Céline’s band d’Alexis Salatko

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Céline's band d'Alexis Salatko« Céline, homme raffiné, écrivait des choses qui ne l’étaient pas. Marcel Aymé était plus populo, mais quelle finesse d’esprit ! En vérité, il n’y avait pas plus différents que ces deux-là. Ils formaient un duo à la Laurel et Hardy, et comme Stan et Oliver, ils sont restés quasi inséparables jusqu’à terminus du voyage. »

Ainsi Max Hardelot décrit-il l’amitié entre ces deux écrivains au début du roman. Ce que le lecteur comprend cependant au fil des pages, c’est qu’il fallait une bonne dose de patience et beaucoup de générosité pour rester ami avec Céline. Céline l’acariâtre, l’égoïste, le colérique… et loin d’être raffiné à la fin de sa vie, au moins en apparence, lui qui ressemblait à un épouvantail, à un vague clochard qui faisait tache dans les salons, où d’ailleurs il n’était pas invité.

La « joyeuse petite tribu d’avant-guerre », la Céline’s band, n’a plus été aussi joyeuse pendant et après la guerre. Les calomnies antisémites de Céline l’ont poussé à l’exil au Danemark où il fut plus infect que jamais et dont il reviendra, par une magouille de son avocat, changé pour toujours.

Céline ne ressort pas grandi de cette biographie romancée, car celle-ci n’a rien d’une hagiographie ou d’un procès. Alexis Salatko ne prend pas partie, il ne fait qu’évoquer les amitiés d’un homme détestable de grand talent, un des plus grands auteurs français du XXe siècle, dit-on communément. Il ne donne pas envie de lire Céline, là n’est pas le propos non plus et surtout il évite d’écrire « à la Céline », écueil évident de ce genre de roman. Il donne parfois la parole à l’écrivain, ainsi retrouve-t-on sa verve et ses prétentions qui n’étaient pas minces : « Je dépoussière la syntaxe, je dévergonde la grammaire, j’affole la ponctuation. » Tout ce qui a fait échoué mes nombreuses tentatives de lire le Grand Auteur… trop haut pour moi…

En évitant la polémique, Alexis Salatko se donne les moyens de brosser un portrait en creux de Céline, une vision biaisée via ses amis fidèles, les indéfectibles, ceux qui ont tout supporté au nom du génie. La liberté que permet une biographie romancée donne à Céline devenu personnage un supplément d’âme que n’aurait pas un documentaire.

 

Céline’s band

Alexis Salatko
Robert Laffont, 2011
ISBN : 978-2-221-12584-7 – 200 pages – 18 €

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26 commentaires

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  1. Je l’ai aperçu hier en librairie. Je n’ai aucune envie de lire sur Céline, je fais un blocage dû au personnage peu recommandable et qui l’est resté. A mes yeux, le génie n’excuse rien, au contraire. Par contre, ce roman doit être intéressant sur l’époque et une certaine société.

    • C’est un débat sans fin : l’homme ou l’oeuvre… la France est très friande de ce genre de discussion mais les arguments des uns et des autres ne nous font pas sortir de l’ornière…

    • Mon problème avec Céline, ça n’est pas sa personnalité (même si bien sûr, il ne me plait pas du tout). C’est que je n’ai jamais réussi à le lire malgré mes tentative d’étudiante studieuse et responsable… et aujourd’hui, pareil, je ne passe pas dix pages, je ne supporte pas ce style…

  2. un pas que je n’arrive pas à franchir, je n’ai lu que « voyage au bout de la nuit » avec beaucoup de difficultés et stop, l’homme a pris le pas sur l’écrivain, une bio romancée sur un tel personnage cela parait un peut bizarre, je comprends tout à fait quand tu parles de « supplément d’âme » mais la tentation est forte du coup de le rendre plus humain non ? ce qu’il n’était pas du tout !

    • Céline était médecin, et parait-il très doux et attentif avec ses patients qu’il soignait gratuitement pour les plus démunis d’entre eux. La nature humaine est parfois incompréhensible…

  3. N’y a-t-il pas aussi en ce moment (normal, c’est pour les 50 ans de sa mort) un livre de Christophe Malavoy ? Je l’ai entendu interviewé sur Radio Classique. Lui prend carrément parti pour le génie (mais je n’ai pas écouté toute l’émisison).

  4. J’avoue ne pas être tentée… sans doute parce que je n’éprouve vraiment aucune empathie avec Céline ?

  5. Pareil que les autres. En plus de cela, si pour être un grand écrivain, il faut écrire des livres pénibles à lire, alors oui, c’en était un ! « Mort à crédit » a été un de mes pires souvenirs de lecture à la fac !

  6. J’ai bien peur que ce CR ne fasse que me renforcer dans mon aversion à l’homme et à son oeuvre.
    Je n’ai pas beaucoup d’estime non plus pour J. L.Borges, encore que plus discret et mesuré, mais le lire est un émerveillement, et ceci aide à oublier cela.
    Rien de tel chez Céline, et je ne vois pas pourquoi je me forcerais à lire un texte aussi ordurier.
    La lecture n’est pas un acte anodin, il faut faire attention où on met les pieds.

    • La dissociation entre l’auteur et ce qu’il écrit est une polémique qui ne trouvera jamais de conclusion. Je n’arrive pas moi-même à me faire une opinion sur les commémorations du 50e anniversaire de sa mort.

  7. Je suis en train de dévorer littéralement ce roman !… Billet à suivre… sans doute élogieux

  8. Il m’a semblé en avoir entendu parler, mais comme je préfère l’écrivain au personnage, je n’ai pas poussé plus avant. Bravo à toi d’avoir affronté l’homme.

  9. Et oui! C’est l’éternel débat quand il s’agit de Céline. Peut-on séparer l’écrivain et l’homme? Mais pourquoi lit -on encore Sade, assassin et violeur, pourquoi lit-on Gide, pédophile, Claudel admirateur de Pétain, qui envoie sa soeur à l’asile etc…?
    L’antisémitisme de Céline en fait un personnage détestable! Certes! mais il n’était pas antisémite quand il écrit « Voyage au bout de la nuit » et « Mort à crédit ».
    Il n’a pas toujours été aigri, non plus. Quand il s’engage comme Bardamu et part pour le front il croit encore aux valeurs de la patrie, de l’héroïsme. La réalité de la guerre, l’horreur de cette boucherie, son absurdité, lui fait brutalement voir le monde d’une autre manière. il y gagne un lucidité qui ne le rend pas sympathique. Dans « Voyage au bout de la nuit » il n’y pas d’antisémitisme ce n’est donc pas pour cela que l’on refuse ce roman. Mais c’est un livre qui dérange pour beaucoup d’autres raisons. Il est féroce quand il dénonce la société, le règne de l’argent, l’hypocrisie du pouvoir, le non sens de la guerre, l’église… etc..
    Je suis en train de re-publier mes anciens articles dans mon nouveau blog; demain je pense publier les billets que j’avais écrits sur Céline et Voltaire. Si cela t’intéresse, viens me voir.

    • Personnellement, c’est le style de Céline qui m’a toujours empêchée de le lire. Mais il est vrai que la personnalité peut influencer le lecteur. Il y a peu de temps, je vous lais lire Pleure Geronimo de Forrest Carter, par intérêt pour les Amérindiens. Je me suis renseignée avant et ce type est vraiment un sale type, membre du Ku Klux Klan, partisan de la castration des Noirs, et j’en passe…
      J’irai lire tes billets Céline, ceci dit.

  10. Le débat est évidemment infini, et j’aime bien l’intervention précédente de Claudialucia, parce que si l’on savait tout de la vie et des idées des écrivains, il y en a beaucoup qu’on ne lirait plus. Lirait-on encore des écrivains communistes (Aragon, par exemple) qui ont soutenu le PCF qui lui-même ne voyait pas les crimes de Staline et suivants ?
    Je ne peux pas accepter bien sûr les opinions abjectes de Céline, mais qu’est ce que j’ai aimé le Voyage !
    A ce propos, si je puis me permettre (désolé, ça fait un peu publicitaire) un admirateur de l’œuvre de Céline, Fabrice Vigne a écrit une lettre éditée pour expliquer pourquoi il aime l’auteur et pourquoi il déteste l’homme : c’est ici : http://lyvres.over-blog.com/article-dr-haricot-de-la-faculte-de-medecine-de-paris-68945354.html

  11. J’aime beaucoup Céline ; cela dit je déteste les biographies, et tu me donnes malgré tout envie de tenter de la lire…Céline est loin d’être le seul auteur à avoir eu une vie et des pensées condamnables, personnellement je ne rentre même pas dans ce genre de débats.

  12. J’ai vu ce roman d’Alexis Salakto sur Céline et je suis, comme toujours, face à un dilemme : le lire ou pas ?! Je ne veux pas me cacher derrière mon petit doigt, ni derrière mon manque cruel de temps, mais j’ai peur que ce roman, qui semble être plutôt réussi, ne nous dévoile rien de nouveau sous le ciel célinien … Céline était un être infect avec des défauts indéniables, mais il faut lui reconnaître un talent, celui d’avoir renouveler le style du roman à son époque ! Ce qui m’intéresse chez Céline, c’est tout simplement lui et sa complexité, le médecin, le pamphlétaire, l’antisémite, la victime éternelle, l’écrivain génial à l’ego surdimensionnée. Bref, je pense que je lirai ce roman supplémentaire sur Céline !

    • Je ne pense pas qu’il dévoile grand-chose à ceux qui connaissent déjà sa vie, c’est surtout l’angle d’approche qui est original, et l’aspect non polémique, apaisant.

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