Au commencement la nuit était musique de Alissa Walser

Le docteur Mesmer, établi à Vienne en cette année 1777, tient enfin un cas susceptible de révéler à tous l’efficacité de ce qu’il appelle le magnétisme animal. La jeune Maria Theresia Paradis, pianiste prodige est devenue aveugle a trois ans. Son père, haut fonctionnaire à la cour de l’Impératrice Marie-Thérèse consulte Mesmer en espérant que ses nouveaux traitements, à base d’aimant, lui permettront de retrouver la vue. Comme les autres patients, la jeune fille doit s’installer chez les Mesmer, pratiquer des séances de baquet magnétique et des états de transe visant à retrouver l’harmonie des fluides corporels. Loin de ses parents, la jeune fille peut aussi s’exprimer.
Lors des premières semaines de traitement, l’état de la patiente s’améliore nettement : ses yeux exorbités dégonflent, rentrent dans leurs orbites et elle distingue des lumières, des couleurs. En revanche, ses mains semblent s’engourdir, elle joue moins bien. Le succès s’approche de Mesmer, les journaux s’emparent de ce cas, les malades affluent… Mais bientôt, les calomnies elles aussi se déchaînent et Mesmer est en proie aux critiques de ses collègues. Maria rentre chez elle et le médecin quitte Vienne pour Paris. Les parents préfèrent finalement une fille aveugle et géniale plutôt qu’une fille voyante et juste douée pour le piano…

Le cas raconté ici est un cas réel qui obligea effectivement l’apôtre du magnétisme à quitter Vienne devenue hostile.  Maria Theresia Paradis fut une très grande interprète, reconnue et acclamée dans toute l’Europe, son handicap forçant d’autant plus l’admiration.

Alissa Walser met très bien en scène le carcan social et mondain qui entourait la jeune fille, dont le talent est exploité par ses parents : l’auteur décrit en particulier une immense perruque à la mode de l’époque, que la jeune fille porte et qui double sa taille, l’engloutissant sous son poids.

On voit aussi très bien comment la modernité des méthodes de Mesmer a mis la bonne société viennoise mal à l’aise, car elle passait aussi par l’expression intime du mal être. Par contre, si le fameux baquet est plusieurs fois évoqué, on n’assiste pas à une de ces séances lors desquelles les patients perdaient tout contrôle d’eux-mêmes. Le lecteur n’est d’ailleurs pas scientifiquement informé, il ne sait pas en quoi Mesmer fut un novateur dérangeant, ni par exemple l’organisation de ses journées de travail ou ses relations avec ses confrères.

J’ai été tout au long de ma lecture gênée par l’écriture d’Alissa Walser qui ne me plait pas du tout. Les phrases sont très courtes, souvent juste nominales, les dialogues ne sont pas mis en page comme tel mais rapportés, on ne sait pas toujours qui parle. Mais le plus difficile est de s’intéresser à des personnages dont on ne connait pas les sentiments, qui sont présentés à travers un flou artistique peut-être poétique mais qui ne m’a pas touchée.

Elle semble réfléchir à ce qu’il vint de dire.
Il ajoute qu’il doit lui faire part de toutes ses impressions, de toutes ses pensées. Sans ressentir aucune gêne. Pour rien. Il voulait même connaître ses pensées les plus absurdes. Elles avaient un sens, peut-être uniquement pour elle et dans sa vie. Mais dorénavant il en faisait partie. Cela avait donc un sens pour lui aussi. C’est pourquoi elle devait tout lui confier… et tant pis si vous pensez que je me prends pour votre confesseur.

Selon moi, on n’entre pas assez dans la théorie scientifique, dans ce qu’elle a de révolutionnaire, moderne, dérangeant, dans ce qu’elle va apporter. L’auteur n’explique pas par exemple pourquoi ses collègues tenaient Mesmer pour un charlatan, ni pourquoi il était si controversé car elle ne s’attache pas à l’aspect scientifique. Mais elle n’entre pas pour autant dans ses personnages dont on ne connaît pas les désirs, si ce n’est la volonté de Mesmer de voir son travail reconnu. La fin du roman se déroule quelques années plus tard à Paris, on ne sait rien des succès rencontrer par le magnétisme, c’est Maria Theresia qui tient le haut de la scène lors d’une tournée européenne.

Je sors globalement déçue de ce livre, je m’attendais à un roman mettant en scène le docteur Mesmer dans son temps, ses luttes, ses erreurs, je me suis trompée.

 

Au commencement la nuit était musique

Alissa Walser traduite de l’allemand par Juliette Aubert
Actes Sud, 2011
ISBN : 978-2-7427-9935-0 – 251 pages – 21 €

Am Annfang war die Nacht Musik, parution en Allemagne : 2010

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24 commentaires sur “Au commencement la nuit était musique de Alissa Walser

  1. Bon, alors je passe…

  2. Plume

    Je me souviens d’un lecture mitigée aussi :s

  3. (Comme c’est décourageant, ces ratages continuels pour laisser des commentaires sur WP. A chaque fois, il faut recommencer la manœuvre!)
    Bon, j’écrivais que c’était d’autant plus dommage cette médiocrité du style que l’histoire me semblait intéressante, tant pour Mesmer dont la vie est un roman en soi que pour l’époque et les milieux qu’il a fréquentés mais finalement qu’est-ce qui aura dominé en lui: le scientifique ou le charlatan?

    • Le style n’est pas médiocre, il est original au contraire et donc, il ne laisse pas indifférent. Je ne l’ai pas apprécié. Ajoute à ça que j’ai eu l’impression de passer à côté de Mesmer, ça donne une vraie déception.

  4. Ce livre est dans ma PAL, à cause de son titre musical… je vais tester… peut-être bientôt 🙂

  5. alexmotamots

    Dommage. Je pensais quant à moi, à cause du titre, qu’il serait question de musique.

    • Il est question de musique, oui, plus que de Mesmer d’ailleurs, d’où ma déception…

  6. ouf! pour une fois un livre que je mets pas dans ma liste, merci pour cette critique honnête
    Luocine

  7. l’extrait est dissuasif, c’est le moins que l’on puisse dire!

  8. kathel2

    Je craignais en ouvrant ce billet de devoir noter un livre de plus, je vois que cela ne sera pas indispensable !

  9. Le sujet ne m’emballe pas trop, donc si en plus, le traitement n’est pas génial, je passe joyeusement.

    • Ah Mesmer, les fous dans les baquets, les hystériques, tout ça ! Tout à fait mon genre de livre… si quelqu’un pouvait l’écrire en parlant effectivement de Mesmer et de son apport (ou pas) à la science, ça serait bien 🙂

  10. blogclara

    je passe sans regret !

  11. je l’ai, je le lirai quand même, pour la musque alors ? (l’extrait est lourd…)

    • je trouve le style étouffant, j’ai eu du mal à m’y faire et à progresser dans ma lecture.

  12. Je viens d’en finir un sur les psys découvert chez toi 😉

  13. Bonjour, c’est frustrant quand on est decu d’un roman. J’ai le meme sentiment en lisant mon livre. Je suis en train de lire une anglaise a bicyclette et meme si l’ecriture est belle la c’est l’histoire qui peche. On s’ennuie mortellement. Je sais pas pourquoi je n’aime pas.
    Puisque tu as fait une critique negative, j’eviterai ce livre, d’autant que le passage que tu a preleve semble assez fumeux.

    Desolee pour le manque d’accents, je sais c’est pas terrible mais j’ecris sur le clavie anglais de ma classe.

    A tres bientot, j’espere.

  14. Du coup, ce ne sera pas celui-là. je garde « La lanterne d’Aristote » jusqu’à ce qu’il sorte en poche.

  15. Sur le même sujet, j’avais lu « L’incroyable histoire de Mlle Paradis » de Michèle Halberstadt. J’avais bien aimé. Quand j’ai vu le roman de Walser en librairie et ai compris qu’il s’agissait de la même histoire, je l’ai reposé.

    • Merci pour ce titre, j’y jetterai un œil à l’occasion s’il y est aussi question de Mesmer.

  16. Comme Lewerentz, j’avais lu le Michèle Halberstadt qui m’avait plus ou moins convaincue… je pense que je vais passer sur le sujet! Surtout si l’écriture peut gêner.

  17. Je passe donc sans regret.

  18. Je n’attendais rien sur Mesmer en particulier donc je n’ai pas été déçue à ce sujet; Encore que… c’est vrai .. j’aurais bien aimé savoir ce qu’étaient des fameux baquets magnétiques. Mais manifestement ce n’était pas le sujet de Walser. Il me semble qu’elle s’est intéressée surtout à la société viennoise et à la marginalité des personnages par rapport à cette société étriquée. Là où je te rejoins c’est en ce qui concerne la froideur du récit, l’espèce de distanciation qu’elle crée. Cela n’enlève rien à la valeur de l’écrivain mais c’est vrai que le lecteur reste un peu en dehors. je publie un lien vers ton billet.

    • Sandrine

      merci pour le lien

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