Sous les vents de Neptune de Fred Vargas

Sous les vents de NeptuneTroisième roman que je lis de Fred Vargas, première déception. Mon envie de lire celle qu’on appelle « la reine du polar français » a été attisée ces derniers temps par la parution de son dernier opus, L’armée furieuse. N’ayant nullement la patience d’attendre son acquisition par la bibliothèque puis mon tour sur la liste des réservations, j’ai donc choisi celui-là, au hasard, puisque L’homme à l’envers fortement recommandé par une amie n’était pas disponible.

Au départ, c’était plutôt bien parti. Voilà notre ronchon et cependant bien-aimé Adamsberg pris de malaises, de sortes de visions qui remontent le titiller depuis un lointain passé, comme une vieille piqûre de moustique qui gratterait encore, malgré le temps. On apprend qu’Adamsberg a un frère qui a dû s’exiler pour cause d’accusation de meurtre. Depuis plusieurs dizaines d’années, le commissaire traque lui-même le tueur, le juge Fulgence, pour innocenter son frère. Depuis tout ce temps, il le traque officieusement, suivant la trace de ses cadavres. Et voilà que tout à coup, une jeune fille est retrouvée assassinée près de Strasbourg suivant le même mode opératoire : trois trous bien alignés pratiqués à l’aide d’un trident, le trident de Neptune, qui sait… Mais voilà, Adamsberg n’a pas le temps de s’attarder : il doit partir pour un stage de quinze jours au Québec avec toute son équipe. Il laisse derrière lui un capitaine de gendarmerie alsacien et furax : le commissaire parisien s’est bien fichu de lui en essayant de le persuader de la culpabilité du juge qui, renseignements pris, s’avère mort et enterré depuis belle lurette !

On a donc à ce stade une histoire d’enquêteur entêté, seul contre tous, en proie à des retours de passé qui frôlent le fantastique, mais on est prêt à tout accepter. De toute façon c’est ça ou au mieux, un tueur centenaire…

Mais c’est à mon avis une fois l’équipe arrivée au Québec que tout dérape. Fred Vargas aime dessiner des personnages forts, voire inoubliables. Il faut pour ça qu’ils soient très typés et elle doit donc accentuer les traits de chacun. La pire en ce sens, la plus ratée à mes yeux, c’est Josette, la mamie hackeuse qui s’est mise à l’informatique à soixante-cinq ans et a déjà forcé les systèmes informatiques du FBI. Et que dire d’Amdamsberg… Avant même qu’il soit rappelé au Québec, ça sent déjà le roussi pour lui mais lui ne voit ni ne soupçonne absolument rien : pas bien finaud pour un commissaire d’une telle réputation. Au final, l’histoire du juge Fulgence et du Mah-Jong est complètement incompréhensible, absolument abracadabrante et intenable. C’est dommage vu que c’est ce qui charpente l’histoire et la solutionne…

Dernier point qui m’a agacée : la nécessité de faire couleur locale en dotant les Québécois d’un parler bien à eux. C’est drôle sur le moment, mais au long cours, ça lasse et on en a assez de traduite et de chercher à savoir ce que tout ça veut bien vouloir dire :

Inquiète-toi pas, je l’ai pogné par les chnolles dans son pick-up. Mais pour le faire jaser, ça a été une autre affaire. Il se tenait sur sa grandeur et il m’a d’abord conté des romances par poignées. Alors j’y suis allé tout fin drette et je l’ai menacé de le mettre à la glacière s’il continuait à me niaiser avec ses bêtises. Refus de coopérer et dissimulation de preuves. Je suis gêné de raconter la suite, Adrien. Tu veux-tu pas lui dire ?

J’ai découvert par la suite que Karine, blogueuse québécoise, avait elle aussi lu ce livre. Voici ce qu’elle écrit sur le langage employé :

«Je le mentionne d’emblée, j’ai dû lire la section québécoise du récit avec un dictionnaire des québécismes et des expressions québécoises parce que je n’y comprenais strictement rien!  Oui, nous utilisons des expressions assez imagées et différentes (vous en avez un bon exemple quand j’écris d’ailleurs)… mais pas à TOUTES les phrases !!!  C’était une vraie énumération, et pas nécessairement des expressions les plus fréquentes!!!  Et ce n’est pas tout le monde qui sacre aux deux mots et qui parle de la façon décrite dans le livre.   Nous sommes polis, parfois, aussi!!  Autre chose, le fameux « tu » utilisé – souvent en double – pour poser une question… oui, c’est vrai, nous le faisons.  Mais pas à chaque mautadite question que nous posons.  Et surtout pas quand la question est négative ou qu’elle comporte un interrogatif!!  Et ce ne sont que quelques exemples… mais disons que bon, c’est loin d’être représentatif du parlé québécois.  De plus, certains mots très « Québec » mélangés à des structures de phrase ou d’autres mots très « France », ça fait bizarre… bref, pas évident!  En plus que certaines expressions sont réutilisées genre… souvent!!  J’en ai été assez irritée, après un moment !!»

Je ne résiste pas à citer (avec sa permission) la suite de son billet : « Et je vous rassure, si vous venez visiter le Québec, les routes sont pavées même hors des grandes villes… On ne porte pas tous des noms de grands-pères et de grands-mères non plus!  De toute façon, tous les clichés québécois sont présents dans le livre alors… il n’y a qu’à choisir !!! »

Je vous engage bien sûr à en lire l’intégralité, c’est savoureux, comme souvent.

Fred Vargas sur Tête de lecture

 

Sous les vents de Neptune

Fred Vargas
J’ai Lu, 2008
ISBN : 978-2-290-35724-8 – 441 pages – 7.60€

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54 commentaires sur “Sous les vents de Neptune de Fred Vargas

  1. Je ne garde pas un bon souvenir de ce livre non plus, pas forcément pour les clichés sur le Québec d’ailleurs mais parce que j’ai eu du mal à le terminer ayant fini par me désintéresser de l’histoire en elle-même.

    • L’intrigue est plutôt intéressante, retrouver ce vieux meurtrier qui semble tuer avec un trident, mais qu’est-ce qu’elle est mal ficelée !

  2. keisha

    Sache tout de même qu’il y a d’autres Vargas (dans ses anciens, je n’ai pas lu les plus récents) qui tiennent la route. L’homme à l’envers, L’homme aux cercles bleus (?), etc, tu as le choix. (évite Ceux qui vont mourir te saluent, assez bof bof). Chez Viviane Hamy tu as aussi Dominique Sylvain, une auteur pas mal du tout.
    Sinon, merci de nous avoir régalées des commentaires de karine, ah je m’en souvenais encore, de son billet!!! ^_^

    • J’ai lu Pars vite et reviens tard qui m’avait carrément emballée et dans la foulée une histoire avec une chanteuse d’opéra que j’ai oubliée… J’ai essayé Dominique Sylvain, je n’aime pas cette écriture, masculine, agressive à mes yeux…

      • Pour la chanteuse d’opéra, il s’agit de Debout les morts (très bon opus, d’ailleurs !)

  3. Bon, cet opus est un peu étrange et même assez sombre, il y a des remontées du passé très anciennes et une lourdeur certaine à propos du parler Québecois. Soit.
    Pourtant, j’ai pour cette auteure de l’indulgence à revendre parce que ses personnages sont bizarres, et qu’elle nous emmène à chaque fois dans un voyage imprévisible, un peu comme chez Henning Mankell, et ça c’est rare, de garder le pouvoir de nous surprendre.
    Si je me souviens, cette série Québecoise est en deux volumes, et Adamsberg passe de fichus quarts d’heures, il est même soupçonné…
    Alors, même si Fred Vargas donne dans la facilité avec le lexique Québecois – Français, je suis accro et j’en redemande!

    • Deux volumes, ah bon ? Je n’irai pas chercher le second, c’est certain, mais je n’abandonne pas Vargas pour autant, j’en lirai bien un autre un jour…

  4. Pareil que Mango, je crois que c’est le seul qui m’ait déçu !!! Trop poussif et trop de clichés !!! Et pourtant je suis une inconditionnelle !!!

    • Bon, pas de bol, on dirait que j’ai réussi à mettre la main sur le moins bon 🙁

  5. Il n’y a pas qu’avec les Québécois que ce phénomène se produit. Dès que l’auteur passe le périphérique et atteint la province, on se croirait projeté cinquante ou soixante ans en arrière, dans une campagne française qui mange encore sur des nappes à carreaux, trait les vaches à la main et parle un patois ridicule….

    • J’ai entendu dire ça effectivement à propos de la Normandie de son dernier opus… peut-être qu’elle se sert du guide Michelin de sa grand-mère pour faire couleur locale 🙂 Y aurait-il un opus breton ?

      • Pour le dernier opus, c’est vrai qu’elle parle d’une Normandie très paysanne … mais en même temps, pour connaître un peu le coin dont elle parle, certaines habitations sont restées coincées dans les années 70 ou 80 …

  6. J’ai l’impression que beaucoup de gens sont déçus par ce roman…

    • Ben oui, j’aurais dû consulter les blogs sur ce titre au lieu de l’emprunter sur un coup de tête…

  7. Ayant eu moi-même plusieurs déceptions avec cette auteure (notamment concernant « Sans feu, ni lieu », et je n’arrive même pas, dur l’instant, à me souvenir des autres titres), j’avoue avoir abandonné depuis longtemps d’autres tentatives…

    • Je garde en note L’homme à l’envers en raison de mon grand plaisir à lire Pars vite et reviens tard. Si tu ne l’as ps lu, je te le recommande.

  8. Ah oui, j’étais bien remontée, n’est-ce pas! Juste à voir l’abus de points d’exclamation, ça saute aux yeux. J’ai aimé plusieurs Vargas mais celui-là n’avait vraiment pas trouvé grâce à mes yeux.

    • Quel plaisir que ce billet. Dommage que je ne m’en souvenais plus quand j’ai choisi ce livre….

  9. Je n’ai pas lu celui là. Mais je me suis régalé avec tous ceux que j’ai lu. Je garde le dernier pour le savourer cet été.

  10. J’ai presque tout lu de vargas, sauf ses deux derniers… Mais je suis d’accord que celui-ci m’a déplu à cause de l’omniprésence de l’informatique : les experts bis repetita ! il n’empêche que je lirai bien le dernier !
    Ps : je viendrai voir ton billet car je pense que tu le liras avant moi !

    • C’est surtout la mamie experte en informatique qui ne m’a convaincue du tout, vraiment pas crédible…

  11. Je te rejoins à propos de ce roman de Fred Vargas même si je suis une inconditionnelle… Bon we !

    • Je me demandais justement ce que les inconditionnels pensaient de cet opus-là…

  12. Il y a bien (bien) longtemps que j’ai laissé tomber la lecture des livres de Vargas. Pas du tout, mais alors pas du tout ma came…

    • Ah, un opposant déclaré on dirait…. pas si nombreux que ça 😉

  13. Lise

    Ce livre je l’avais emprunté à la bibliothèque car j’ai adoré « Pars vite et reviens tard », et l’histoire se passant au Québec j’étais doublement curieuse; bien vrai que la curiosité tue le chat car j’ai réagi tout à fait comme Karine, sauf que j’ai abandonné avant la fin. Je crois que Fred Vargas n’a jamais, au grand jamais mis les pieds chez nous car certaines tournures de phrases sont totalement incompréhensibles, absurdes ou simplement hilarantes. Karine ayant cité de façon magistrale les énormités les plus ridicules, il n’y a rien à ajouter, mais je m’étonne que ce livre ait été publié avec des erreurs aussi grossières. Et j’ai lu plus haut que l’auteur a fait la même chose avec une histoire se passant en Normandie, alors..

    Lise qui n’a pas de blogue.

    • En effet, pour faire couleur locale, il semble que Fred Vargas grossisse le trait. Ici en France, on aime les Québécois, mais il est vrai que votre accent nous fait sourire. Alors je crois que c’est pour faire sourire son lecteur qu’elle a forcé la dose… juste un peu trop…

  14. Déçue moi aussi par celui-ci alors que j’apprécie plutôt les livres de Vargas. Le pompon pour moi a été la scène dans la salle de bain avec Retancourt !

    • Tu as raison, le placage genre je me transforme en feuille de papier derrière la grosse dame est assez peu crédible…

  15. Je ne l’ai pas lu celui-là et ça me donne pas vraiment envie de toute façon!

  16. S’il y a un jour un opus breton, on parie combien qu’elle l’écrira avec, en guise de bible, les Bretonnismes? 😉

  17. Oh ouiii, un opus breton…avec coiffes anciennes, gwen ha du et galettes !!!! Chouette !(ceal dit, il y en a un, je ne sais plus lequel où on est en bretagne !)
    Bon, je vais passer sur ce Vargas, mais en passant, j’avais beaucoup aimé « pars vite et reviens tard », et aussi « un peu plus loin sur la droite ». voilà !
    chouette billet, non dénué d’humour…Québéquois ?(joke!)

  18. Je n’ai jamais lu Vargas… et je ne commencerai sans doute pas par celui-là… C’est bien, les blogs ! 🙂

    • Oui, mais il faut noter ou avoir une bonne mémoire 😉

  19. Je l’ai lu, mais je n’en garde aucun souvenir ! 😮 Pas le meilleur, et en plus si Karine nous dit que la couleur locale via la langue est mal faite, il vaut mieux finalement complètement oublier cet opus de Vargas. 😉

  20. le langage  » québécois  » de Vargas c’est un jargon qu’elle a inventé à partir de clichés. Mais c’est justement cela qui m’a plu dans le livre, c’est ce que j’ai trouvé inventif. L’intrigue policière m’avait prodigieusement ennuyée …Il y a aussi ce roman dans lequel un inspecteur parle en vers raciniens, qui était fort plaisant à mes yeux ( les Bois éternels???).
    Dans le dernier, je trouve l’intrigue mieux construite que d’ordinaire, techniquement parlant. Quant aux personnages ils sont toujours irrationnels, cocasses, sympathiques, plutôt adolescents de mentalité (quelque soit leur âge). On peut aimer cette fantaisie ou être irrité…

    • J’ai entendu une émission où les journalistes étaient de ton avis. Moi, après la lecture de cet opus, je pense qu’elle en fait parfois trop. Et tiens, ça fait plaisir de te revoir ici 😉

  21. Malika

    Grosse lacune me concernant puisque je n’ai encore rien lu de Fred Vargas !!…oui, oui c’est possible !
    Je vais quant à moi faire mon baptème avec « Pars vite et reviens tard », son meilleur à ce qu’il paraît …

    • C’est étonnant mais pas si grave 🙂 Et oui, je crois que, de l’avis quasi général, Pars vite et reviens tard est son meilleur titre.

  22. Je n’ai pas un si mauvais souvenir de ce roman que ça mais je me souviens qu’il n’était pas à la hauteur de mes attentes. Dommage parce qu’avec un sujet pareil, surtout dans le contexte qu’elle a choisi avec la rencontre France/Québec, ça aurait pu être un roman très réussi.

    • Je crois que la barre est placée de plus en plus haut, à cause des médias, du nombre de ventes, elle finit par avoir du mal à la passer…

  23. BAROUFS

    Les vents de Neptune pourrait être le meilleur des Adamsberg s’il n’y avait pas un certain manque de maîtrise sur la fin, notamment la partie québécoise comme vous le signalez. Je connais le Québec et effectivement Vargas en fait un peu trop sur le langage. L’homme aux cercles bleus reste mon préféré, mais il me reste à lire le tout dernier…
    Amicalement, BAROUFS
    http://baroufs.wordpress.com

    • La fin est vraiment très nébuleuse, quasi incompréhensible, je trouve. Mais je n’en reste pas moins curieuse des autres. Bienvenue sur ce blog.

  24. Je n’avais pas été sensible aux clichés sur les québécois, l’accent etc… Je devrais, moi qui m’énerve quand j’entends les parisiens contrefaire (fort mal) l’accent du midi! Par contre j’avais adoré l’humour de Fred Vargas , son style et ses personnages. C’est pourquoi les invraisemblances de l’histoire m’importent peu ou tout au moins passent au second plan.

    • c’est vrai que quand on est agacé dès le départ, on est moins indulgent..

  25. Je n’ai toujours pas lu cette auteure mais apparemment, ce n’est pas avec celui-ci que je vais commencer (même s’il était noté dans ma LAL).

    • Essaie plutôt Pars vite et reviens tard, vraiment très bon dans mon souvenir.

  26. sooso24

    Personnellement je conseille « dans les bois éternels » toujours de Fred Vargas. C’est le premier livre que j’ai lu de cet écrivain et l’intrigue était vraiment génial, bien sur le texte est extrêmement détaillé et le roman peut paraitre un peu long certaine fois mais après tout c’est le style de l’auteur ^^

    • Sandrine

      Merci pour ce conseil. Je n’ai pas beaucoup apprécié Sous les vents de Neptune mais d’autres de ses romans m’ont assez plu pour prendre plaisir à retrouver Fred Vargas de temps en temps. J’ai aussi Un lieu incertain sur mes étagères…
      Bienvenu ici !

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