Jours de combat de Paco Ignacio Taibo II

Jours de combatBienvenue au Mexique, bienvenue à Mexico, patrie d’Héctor Belascoarán Shayne même s’il est né de mère irlandaise et de père basque espagnol. Un mixte, un peu comme Paco Ignacio Taibo II (prononcez «El Segundo»), lui-même exilé au Mexique avec sa famille suite à la victoire franquiste. C’est ici le premier volume mettant en scène cet inspecteur  Belascoarán Shayne, mais aussi le premier roman de l’auteur, publié en 1976 et traduit tardivement en France.

On prend donc Héctor à ses débuts, il a environ trente ans et vient de plaquer sa femme et son boulot bien pépère pour un avenir douteux d’inspecteur. Il partage son bureau avec un plombier (les loyers sont chers à Mexico aussi) et attend le client. Quelque peu désœuvré, il s’intéresse au cas d’un étrangleur qui sévit dans les rues de la capitale, assassinant des femmes seules de tout milieu et de tout âge. Il se fait appât, participe à un jeu télévisé sur les grands étrangleurs de l’Histoire, tissant sa toile autour de l’assassin, qui lui-même, le surveille.

Le petit monde  d’Héctor Belascoarán Shayne se met ici en place, avec des personnages récurrents que l’on retrouvera dans les enquêtes suivantes : Carlos son fère et Elisa, sa soeur, Gilberto Gómez Letras, le collègue plombier et la très mystérieuse femme à la queue de cheval, source de fantasmes pour Héctor, d’interrogations pour le lecteur.

Mais le personnage principal est certainement la ville elle-même, une des plus vastes du monde, qui n’a rien à envier à New York en matière de criminalité. Des cafés, des restos chinois, des cantinas… le décor est planté, celui d’une grande ville un chouïa exotique, avec bruit, pollution, et surtout corruption. Corruption de la police et des politiques, la ville comme tout le pays subit la répression suite à l’agitation de 1968. Qu’à cela ne tienne, Hector la parcourt à pied et en métro, il la dompte, la sillonne pour mieux la maîtriser.

A l’image de bien des enquêteurs privés, Héctor Belascoarán Shayne est un solitaire, un marginal, certainement plus politisé que ses confrères, car il n’est pas possible de rester en marge de la situation politique mexicaine, toute de compromissions et de mensonges. Les Mexicains vont tellement s’attacher à lui, qu’ils ne supporteront pas que l’auteur le fasse mourir (dans Pas de fin heureuse) et exigeront sa résurrection, à l’image de Sherlock Holmes. Paco Ignacio Taibo contentera ses lecteurs (dans Même ville sous la pluie).

C’est que  Paco Ignacio Taibo est une quasi institution de la littérature mexicaine (tout le monde sait de qui on parle quand on fait allusion à PIT II !). Fondateur du néo-polar, il est le chef de fil d’un renouveau qui inspire aujourd’hui encore les auteurs latino-américains. Il a aussi écrit bien d’autres romans, historiques surtout mais aussi des biographies des hommes qui ont fait l’histoire houleuse de son pays d’adoption (comme celle de Pancho Villa).

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Jours de combat

Paco Ignacio Taibo II traduit de l’espagnol par Marianne million
Rivages, 2000
ISBN : 978-2-7436-0626-6 – 266 pages

Díaz de combate, parution au Mexique : 1976

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9 commentaires sur “Jours de combat de Paco Ignacio Taibo II

  1. Oui, je sais, je dois lire ce monsieur… Je vois en quoi il peut avoir inspiré d’autres auteurs latino américains, que j’ai lus, eux…
    Dans le dernier roman de V Ovalde, il y a un policier appelé Taibo. Un hommage?

    • C’est ce que j’ai pensé en entendant parler du dernier livre de Véronique Ovaldé… mais je n’ai entendu personne lui poser la question 🙁

      • Rha! On ne pose pas les bonnes questions, ou alors on ne connait pas Paco Ignacio Taibo el segundo !

  2. Si tu aimes cet auteur, peut-être aimeras-tu Sébastien Rutés (Le linceul du vieux monde, que j’ai beaucoup aimé malgré un style trop travaillé et touffu). PIT II a d’ailleurs préfacé son roman.

    • Mille mercis ! Grâce à toi, je viens de flâner sur ne net et de découvrir un auteur qui en effet à tout pour me plaire : spécialiste du polar latino-américain et de PIT II en particulier, je note son nom et son premier titre là immédiatement tout de suite! !

  3. Kathel

    Je sens qu’il faut que je lise PIT II ! Je connaissais de nom, sans plus, je suis donc moins bête aujourd’hui ! 😉

    • A oui, il le faut, c’est carrément un incontournable.

  4. Et bien moi je ne connaissais pas du tout…je note, je note (ma liste au père noël s’allonge petit à petit 😉 !)

    • Celui-là est vraiment un indispensable du polar latino-américain.

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