Les nuits de Favonio de Carmelo Sardo

Carmelo SardoLes nuits de Favonio raconte sur un mode romancé l’expérience de gardien de prison de Carmelo Sardo dans sa jeunesse. En 1982, Carmelo Sardo ici narrateur a alors vingt ans et fait son service militaire dans la police pénitentiaire. Il est affecté pour neuf mois à la prison de très haute sécurité de Favonio, au large des côtes de Sicile.

Je ne savais pas ce qui m’attendait. Je n’avais jamais mis les pieds dans une prison. Je me rassurai en pensant qu’il ne s’agissait que de faire passer le temps, d’attendre neuf mois, et qu’ensuite tout repartirait comme avant. Je pensais à l’argent que j’allais gagner, à la voiture que je pourrais m’acheter. Rien d’autre. Je ne pouvais imaginer à quel point ces neuf mois allaient changer ma vie.

Ce ne sont pas des anges qui sont enfermés là. Pour la plupart, il s’agit de mafieux qui donnent encore des ordres depuis la prison, organisant assassinats et règlements de compte à l’extérieur. Le tableau de Carmelo Sardo est saisissant. A peine arrivé, le narrateur est confronté à l’assassinat d’un détenu par son compagnon de cellule. Bientôt, un autre s’immole par le feu et un nouveau venu, violeur de fillettes, est battu à mort.

Cependant, ces actes de violence restent tout à fait exceptionnels. Le narrateur comprend très vite que le monde de la prison a ses lois, qu’un prisonnier n’envisage jamais de fuir mais que chacun souhaite vivre au mieux les longues années qu’il doit purger avant d’être libéré par la mort : ce sont des « fin de peine jamais » condamnés à la prison à vie, parfois très jeunes.

Ce sont donc des hommes très durs, au code d’honneur strict mais avec certains d’entre eux, le narrateur va tisser des liens privilégiés. Ainsi Carmelo Sferlazza, mafieux repenti mais qui n’a pas avoué, le fait-il complice de sa relation avec sa femme qu’il n’a jamais cessé d’aimer. Il fera même de lui le parrain de son fils, conçu en prison… Car à Favonio, la vie des prisonniers n’est pas un enfer, ils peuvent même bénéficier de certains arrangements.

Ainsi nous n’assistons pas dans ce livre de Carmelo Sardo à des scènes de violence insupportable, de vie immonde et insalubre (dans les genre des prisons turques de Midnight Express), pas du tout. Il s’agit pour les détenus comme pour les gardiens de vivre le mieux possible et même si la mer qui entoure l’île ne reste qu’un son et un songe, les « fin de peine jamais » ne se révoltent pas contre le système carcéral qui est juste. En tant que mafieux, ils savent qu’ils ont mérité leur peine et si parfois la colère gronde, c’est pour obtenir une troisième douche hebdomadaire en temps de canicule.

Ce roman de Carmelo Sardo est avant tout très humain, il raconte comment un jeune homme insouciant a découvert l’importance de la vie, de la liberté, de la fidélité alors qu’il était enfermé avec des hommes peu recommandables. C’est un roman d’apprentissage d’autant plus fort qu’il repose sur une expérience personnelle. Écrit dans un style très simple, il traduit les émotions du jeune homme telles qu’il les a ressenties, tout en apportant le recul du temps. Si j’aurais parfois apprécié plus d’analyse, je dois reconnaître l’émotion qui affleure de bien des scènes, surtout à la fin.

 

Les nuits de Favonio

Carmelo Sardo traduit de l’italien par Anaïs Bokobza
First, 2011
ISBN : 978-2-7540-2619-2 – 314 pages – 20.90 €

Vento di tramontana, parution en Italie : 2010

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10 commentaires sur “Les nuits de Favonio de Carmelo Sardo

  1. Je le note tout de suite! J’ai connu une personne, venue me voir pour un récit de vie, qui a eu une expérience similaire et même s’il était dans une prison « normale », je vois déjà des points communs avec ce que tu décris dans ton billet…

    • Celui-ci est d’autant plus convaincant qu’il est simplement écrit.

  2. Malika

    Le sujet m’a fait un peu peur, mais tel qu’il est abordé (…notamment sans trop de violence), ça semble très interessant.

    • Je craignais quelque chose de nettement plus violent, mais ce n’est pas ce qui intéresse l’auteur, il privilégie les relations humaines.

  3. Quelle magnifique couverture ! Pour un livre au contenu très intéressant !

    • Oui elle l’est, très apaisante, pour un livre qui finalement l’est aussi.

  4. Un livre à la thématique atypique et intéressante !

    • … qui m’éloigne de mes choix habituels, pour une heureuse surprise…

  5. hum, hum… tu me donnes envie avec ce post. Un livre plein d’émotion, sans violence mais pas mièvre… me voilà intéressée !

    • J’espère donc que tu le liras et qu’il te plaira autant qu’à moi.

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