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Je voulais te dire – Louisa Young

Publié par le 18 juin 2012

Il y a d’abord le titre et la couverture, vraiment pas attirants. Mais pire, il y a la quatrième de couverture : « Tout les sépare, tout les unit… ». Que dire… C’est se couper d’une bonne partie du lectorat potentiel, définitivement enfermer ce livre dans une catégorie « romance » ou je ne sais quel label féminin. Bref, on n’est pas loin de la ghettoïsation, et c’est bien dommage, car il y a un peu plus dans ce roman qu’une bluette en temps de guerre.

Le point de départ est déjà assez original, ou du moins culotté : Riley Purefoy, dix-huit ans, s’engage au tout début de la Première Guerre mondiale, non par patriotisme mais pour fuir une expérience homosexuelle qu’il n’est pas prêt à assumer. C’est Nadine qu’il aime, l’inaccessible Nadine Waveney, issue de la haute bourgeoisie alors qu’il n’est que fils d’ouvrier. Un hasard du destin les a faits se rencontrer enfants et ils ont partagé la même pratique de la peinture auprès de sir Alfred.

Riley va vivre sur le front ce qu’ont vécu bien des soldats. Louisa Young ne s’arrête donc pas sur son quotidien. Quelques scènes hallucinées transcrivent cependant bien le flou dans lequel vivaient les soldats, en particulier au plus fort des combats. C’est dans ces scènes que l’auteur fait preuve d’une certaine originalité de style, mais dans l’ensemble, l’écriture est plutôt quelconque, sans grand relief.

Au-delà d’une histoire d’amour en temps de guerre, il me semble que ce roman est avant tout un roman sur le désir charnel. Celui du jeune Riley, épouvanté par son désir homosexuel et qui refrène comme il peut l’envie qu’il a de Nadine. Nadine, jeune fille de bonne famille que son éducation empêche de donner libre cours à ses pulsions. D’autres personnages jouent un rôle important : le jeune couple formé de Peter Locke (le commandant de Riley) et Julia, que la guerre va détruire. Peter, qui a une femme si belle mais qu’il ne peut même plus prendre dans ses bras depuis qu’il a étreint des agonisants et des cadavres sur le front. Julia, née pour être juste belle, qui ne se reconnait plus, qui n’a plus de rôle social puisqu’on ne lui reconnait plus celui pour lequel elle a été élevée. Et Rose, la cousine de Peter, éternelle célibataire, qui va soigner Riley quand il sera défiguré.
Dès lors, l’amour, qui est désir, est-il encore possible, peut-il survivre à l’horreur que Peter traduit par un psychisme bouleversé et Riley sur son corps par un visage ravagé ?  Car qui dit amour dit sexe et donc désir, or si on n’est plus désirable, on a perdu son identité sexuelle et donc sa légitimité à l’amour.

Julia commençait à se rendre compte, d’un point de vue intellectuel, que son propre rôle – jolie, inutile, adorable – avait perdu toute sa valeur du fait de la guerre. Elle le savait à moitié. Elle savait à moitié que les autres femmes la trouvaient pitoyable, banale… Elle avait senti le terrain pour lequel elle avait été élevée se dérober sous ses pieds au cours de la guerre, et elle avait vu d’autres femmes découvrir de nouvelles façons d’être femme – des femmes qui n’avaient pas été, avant-guerre, éduquées de manière aussi exclusive pour l’autel de l’adoration et du mariage.

Les anciens repères, les valeurs d’hier volent en éclat ; à l’image de l’individu, la société doit se remettre en question. Comment la guerre remodèle les statuts sociaux, la manière de regarder ; comment s’être battu et en revenir défiguré ou pas change un homme bien sûr, mais aussi sa place et son rôle ; comment un couple peut-il survivre sans sexualité malgré le désir, ou bien quand le désir a unilatéralement disparu ; comment vivre défiguré pour la patrie et rejeté par la société. Beaucoup de thèmes soulevés par ce livre, abordés sur un mode romanesque, un ton souvent grave avec cependant quelques épisodes légers.

Un roman sur la perte d’identité, qui ne révolutionnera pas le genre romanesque mais s’avère plus intéressant que prévu.

 .

Je voulais te dire

Louisa Young traduite de l’anglais par Françoise Jaouën
Baker Street, 2012
ISBN : 978-2-917559-22-2 – 420 pages – 21.50 €

My Dear, I Wanted to Tell You, parution en Grande-Bretagne : 2011

Commentaires

18 commentaires sur “Je voulais te dire – Louisa Young”

  1. Karine:) dit :

    En effet, ce titre et cette couverture, ça laissait présager autre chose… pourquoi pas!

  2. Lystig dit :

    photo, titre et résumés pas attirants.
    mais malgré ton billet, pas tentée !

  3. keisha dit :

    En effet, il y avait à craindre…
    Quel est cet éditeur? Connais pas (Baker street, si)

    • yspaddaden dit :

      « Associée au départ aux Éditions du Seuil, l’éditrice Cynthia Liebow a crée en 2008 une nouvelle maison, Les Éditions Baker Street…. Américaine vivant en France depuis longtemps, Cynthia Liebow continue à publier des écrivains qu’elle avait auparavant édités aux Éditions Denoël, Buchet/Chastel, ou Flammarion, comme Stephen McCauley, Christopher Buckley, Robert Littell, Antonia Fraser, Joanne Harris, Mark Crick, Eva Rice, ou Shimon Peres, ainsi que de nouveaux auteurs comme Francine Prose, Ely M. Liebow ou Louisa Young. » La suite.

  4. clara dit :

    L’écriture m’est apparue un peu fade, trop ordinaire… billet à rédiger bientôt

  5. Mango dit :

    Pour me donner envie de lire à nouveau des histoires de cette guerre, il me faudrait un vrai bon roman sortant de l’ordinaire, ce qui n’est peut-être pas le cas de celui-ci, si j’ai bien compris.

    • yspaddaden dit :

      A mon avis, la guerre en elle-même n’est pas le sujet. Il n’y a pas de scènes de combat par exemple. Ce qui importe ici c’est plus ses conséquences sur les individus et la société.

  6. Violette dit :

    je suis d’accord avec toi, la couverture me fait fuir! quelle horreur!

  7. Kathel dit :

    Typiquement le roman que je trouverai toujours moins attirant que celui d’à côté… la faute à la couverture et au titre, sans doute !

  8. Philisine dit :

    Oui, un titre épouvantable à La Guillaume Musso (parfois on rêve de garder le title english). Bon, l’histoire me paraît pas plus attirante que toi mais les thèmes soulevés le sont (pour récupérer le reste). À voir donc (en espérant une autre collection pour la première et la quatrième de couverture). Bises

  9. sylire dit :

    Ton avis rejoint celui d’Antigone. Je dois dire qu’on me l’a proposé en SP et que j’ai refusé, craignant une bluette… Visiblement j’ai eu tort (mais ce n’est pas trop grave vu ma PAL !)

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