L’île sous la mer d’Isabel Allende

L'île sous la mer d'Isabel AllendeAvec L’île sous la mer, Isabel Allende choisit de s’intéresser au sort des premiers esclaves noirs, à travers le personnage de Tété dont la mère est née en Afrique. Petite fille, elle a commencé très jeune à travailler dans la plantation de canne à sucre de Toulouse Valmorain, un Français venu à Saint-Domingue contre sa volonté en 1770, mais contraint d’y rester pour gérer les biens hérités de son père. Elle n’est encore qu’une enfant quand son maître abuse d’elle pour la première fois et instaure une relation qui donnera vie à deux enfants : un garçon qui est arraché à sa mère dès la naissance et Rosette, esclave elle aussi, qui demeure avec sa mère car elle sera une compagne de jeu pour l’enfant légitime du maître, Maurice.
On suit ce Valmorain, plutôt meilleur que d’autres dans le sort qu’il réserve à ses esclaves, sans pour autant les considérer comme autre chose que sa propriété. Il  épouse une Espagnole qui lui donne Maurice avant de devenir folle, et lui laisse avant de mourir son frère Sancho qui sera le compagnon de Valmorain sa vie durant, malgré son goût pour la bamboche. Sa seconde femme, Hortense Guizot, sera bien plus despotique, cherchant à écarter Maurice de la succession en enfantant un hériter mâle, mais sans arriver à engendrer autre chose qu’une ribambelle de filles. Hortense déteste aussi Tété et Rosette qu’elle persécute, bénéficiant pour cela des lois d’une société raciste.

Autour de ces personnages principaux gravitent quantité de personnages terriblement authentiques, de la cocotte de luxe au saint dominicain, en passant par la guérisseuse et le jeune Noir rebelle. Car le romanesque s’inscrit ici dans une trame historique solidement documentée sur la vie des Noirs à Saint-Domingue (puis Cuba et la Louisiane), les révoltes menées par Toussaint Louverture, les premiers mouvements abolitionnistes américains. Les premiers épisodes de l’histoire haïtienne s’écrivent ici dans la sueur et le sang, mais aussi le courage et la fierté.

Histoire et fiction se mêlent donc ici pour un roman qui n’a pas la force du roman d’Andrea Levy, Une si longue histoire, par exemple, mais reste une bonne lecture de vacances se lisant avec plaisir, les moments dramatiques alternant avec les épisodes plus légers.

 

L’île sous la mer

Isabel Allende traduite de l’espagnol (Chili) par Nelly et Alex Lhermillier
Grasset, 2011
ISBN : 978-2-246-77321-4 – 522 pages – 22 €

La isla bajo el mar, parution originale : 2009

 

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42 commentaires sur “L’île sous la mer d’Isabel Allende

  1. alinea

    c’est vrai , c’est tres facile à lire , j’ai aimé. (merci pour le lien).

    • Un bon roman de vacances : léger avec du contenu.

  2. Le thème m’intéresse… je note !

    • On a beaucoup écrit sur les esclaves, je te conseille bien sûr Racines avant tout si tu ne l’as pas lu.

  3. Oui, à lire sûrement, d’autant qu’Isabel Allende n’est pas une inconnue.
    S’il y a une culpabilité collective de l’homme blanc, c’est bien celle là, et qu’il ait pu y avoir d’autres intervenants dans le commerce triangulaire (qui a fait la richesse de Nantes, par exemple) ne change rien à l’affaire.

    • Le pire je crois, c’est de constater que des Noirs eux aussi ont asservi leurs frères de couleur et profiter d’un peu de pouvoir pour écraser les siens…

  4. Je vais faire une pause sur le thème de l’esclavage après Kathryn Stockett et quelques autres lus dernièrement et je note plutôt celui que tu cites comme encore meilleur: « Une si longue histoire » d’Andrea Levy.

    • Je crois que je préfère celui-là à La couleur des sentiments, vraiment trop consensuel…

  5. Beau billet, mais j’ai suivi ton lien sur « une si longue attente » et je préfère noter le second !! L’ambiguité du personnage et le fait qu’elle ne soit pas parfaite m’attirent bien.
    Je te dirai.

    • Tu as raison, il est plus fort et plus profond.

  6. J’ai d’autres romans sur ce thèmes, donc je ne note pas, surtout si tu dis que c’est une bonne lecture de vacances.

    • En cette saison, il me paraissait plutôt positif de le qualifier de roman de vacances…

  7. Noukette

    Je ne sais pas encore par quel titre découvrir cette auteure, peut-être pas celui là, mais lequel ?

    • J’ai lu il y a longtemps La maison aux esprits, un de ses premiers romans qui a eu beaucoup de succès. Elle donne souvent dans le portrait de femme, il me semble que celui-ci peut être un bon début.

  8. J’ai déjà lu quelques romans d’Isabel Allende et j’avais trouvé ça plutôt plaisant. Celui-ci aborde un thème que je connais peu, donc je le mets dans un coin de ma mémoire. Et je vais lire ton billet sur le livre d’Andrea Levy… Comme ça, je choisirai en toute connaissance de cause! 🙂

    • Isabel Allende n’a pas que très bonne presse dans son pays, c’est une écrivain grand public, et je trouve qu’elle s’est bien documentée pour ce livre et rend bien compte de chacun sans trop de sensiblerie.

  9. kathel

    Pas trop envie de romans historiques en ce moment… J’ai lu Isabel Allende il y a longtemps, mais je ne me souviens pas de quel titre il s’agissait !

    • Ce ne sont pas forcément des livres marquants, juste des livres qui font passer un bon moment, c’est ce que j’appelle un livre de vacances, sans aspect péjoratif de ma part.

  10. Je note « Une si longue attente » qui m’avait échappé (ou que j’ai zappé parce que je n’avais pas réussi à finir, du même auteur, « Hortense et Queenie », mais en même temps je me souviens énormément de la première moitié du roman que j’avais lue !).

    • Eh bien moi, j’ai noté Hortense et Queenie suite à ma lecture d’Une si longue histoire.

  11. Malika

    J’avoue avoir délaissé Isabel Allende depuis deux ou trois parutions … Elle fait un peu trop dans le roman de vacances justement !!! Je n’arrive plus à retrouver l’émotion et la force de « La maison aux esprits » ou « Paula » par exemple …

    • Le terme est finalement plus péjoratif que je ne pensais…

  12. Je n’ai lu qu’un seul livre de cette auteure mais je crois que je vais peut-être me contenter du livre d’Andrea Levy sur le sujet … mais bon, cela dépendra peut-être de celui que je trouverai en premier à la biblio 😉

    • Isabel Allende a je pense plus de place en bibliothèque…

  13. le thème m’attire beaucoup pour un auteur que je n’ai jamais lu!

    • Alors c’est le moment de la découvrir.

  14. Hier, je l’ai réservé à la bibliothèque… on verrra bien!

    • J’espère que cette lecture te plaira.

  15. Un auteur que j’aime bien. Je me souviens avoir été surprise par le ton et l’univers de La maison des esprits.

    • J’ai lu ce roman justement, il y a très longtemps, j’avais envie de redécouvrir cette auteur.

  16. J’ai du mal avec Isabel Allende. C’est une auteure qui ne m’accroche pas beaucoup. Ça pourrait être intéressant ici, car l’esclavage m’intéresse, mais je pense quand même que je vais passer mon tour.

    • J’avais quelques a priori mais au final, ce livre m’a plus plu que je ne pensais ; j’ai bien fait d’essayer.

  17. depocheenpoche

    C’est ma mère qui m’a montré ce nouveau roman d’Isabel Allende qu’elle vient d’emprunter à sa bibliothèque municipale. Et comme j’avais aimé, il y a très longtemps, « La maison aux esprits », j’attendais avec impatience son avis. Mais du coup, tu es la première à me donner un avis qui m’interpelle même si tu n’as pas eu un coup de coeur. Je le lirai donc quand il sortira en poche.

    • Moi aussi c’était il y a longtemps La maison aux esprits, trop pour que je m’en souvienne. Tente donc celui-là, tu ne seras pas déçue.

  18. J’ai aimé ce que j’ai lu d’elle… deux romans, dont « La maison aux esprits ». Du coup, je suis bien tentée…

    • Alors pas de doute qu’il te plaira.

  19. J’aime la verve d’Isabel Allende, ses personnages féminins toujours très forts, qui doivent lui ressembler un peu.

    • Dans ce cas, elle doit être passionnante !

  20. Valérie

    Je ferai partie des déçues. J’ai voulu découvrir la plume d’Isabel Allende grâce à ce livre mais je n’ai pas pu le finir. J’ai trouvé que ça manquait d’âme. Et pourtant, c’est un thème que j’adore.
    un petit rectificatif par rapport aux commentaires: La Couleur des Sentiments ne se passe pas pendant l’esclavage mais pendant la ségrégation.

    • Dommage, mais je vais lire ton billet avec attention.

  21. POINSU

    J’ai découvert cette auteure cet été avec son dernier roman « Le cahier de Maya » que j’ai bien aimé et j’ai également constaté cette alternance entre sordide et légèreté qui correspondent à deux époques différentes (proches dans le temps mais très éloignées pour tout le reste) de l’héroïne.

    • C’est une auteur que je n’ai pas beaucoup lue, à tort d’ailleurs car je pense qu’elle est appréciée du grand public au Chili (même si je pense que la critique ne lui est guère favorable).

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