Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin

Chroniques de San FranciscoQuel drôle de zèbre que ce Michael Tolliver, qui apparaît ici pour la première fois : vingt-six ans en 1976. Il est sympa, attachant, probablement plutôt pas mal, mais il n’est pas certain qu’on en voudrait pour fils ou pour genre : inconséquent, volage, glandeur, le mariage n’est de toute façon pas pour demain, Michael Tolliver étant un spécimen assumé d’homosexuel estampillé côté ouest.

Après avoir été largué pour la énième fois, il s’installe dans l’appartement de Mona, à Barbary Lane, San Francisco. La propriétaire, Anna Madrigal est plutôt cool, elle offre un joint de son herbe fait maison à chaque nouveau locataire. Mary Ann est donc ainsi accueillie quand elle emménage, mais tout droit sortie de son Midwest bouseux, elle s’étonne de ces pratiques. Un peu coincée, elle va avoir beaucoup à apprendre Mary Ann de cette faune humaine aux codes stricts sous des apparences décontractées : le faux pas la talonne. Elle se lie d’amitié avec Mona et Michael, a une aventure sans lendemain avec son voisin dragueur Brian, et s’éprend doucement de celui qui habite sur le toit, Norman, un drôle de zèbre, à peu près aussi inconvenant qu’elle dans le tableau.

C’est la belle vie des homosexuels de la côte ouest, en ces temps bénis d’avant sida, où les partenaires se multiplient, les chagrins d’amour durent autant qu’un Kleenex et les préoccupations majeures tournent autour de questions vestimentaires. On entre donc dans la bande de Michael avec un sourire aux lèvres même si à la fin, ce diable de Maupin a réussi à nous faire froncer un sourcil, esquissant une intrigue digne d’un roman noir qui donne envie de lire le tome suivant.

Car oui, ces chroniques ne font que commencer et doivent bien compter une dizaine de tomes aujourd’hui. J’ai pris quelques notes sur les nombreux personnages qui tous se croisent à un moment ou à un autre, histoire de ne pas perdre le fil. La lecture est facile, portée par de courts chapitres qui sont autant de petites scènes de théâtre aux dialogues affutés (qui furent d’abord publiés en feuilleton dans le San Francisco Chronicle). L’humour est sans cesse présent, basé surtout sur la mise en scène de clichés de ces années-là, avec libération sexuelle, mouvement baba cool, contestataires ou puritains. San Francisco s’avère être le paradis des homosexuels qui vivent au grand jour sans jamais se sentir différents ni subir d’agression.

Beaucoup d’allusions très référencées sont perdues pour moi, mais sans grand dommage pour la compréhension au final.

Sur ce grand théâtre du monde de San Francisco, les crises de larmes succèdent aux fous rires, les quiproquos aux retournements et déjà, le premier tome s’achève. L’Olivier a regroupé les trois premiers tomes des Chroniques en un. Si ça pèse son poids dans les faits, le plaisir de lecture prend rapidement le dessus.

.

Chroniques de San Francisco (premier épisode)

Armistead Maupin traduit de l’anglais par Olivier Weber
L’Olivier, 2006
ISBN : 978-2-87929-557-2 – 890 pages au total, 307 pour le 1er tome

Tales of the City, parution aux Etats-Unis : 1978

..

..

..

..

56 commentaires sur “Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin

  1. J’ai a-do-ré (lu il y a trèès longtemps, au retour de San Francisco), mon homme aussi !!!
    J’ai les deux qui suivent ces 6 là ! Billets à venir …Un jour !
    Beau billet, ça donne envie de les relire !
    A très bientôt

    • Je crois que ce Maupin est addictif : impossible d’arrêter une fois qu’on a commencé !

  2. J’ai lu les six pratiquement dans la foulée, quand ils sont sortis en poche. Je n’ai pas lu les deux derniers parus, un peu peur de la déception.

    • Il faudrait lire les billets sur ces deux derniers tomes pour voir si les fans sont toujours aussi satisfaits.

  3. Une lecture d’avant-blog et une lecture d’infini plaisir! J’ai tout lu avec le seul bémol du tout dernier, nettement moins inspiré, mais entre temps, quelle délectation! Rien qu’à lire ton billet, je retrouve mon attachement à ces personnages et le sourire qui allait avec.

    • Si j’ai bien suivi, le tout dernier c’est Michael Tolliver est vivant, ton com’ répond donc à Aifelle.

  4. C’est vrai que c’est une super lecture, je viens de finir le premier livre et je suis deja sur le point de commencer le 2e !

    • Ça se lit vraiment très vite en plus avec ces petits chapitres, je m’y remettrai certainement assez rapidement.

  5. Te voilà ferrée ! Je n’ai pas eu cette impression de tant de références inconnues ?

    • Moi un peu, la musique, les jeux de mots… mais ça ne fait rien, j’ai dévoré quand même.

  6. aaah j’adooore cette série (8 tomes en tout). Je viens de m’offrir le dernier (je l’avais en anglais depuis janvier 😉 mais je n’avais pas pris le temps de me plonger dedans…)
    Mais là je ne vais en faire qu’une bouchée!
    Bienvenue à Barbary Lane! Je te souhaite beaucoup de plaisir!!

    • 8 volumes ok. Je me demande si Armistead Maupin a écrit d’autres livres….

      • Valeriane

        Oui!! Il y a Maybe The moon et Une voix dans la nuit (juste le second que je n’ai pas lu, mais le Maybe était chouette aussi)

  7. Eh bien tu me donnes envie de relire ce tome 1 : lu il y a longtemps, je n’avais pas vraiment accroché. Trop jeune ?? trop coincée ?? J’avais vraiment aimé Une voix dans la nuit (dédicacé par l’auteur à Paris, yeeees !)

    • Peut-être que quand on est trop jeune, on n’apprécie pas forcément cet humour, il faut un peu de détachement. Et même adulte, il y en a qui doivent être peu réceptifs à l’humour branché homo de l’auteur…

  8. Le dernier (actuellement) c’est Mary Ann en Automne 😉

  9. Delphinesbooks

    J’ai dévoré cette série à l’époque. Et j’ai absolument adoré Une voix dans la nuit !! Ca me donnerait presque envie de me replonger dans l’écriture de Maupin (il sait très bien raconter des histoires)

    • Il raconte bien et met en scène des personnages savoureux : tout pour réussir !

  10. J’avais aussi adoré, à l’époque. Même si certains tomes lorgnent davantage du côté du soap, c’est une lecture drôle, attachante et qui fait tout oublier. Du coup, je n’ai pas voulu lire les deux derniers (sortis longtemps après la fin de la saga). Mais en lisant ton billet, je me dis que je serai quand même heureux de retrouver tout ce petit monde…

    • Ça fait série TV parfois, certainement, un peu ce que Djian voulait faire avec la série Doggy Bag qui n’a pas marché…

  11. J’aime bien les auteurs addictifs… Je vais donc essayer celui ci, d’après ton excellent CR et les commentaires, il le faut!

    • Tu peux constater qu’il ne s’est encore présenté personne n’ayant pas aimé…

  12. J’hésite depuis longtemps à m’attaquer à la série… la peur de l’addiction, sans doute !!

    • Il y a six tomes au départ, c’est un fait, mais ça se lit vraiment très vite et facilement, peut-être même trop vite…

  13. Noukette

    Une série qu’il me reste encore à découvrir… M’est avis que si je me lance là-dedans je ne suis pas sortie de l’auberge ! 😉

    • Même réponse qu’à Ingannmic : ça passe tout seul.

  14. te voilà donc aussi lancée dans « les chroniques de san francisco » 😉
    j’ai terminé les 3 premiers livres, je vais bientôt entamer le 4ème
    jusqu’à présent, je suis emballée

    • D’après les lecteurs, les 6 tomes originaux sont les meilleurs, et les deux suivants moins bons. C’est quand même pas mal de garder la qualité sur 6 tomes…

  15. Quels souvenirs ces chroniques. J’avais adoré quand je les ai lu il y a presque 10 ans maintenant. Il me reste les 2 derniers à lire…mais peut être que je me replongerai dans les premiers avant.

    • C’est un peu comme Harry Potter : les lecteurs voient vieillir les personnages, toute proportion gardée bien sûr, car il y a une forte dimension sociale chez Maupin, et j’imagine que les homosexuels de L.A. ne vont pas rester à la noce tout le temps…

  16. Et si tu veux prolonger le plaisir des 6 premiers tomes (qui ont longtemps constitué la saga, avant que deux nouveaux opus sortent ces trois dernières années), une min-série TV a été réalisée avec une Olympia Dukakis excellente en Madame Madrigal. Quelques infos ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Chroniques_de_San_Francisco_%28feuilleton_t%C3%A9l%C3%A9vis%C3%A9%29 (dispo en DVD) 🙂

    • Merci beaucoup. Je crois que quand j’aurai lu quelques tomes de plus, je me plongerai volontiers dans cette adaptation.

  17. C’est un peu dommage, justement, que les comparaisons nous échappent, ce qui a gâché ma lecture. Je ne suis pas allée plus loin que ce premier tome.

    • Il y a en effet des références très datées, mais elles n’ont pas gêné ma lecture.

  18. J’avais commencé par le 2 (mais qui doit être dans ce recueil de 3, finalement) et c’était lointain. J’avais tout lu à l’époque. Cependant tout reprendre me parait long quand même. Un bon souvenir quand même
    signé keisha sur l’ordi de clara

    • A mon humble avis, il vaut quand même mieux commencer par le tome 1…

  19. Stephie

    J’ai lu et adoré le premier. Les deux suivants attendent sur ma PAL depuis deux ans…

  20. Une série sans doute sympathique mais que je n’ai pas encore lu. Il faut dire que cette année, entre Proust, Colette et Sagan, cela occupe déjà bien 😉

    • Les Américains, c’est bien aussi 😉

  21. J’ai testé les chronique en commençant par le milieu (je ne sais pas quel numéro exactement), un jour je les reprendrai dans l’ordre 🙂

    • Avec tous les personnages qu’il y a, ça ne doit pas être facile de s’y repérer en ne commençant pas par le début…

  22. Vraiment passionnante cette série en effet. Le septième est mon préféré. J’aime aussi beaucoup les deux autres romans d’Armistead Maupin. En revanche, la comédie musicale Tales of the City ne m’intéresse pas du tout.

    • Une comédie musicale en plus de l’adaptation TV ? Cette série a dû aussi beaucoup plaire aux Américains.

      • Je ne me souviens pas en avoir beaucoup entendu parler à l’époque. Et même après avoir lu les livres, la série ne m’avait pas tout intéressée. Mais il ne faut jamais dire jamais. Je vais peut-être emprunter les DVD à la bibliothèque un jour.

  23. Sous des dehors légers et une facilité de lecture, l’auteur aborde quand même des thèmes plus sérieux et prône la tolérance et l’ouverture d’esprit 🙂 C’est une série que j’ai adorée, une de mes favorite tous temps, et que je compte relire avant d’aborder les deux derniers tomes plus récents (ce qui fait un total de 8 titres !)

    • Ce premier tome est assez léger parce que la vie est belle pour les homosexuels de l’époque, j’imagine que les suivants, s’ils restent dans le même registre humoristique, seront plus sombres dans le fond.

  24. J’avais bien aimé ce premier tome de la série, le deuxième aussi. Par contre j’ai été un peu déçue par le 3e et je ne suis pas sûre de vouloir lire les prochains tomes.

    • Je crois bien que tu es la première à exprimer une déception…

  25. emmyne

    J’aurai pu écrire le com’ de Mango. Ravie que tu plonges dans ces chroniques, grand moment de plaisir.

    • Qui ne fait que commencer, c’est tant mieux…

  26. Bonsoir, je les ai notées., Il faudrait maintenant que je me les procure !

    • Cette série doit être présente dans toute bonne bibliothèque 😉

  27. Une série que j’ai notée depuis… un bon milliard d’années je pense.
    Je sais pas ce que j’attends, je suis dingue de littérature américaine, et c’est un incontournable…

    • Je ne te pensais pas si vieille 🙂

Les commentaires sont fermés.