L’été 79 d’Hugues Barthe

Voilà plusieurs autobiographies sous forme de romans graphiques que je lis ces derniers temps, toujours avec plaisir. Après Portugal de Cyril Pedrosa et Blankets de Craig Thompson, me voilà suivant les jeunes années d’Hugues Barthe, dont je n’avais encore rien lu. Il faut croire que la veine autofictionnelle n’est pas l’apanage des seuls romanciers et que la bande dessinée est un support tout aussi expressif. La force du graphisme évite même la lourdeur de certains épanchements, une image se substituant parfois à bien des mots.

Lors de cet été 79, Hugues Barthe est un adolescent de quatorze ans. Il vit dans un village paumé de l’est de la France, oublié du progrès social comme du moindre développement culturel.  Les habitants sont artisans, ouvriers, fermiers, ce qui serait tout à leur gloire s’ils n’étaient aussi renfermés et globalement obtus. Il y a des choses dont on ne parle pas, même si tout le monde les sait. Ainsi l’alcoolisme du père d’Hugues est-il tabou. Mais pire encore, personne ne dit rien alors qu’il bat sa femme depuis que sa dose d’alcool quotidienne a récemment augmenté. Face à cette loi du silence, le jeune adolescent n’a personne à qui parler, pas même sa grand-mère maternelle qui estime que sa fille récolte ce qu’elle a semé. Comment grandir, comment faire des rêves d’avenir dans un tel contexte ? Car Hugues dessine, il est doué, il aime lire aussi et rêve d’aller passer l’été à Besançon, la grande ville. Mais sa mère en vient même à lui demander son aide pour assassiner le père…

Il est des sujets difficiles à traiter, l’alcoolisme paternel et ses conséquences en est un. J’imagine que pour Hugues Barthe, ce roman graphique se présente comme un exorcisme, une façon de dire enfin clairement ces choses considérées comme tabous par sa famille et son milieu d’origine.  Peindre le père, déboulonner définitivement sa statue et la fracasser n’est pas chose aisée. D’ailleurs, Hugues Barthe ne représente jamais le sien, qui reste définitivement dans l’ombre. Il prend la parole mais n’est jamais dessiné, ce qui reste peut-être la dernière étape vers la mise en image du monstre (ce volume est un premier tome, le suivant à paraître cette année conclura cette page d’adolescence).

C’est avec une grande sobriété qu’Hugues Barthes restitue cette période difficile. Avec finesse, grâce à un trait simple et en noir et blanc, il amène son lecteur à partager les angoisses de l’adolescent qu’il était, le désarroi et l’inquiétude qui formaient son quotidien. On comprend bien sûr en lisant que son don pour le dessin, qui se développe cet été-là, l’a sauvé de la violence psychologique et de l’abrutissement intellectuel auxquels sa naissance le destinait. Mais on ne peut s’empêcher d’être scandalisé par le silence de tous ceux qui l’entourent. Hugues Barthe a la pudeur de n’accuser personne, mais comme dans bien des drames familiaux, on voit que c’est aussi l’attitude des autres qui a permis que ça dure.

A nouveau donc un belle réussite en matière de roman (autobio)graphique.

Le site de l’auteur.

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L’été 79

Hugues Barthe
Nil, 2011
ISBN  : 978-2-84111-566-2 – 144 pages – 17.90 e

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22 commentaires sur “L’été 79 d’Hugues Barthe

  1. Merci de m’avoir linkée. J’ai beaucoup aimé cette bande dessinée, lue récemment. La suite, L’automne 79, est annoncée pour cette année.

    • En finissant ce premier volume, j’avais vraiment envie d’avoir le second sous la main, tout de suite. Ça n’est pourtant pas un suspens, mais un aventure humaine si bien restituée que le lecteur ne peut-être qu’entrainé sur les pas de ce jeune garçon.

  2. Je ne connais pas du tout mais je viens de lire un autre billet sur une autre de ce s Bd (Dans la peau d’un jeune homo) qui a le même ton que le tien. C’est donc des livres que je vais aller voir de plus près

    • Je vais moi aussi cherche su je trouve d’autres titres à la bib, en attendant la suite.

  3. Je l’ai eu entre les mains et bien apprécié également, même si je ne suis pas spécialement fan de Bd en général.

    • Je crois que celle-ci touchera même ceux qui ne lisent pas beaucoup de BD.

  4. J’ ai bien l’intention de lire aussi cette BD autobiographique. En général, j’aime beaucoup ce genre-là. J’ai beaucoup aimé Blankets et Portugal est à mon programme également.

    • Celle-ci ne peut que te plaire…

  5. je l’ai réservé à la bibliothèque …

    • J’espère que tu apprécieras.

  6. Je vois que toi aussi, tu as apprécié cette bd. Un vrai coup de coeur pour moi et je vais vite aller visiter le site de l’auteur que tu as eu la bonne idée de nous proposer !

    • Il y a un diaporama dans lequel il commente l’écriture de cette bd, c’est intéressant (mais est-ce que son site… je m’interroge tout à coup…).

  7. On commence à le voir un peu partout, ce titre, et avec toujours de bons échos 🙂 Pourtant, j’avoue qu’il ne m’attirait pas plus que ça en librairie. Du coup, j’espère le trouver en biblio … en tout cas, je sais qu’ils ont le précédent titre de cet auteur alors ça peut me faire patienter !

    • et si tu nous fait un billet sur le précédent, il nous donnera peut-être envie !

  8. intéressant, la couverture m’orientait sur un album plutôt comique mais je vois que je me suis trompée!

    • Je confirme : ça n’est pas drôle du tout…

  9. alinea

    une B.D. autobiographique, je note.

  10. isa

    J’ai eu un énorme coup de coeur pour cette BD. Elle m’habite encore.

    • Vivement la suite !

  11. Une lecture marquante que j’ai adorée et dont j’attends la suite avec impatience.
    Beau billet, surtout très juste.

    • Sandrine

      La suite me tente aussi car cette BD est vraiment très sensible.

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