Violeta de Grecia Cáceres

A la fin des années 60, Violeta, la quarantaine, est secrétaire à Lima dans le cabinet d’un ingénieur. Célibataire, elle a une fille de quinze ans née d’un « moment d’oubli de soi si pauvre et éphémère ». Violeta est une très bonne secrétaire, mais elle exerce son métier sans intérêt autre que l’argent qui lui permet d’être une femme libre. Ce qu’elle aime particulièrement, c’est regarder les gens dans la rue depuis la fenêtre de son bureau liménien. Elle imagine des vies aux passants, à l’image des romans-photos qu’elle affectionne.

Quand une famille d’immigrés chiliens ouvre un salon de thé juste en face, il y a tout à coup beaucoup plus d’animation dans ce quartier d’affaires. Elle se rend souvent au salon de thé de don Antonio car la nourriture, préparée par sa fille aînée Cristina, est simple et excellente. Violeta apprécie beaucoup cette famille, qu’elle imagine sortie d’un magazine, une famille modèle. Elle se lie avec Cristina. Bientôt, l’ingénieur, son patron, s’intéresse de près à la jeune fille et Jaime, le troisième enfant de la famille, à la fille de Violeta. Deux histoires d’amour se dessinent. Mais Violeta sait quelque chose que Cristina et sa famille ignorent : l’Ingénieur est déjà père de trois enfants, sans être marié. Bientôt, elle apprend de la bouche même de sa fille que Jaime est fiancé à une jolie et jeune boulangère pleine d’avenir…

Grecia Caceres traite ici d’histoires d’amour de façon oblique, transversale. Non pas « ils vécurent heureux…etc », mais : ils se rencontrent, sont faits ou non l’un pour l’autre, s’aiment ou pas, choisissent de vivre ensemble ou pas. Il s’agit plus particulièrement de visions féminines des rapports hommes/femmes dans une société qui s’éloigne de plus en plus des modèles traditionnels. Violeta n’a jamais aimé un homme. Plutôt que de se laisser dominer par l’aigreur, elle préfère être fière de sa liberté et de sa capacité à élever sa fille sans devoir rien à personne. Elle a appris l’amour en lisant des romans-photos. Elle voudrait bien se tenir à l’écart de la relation entre son patron, l’Ingénieur, et Cristina, mais tout le monde lui demande son avis. Sa fille par contre ne lui demande rien, elle veut se battre, vivre la vie qu’elle aura choisie, profiter pleinement de l’amour d’un homme, même si pour ça elle doit renoncer au respectable statut d’épouse.

Grecia Cáceres écrit la vie de gens simples, qui pourraient sembler insignifiants si elle ne posait sur eux un regard attentif et empathique. Les personnages féminins sont forts, déterminés. Il n’y a pas de place pour les regrets chez Violeta qui a choisi sa vie, tout comme la mère de Cristina. C’est au tour des deux jeunes filles de choisir, Cristina et la fille de Violeta, qui doivent prendre en main leur vie, aussi modeste soit-elle, et en assumer les conséquences.

Féminin sans être féministe, c’est un roman simple, vivant, triste parfois mais souvent chaleureux.

Grecia Cáceres sur Tête de lecture

 

Violeta

Grecia Cáceres traduite de l’espagnol par Mariane Million
L’Eclose, 2003
ISBN : 978-2-914963-03-3 – 143 pages

La vida violeta, parution au Pérou : 2007

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10 commentaires sur “Violeta de Grecia Cáceres

  1. Il est dans ma PAL celui-là (parce que je veux découvrir la littérature péruvienne à cause d’Arguedas, découvert lui-aussi à cause de toi). C’est son deuxième chez cette maison d’édition, non ?

    • Sandrine

      Ah, tu veux dire, « grâce » à moi 🙂 Je découvre Grecia Cáceres avec ce roman qui est en effet son deuxième. Le premier, L’attente a été publié chez Balland, mais le troisième, Fin d’après-midi est aussi aux éditions L’Eclose, que je découvre également. Ce livre, élégant et sobre en petit format, possède une bien belle couverture.

  2. Ah celui-là, il me le faut (encore un) 😉 !

    • Sandrine

      Je suis ravie de faire des adeptes avec la littérature péruvienne…

  3. Il a l’air « joli » mais pas indispensable.

    • Sandrine

      J’intensifie mon exploration de la littérature péruvienne. Grecia Cáceres me semble une voix intéressante, différente, féminine. Et ce qu’elle écrit sur ces femmes péruviennes concerne toutes les femmes en général.

  4. Très bel avis, mais la littérature sud-américaine et moi, cela fait deux.

    • Sandrine

      Il n’est jamais trop tard pour se réconcilier 😉

  5. Oh je note et surligne!

    • Sandrine

      Un livre qui te plaira certainement.

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