surtout, tout ce que la dictature a ensuite permis de régler comme rancunes tenaces. Mais il ne faut pas en dire trop…

Ce film a fait l’objet d’une adaptation cinématographique par Juan José Campanella en 2010 qui a obtenu l’Oscar du meilleur film étranger la même année. Chaparro est incarné par Ricardo Darin, décidément incontournable acteur argentin (voir Kamchatka). Eduardo Sacheri en fut le co-scénariste, il est donc globalement très fidèle même si dans le film, l’histoire d’amour entre Chaparro (devenu Espósito) et la procureur est bien plus importante. C’est Irene qui interroge Gómez avec Chaparro et c’est elle qui lui procure un poste très loin de la capitale pour échapper aux représailles. De ce fait, la présence militaire est beaucoup sensible et l’accent moins porté sur l’inanité de la justice argentine.  C’est d’ailleurs à peine si on voit le passage à la dictature. Amour donc, mais aussi amitié, avec une magnifique scène en particulier lors de la mort de Sandoval. Au final, le film est moins dense humainement, moins tragique que le roman puisque plus centré sur l’histoire de deux individus. C’est cependant un bon film, mais peut-être pas au point de remporter un Oscar.

Dans ses yeux

 

Dans ses yeux

Eduardo Sacheri traduit de l’espagnol apr Isabelle Guignon
Denoël (Denoël & d’Ailleurs), 2011
ISBN : 978-2-20726172-9 – 341 pages – 22 €

La pregunta de sus ojos, parution en Argentine : 2009

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35 commentaires sur “Dans ses yeux d’Eduardo Sacheri

  1. Tu fais bien de parler de la couverture, qui m’aurait fait craindre le pire… Comme quoi « on » veut attirer des lecteurs, qui seront déçus, alors que d’autres seront écartés… bref…

    • Il doit s’agir là de rappeler aux lecteurs potentiels qu’il y a eu un film, de plus oscarisé, mais pour le livre, je trouve que ça ne le sert pas…

  2. kathel

    Je dois débarquer de la planète Mars, le film ne me rappelle absolument rien… Quant à la couverture, tout à fait d’accord, même si Ricardo Darin est photogénique, cela ne donne pas envie d’ouvrir le livre.

    • Malgré cet Oscar, je ne crois pas que le film ait eu un retentissement considérable ici…

  3. Comme d’habitude je suis en décalage : la couverture me plaît beaucoup, le résumé aussi, donc pourquoi pas ?

    • Tu es prévenue que livre et films ne sont pas qu’une histoire d’amour…

  4. vu le film mais pas le livre et je suis du même avis. Un bon moment tout de même.

    • Il y a de beaux moments dans ce film, mais je ne crois pas qu’il me marquera durablement.

  5. Bonjour Ys, j’attends sa sortie en poche (22 euros grand format, c’est un peu cher). Moi, j’avais énormément aimé le film adapté qui a été un de mes films de 2010 avec mon cher Ricardo Darin et l’actrice Soledad Villamil (sublimement belle et talenteueuse). Bonne après-midi.

    • Voilà deux films que je vois avec Ricardo Darin qui est en effet un très bon acteur, au charme terriblement argentin et irrésistible…

  6. Encore un qui me fait envie ^^
    Je ne lis jamais un livre dont j’ai vu le film avant et vice et versa.
    J’aime lire, car la lecture ouvre sur mon propre imaginaire et me fait « voir » des personnages, des lieux des actions …etc … tandis que le film lui sort de l’imaginaire d’un scénariste et/ou d’un réalisateur et à ce moment là je ne deviens que « spectateur » donc dans tous les cas je ne m’y retrouve pas

    Bonne journée

    • Moi à l’inverse, quand je lis un livre qui m’a plu, j’ai tout de suite envie de voir ce que ça donne sur un écran. Une adaptation est souvent réductrice et pourtant, certains films m’ont plu autant que les livres d’origine. Par contre, voir un film avant de lire le livre, ah ça non !

  7. je connaissais de titre le film (il vient de sortir en DVD, je crois) mais je ne savais pas que c’était aussi un livre : je ne sais pas si je lirai le roman, mais je compte bien le voir en DVD car le thème m’intéresse… Je vois que tu es pleine exploration de l’Amérique du sud. C’est bien agréable !

    • Il y a vingt ans, quand j’étais étudiante en espagnol, j’ai lu beaucoup d’hispano-américains, ceux du boom surtout, et puis après un peu moins… je suis ravie de les retrouver aujourd’hui, toujours les mêmes et plein de nouveaux !

  8. claudialucia ma librairie

    Evidemment, comme je n’ai pas lu le livre, je ne peux comparer! Mais j’avais vraiment énormément aimé ce film qui, s’il ne met pas en avant comme dans le roman le thème de la dictature argentine, en fait une toile de fond qui plombe l’action et ceci avec beaucoup de finesse. Je ne suis pas d’accord avec Rejane quand elle dit qu’un film ne permet pas à l’imaginaire du spectateur de s’exprimer, je parle évidemment d’un bon film! Si l’on refuse d’être un spectateur passif, l’image peut vous suggérer beaucoup plus que ce qu’elle paraît signifier et que qui est dit dans le dialogue!

    • Et dans ce film, il faut beaucoup imaginer, reconstruire pour comprendre ce qui se passe en dehors de ce qu’on voit. Il nécessite un spectateur actif. Si tu peux lire le livre tu verras, la fin n’est pas la même, je trouve le livre plus tragique et plus fort. Par contre, la mort de Sandoval est grandiose dans le film, vraiment, un magnifique moment.

  9. Prune

    J’avais aussi beaucoup aimé le film même si comme toi je n’avais pas trouvé le traitement purement cinématographique extraordinaire au point de mériter un oscar, mais c’est justement le scénario et les personnages qui m’avaient plu. Alors si tu dis que le roman est encore plus riche… Mais je vais aussi attendre le poche ou la bibli !

    • Avec un Oscar, on s’attend vraiment à quelque chose de plus fort cinématographiquement parlant, je trouve…

  10. Pff, le cinéma, il faut toujours qu’ils en rajoute une couche question histoire d’amour.

    • et pourtant, ça n’est pas Hollywood…

  11. Emeraude

    je reste sur ma position : un superbe film ! Un livre… pas mal dirons nous 😉

    • tu as préféré la fin du film à celle du livre ? moi je trouve que c’est dommage de l’avoir changée…

  12. Bien entendu, la retardée cinématographique que je suis n’en avait jamais entendu parler, à part par échos sur le net… Le thème est tentnant mais je ne sais pas si je suis dans un beat pour ce genre de roman présentement. J’ai un peu de mal avec tout ce qui n’est pas léger, ces jours-ci.,

    • Ah oui, j’avais cru percevoir une certaine légèreté sur ton blog ces temps-ci 😉 pour plus tard, peut-être…

  13. policier, amour impossible, Histoire… tu donnes envie de lire le livre (mais pas de voir le film!)

    • Tous ces thèmes sont présents dans ce livre qui je l’espère te plaira.

  14. En pleine découverte des auteurs « Nature Writing » en ce moment, je ne désespère cependant pas de découvrir ensuite les Américains du Sud. Grâce à toi ma liste s’allonge et j’ai vraiment hâte de pouvoir commencer!

    • Je ne doute pas que tu feras plein de belles découvertes ; quant à moi, le nature writing, j’ai renoncé…

  15. pas lu ce roman mais beaucoup aimé le film 🙂

    • je te conseille donc le livre, tu ne seras pas déçue.

  16. Bizarre que, même quand le romancier participe à la réalisation, on modifie autant l’histoire !

    • Peut-être a-t-il estimé que d’autres avaient aussi de bonnes idées, c’est un écrivain ouvert !

  17. Tu as lu le livre avant ou après avoir vu le film ? J’ai d’abord vu le film, en sachant que c’était adapté d’un livre mais à l’époque où le film est sorti, le bouquin n’était pas dispo (pas traduit encore je crois… c’est le succès du film je pense qui a accéléré la traduction). Et donc oui, j’ai largement préféré la fin du film. En fait, j’ai préféré le film tout court. Largement, sans hésitation. J’ai adoré ce jeu de regard entre Irène et… zut j’ai oublié son nom 😉
    Bref, j’ai lu le livre avec toutes les images du film dans la tête et ce n’est pas forcément idéal pour la lecture…
    Le livre est pas mal, c’est sûr. Mais j’ai ressenti bien plus de choses au cinéma qu’à ma lecture !

  18. J’avais a-do-ré le film! J’ignorais qu’il était adapté d’un roman.

    • Je te conseille de le lire !

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