Même les chiens de Jon McGregor

Robert est retrouvé mort dans son appartement. C’est l’odeur qui a alerté sa voisine. Depuis plusieurs jours, personne n’était venu le voir. Qui était-il ?

C’est un concert de voix qui va tracer le portrait de cet homme et de son entourage. Robert était alcoolique, plus encore depuis le départ de sa femme et de sa fille, et vivait entouré de camés qui lui faisaient ses courses en échange d’un toit. Ce sont ces gens qui prennent la parole pour décrire leur vie qui se résume à la recherche quotidienne de drogue :

Mendier auprès de gens qui partaient au travail, vendre des journaux pour SDF, voler des rasoirs, des piles, de la viande et n’importe quoi d’autre qu’ils pouvaient revendre au pub, encore mendier à l’heure du déjeuner, sans perdre de vue tous ceux qui touchaient leurs allocs ce jour-là et en tirer quelque chose. Et tout le temps compter l’argent, économiser la petite monnaie jusqu’à ce qu’il y en ait assez pour une dose à dix livres qui les ferait tenir pendant qu’ils répèteraient toute l’opération. Trois ou quatre fois par jour, mesurer les heures, remplir leurs poches de mitraille jusqu’à ce qu’ils puissent l’échanger contre de la came.

Ces voix se focalisent tout à tour sur les divers protagonistes dont les destins partagent une même misère : pauvreté, alcool, foyers d’accueil, maltraitance… c’est terriblement glauque. Tous forment un narrateur, un « nous » qui décide d’accompagner l’ami Robert, de le suivre depuis le moment où la police force sa porte jusqu’à ce qu’il soit incinéré, en passant par l’autopsie. Ce « nous » s’interroge sur ce qui a pu arriver à Robert, pourquoi était-il seul, lui toujours si entouré de camés, et surtout où était sa fille Laura, junkie revenue vivre avec lui.

C’est à une découverte du monde des plus pauvres, des vrais paumés de la société que le jeune auteur britannique Jon McGregor convie son lecteur. Pour ma part, cette écriture trop travaillée m’a lassée. J’imagine qu’elle prétend mimer l’oralité de ces désespérés, je n’y ai pas cru, c’est beaucoup trop travaillé, et pour tout dire épuisant.

Est-ce qu’il s’est mis à parler de l’endroit où tu gardais l’argent et à dire que tu lui devais une partie de. Et maintenant c’est l’heure de rembourser, vieux. Est-ce que c’est ce qu’il. Est-ce qu’il. Sans hausser le ton ni rien mais. En te regardant droit dans les yeux. En te mettant debout et. En te collant une beigne et. Est-ce ça qu’il. Donnait toujours l’impression de pouvoir faire quelque chose. Toujours sur le fil celui-là mais tout ça c’était. Est-ce qu’il. Avais-tu même de l’argent à lui donner, nous voulons demander.

Je ne vois pas l’utilité d’un tel style, ce qui prouve bien que je suis restée extérieure à ce livre.

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Même les chiens

Jon McGregor traduit de l’anglais par Christine Laferrière
Christian Bourgois, 2011
ISBN : 978-2-267-02208-7 – 275 pages – 18 €

Even the Dogs, parution en Grande-Bretagne : 2010

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19 commentaires sur “Même les chiens de Jon McGregor

  1. Kathel

    PLus que le glauque, c’est le style qui me fait fuir !

    • Sandrine

      Le sujet s’attachant aux plus pauvres des SDF en Grande-Bretagne, ça n’est pas gai, c’est certain.

  2. Oui, le style me fait passer mon chemin aussi. Cela dit, en ce moment, je n’ai pas trop envie de trop glauque.

    • Sandrine

      C’est un livre assez déprimant, oui, et je comprends qu’on n’ait pas forcément envie de lire ça sur la plage en été…

  3. Le plus dur en littérature lorsqu’on a du style comme tu le dis si bien, est de rester humble et accessible à tous. Visiblement ce n’est pas le cas pour cet ouvrage. Je vais donc me ranger à ton avis.

    • Sandrine

      Moi je n’ai pas su l’apprécier, mais j’ai compris l’importance du style pour cet auteur. C’est pourquoi j’ai mis deux liens de lecteurs qui ont beaucoup aimé ce livre et expliquent pourquoi. Quand le style est si travaillé et si puissant, il ne peut pas toucher tout le monde et le plus radicalement, il va éblouir ou faire fuir. Je ne voudrais pas que de potentiels lecteurs passent à côté juste parce que moi, je n’y ai pas été sensible…

  4. C’est le genre de livre qui me parait illisible.

    • Sandrine

      Je ne dirais pas illisible, mais difficile, oui.

  5. Tu ne fais pas dans les lectures gaies, en ce moment…
    Je passe !

    • Sandrine

      Effectivement… et ça e va pas s’arranger 😉

  6. Pas très tentant… je ne suis pas du tout certaine que ce thème soit pour moi.

    • Sandrine

      Le thème m’attirait, et j’avais envie de découvrir cet auteur dont j’avais lu beaucoup de bien, mais la rencontre ne s’est malheureusement pas faite…

  7. Isa

    Il y a quelques années, j’avais lu « Fenêtres sur rue » du même auteur et il ne me semble pas avoir accrochée. Mais je n’ai pas bcp de souvenirs.

    • Sandrine

      Je crains que celui-là ne m’en laisse guère non plus…

  8. Hélène

    Sûr que vous ne lui faite pas une grande publicité, mais oui, je suis d’accord, les extraits ne sont guère encourageants.

    • Sandrine

      J’aurais aimé être séduite, car avec ce que j’avais lu, j’en attendais beaucoup, mais la rencontre ne s’est pas faite…

  9. ouf enfin qui ne me tente pas!
    c ‘est vrai que tes lectures ont l’air un peu tristes en ce moment non?
    Luocine

    • Sandrine

      C’est vrai que tout ça n’est pas bien léger, mais je garde le moral 😉

  10. Je passe : le style me fait fuir.

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