Barcelone Noir

Barcelone NoirBarcelone Noir : Nouvel épisode des villes noires chez Asphalte, avec la capitale catalane. Deuxième opus de la série que je lis après Mexico Noir et j’y trouve le même intérêt. D’abord dans la possibilité de découvrir de nombreux auteurs, certains déjà traduits en français, d’autres pas. Car c’est la variété qui domine : variété des tons, des générations, et même des origines car si le cadre est toujours Barcelone, les auteurs ne sont pas tous barcelonais de naissance, certains ne sont même pas espagnols. Ils choisissent cependant quasi tous d’oublier la mer, les Ramblas et la Sagrada Familia pour nous montrer la face sombre de la ville.

Ce Barcelone Noir a d’abord été publié aux Etats-Unis. Je ne sais si les auteurs ont écrit leurs textes pour cette anthologie, c’est-à-dire pour des étrangers. Certaines nouvelles présentent un défaut, celui de compiler des éléments de guide touristique : « Ils quittèrent la misère des taudis de cartons et de planches de bois pour traverser des vergers poussiéreux autour de ce qui était alors le lit des eaux pluviales du quartier de Horta, remplacé aujourd’hui par le flamboyant Manhattan de Diagonal Mar, avec gratte-ciels comme la ville n’en avait jamais vus sans jamais les avoir voulus » (Andreu Martin, « Loi de fuite »). « Je sais qu’il passera devant moi en allant vers Sombrerers, une rue étroite qui longe une partie de l’église de Santa Maria del Mar ; sur le trottoir d’en face, où se succèdent aujourd’hui les galeries d’art, les vinothèques et les restaurants, il y avait au Moyen Age et jusqu’à récemment des ateliers de confection de chapeaux pour messieurs » (Antonia Cortijos « Les ombres de Brawner »). Je n’apprécie pas les voyages organisés, ils plombent la spontanéité de la découverte par leur artificialité.
J’ai préféré me perdre dans les rues malfamées de Montjuïc avec Raúl Argemí. Sa nouvelle, « Le charme subtil des femmes chinoises » se trouve dans une troisième partie intitulée « Cramé » au ton résolument hard boiled et bienvenu. Même plaisir de déambuler aux côtés de Carmen dans le barrio Gótico dans la surprenante nouvelle de Santiago Roncagliolo, « Le prédateur ».

D’autres auteurs de Barcelone Noir choisissent de s’affranchir de ce procédé pour privilégier le ton ou le style. La nouvelle de Lolita Bosch « En ce monde, en ce temps-là où Mercedes est morte » est intéressante, à la limite de l’expérimental tant elle joue avec les codes, en proposant une quantité invraisemblable de notes de bas de page qui perdent (à dessein) le lecteur plus qu’il ne l’éclaire. L’auteur prend tout simplement le contre-pied du travers historique cité plus haut, pour le détourner intelligemment.

J’ai beaucoup apprécié la nouvelle de David Barba, « Sweet Croquette », qui manie l’humour noir à merveille. Un auteur qui est à la fois expert en pornographie et enseignant en méditation ne peut manquer de se distinguer quand il prend la plume… C’est aussi tonique que morbide, un coup bas définitif à la gastronomie. Même registre mais dans une tonalité tragique, « L’offrande » de Teresa Solana nous conte un coup de foudre posthume d’un médecin légiste pour son hideuse secrétaire à la beauté intérieure éblouissante : très réussi.

Toutes ces nouvelles présentent également un panorama de la société barcelonaise. Comme souvent dans le polar ou le roman noir, les classes supérieures ne sont pas épargnées, c’est le moins que l’on puisse dire pour la nouvelle de Jordi Sierra i Fabra, « Quartiers chics ». Un terrible portrait de l’intérieur d’une famille de la haute bourgeoisie, dont les membres sont tous infects : Felipa, la bonne philippine qu’ils emploient et humilient depuis des années, finit par craquer et se venger. On croise également dans ces pages des prostituées, des drogués, des truands, des immigrés, des journalistes et même, quel plaisir, l’inspecteur Mendez, célèbre « héros » du non moins célèbre Francisco González Ledesma.

La palette des registres est vaste dans Barcelone Noir, et la diversité au rendez-vous. La parité aussi, sept femmes sur quatorze textes, chapeau. Toutes les nouvelles ne sont pas aussi réussies les unes que les autres, mais j’ai d’ores et déjà noté les noms de certains auteurs à approfondir.

 

Barcelone Noir

Anthologie traduite de l’espagnol et du catalan par Olivier Hamilton
Asphalte, 2012
ISBN : 978-2-918767-18-3 – 233 pages – 21 €

Barcelona Noir, parution aux Etats-Unis : 2011

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10 commentaires sur “Barcelone Noir

  1. J’aime bien avoir un recueil de nouvelles dans mon sac à main (pour le bus, les salles d’attentes, les pauses impromptues…)
    Je note donc celui-ci parce que la divrsité me plaît. Même si les textes ne sont pas de même qualité ; je trouve d’ailleurs qu’ils le sont rarement dans les recueils de nouvelles, même s’ils sont d’un même auteur.

    • Sandrine

      J’ai lu ici et là quelques notes de lecture sur ce recueil, et les les lecteurs ont apprécié des nouvelles que j’ai moi moins appréciées. C’est aussi ça le plaisir des anthologies : chacun y trouve son plaisir, qui n’est pas le même que celui de son voisin.

  2. Un peu de soleil dans ce Barcelone noir avec ce Sunshine Award à récupérer ici : http://lecture-sans-frontieres.over-blog.com/article-sunshine-award-on-a-cloudy-day-108816560.html. Bon dimanche.

  3. Je note cette collection, les nouvelles sont une belle façon de découvrir tant une ville que des auteurs.

    • Sandrine

      Tout à fait et en plus, ça donne de belles envies de voyage.

  4. Je vois bien que quelqu’un est passé avant moi mais moi aussi je t’ai décerné un Sunshine Award.

  5. Cette collection m’intéresse, mais je n’ai pas vraiment ce genre littéraire.

    • Sandrine

      Les textes sont pourtant assez divers, ça vaut le coup d’essayer, je crois.

  6. J’ai visité Barcelone il y a quelques mois donc ce recueil est bien alléchant, j’avais apprécié certaines nouvelles de Los Angeles Noir mais pas toute du coup ça + ton avis mitigé je ne sais pas trop. J’ai aussi croisé Londres Noir il y a peu, il me tente aussi.

    • Sandrine

      Je n’ai jamais lu un recueil de nouvelles où les textes soient tous de qualité égale. Et il ne s’agit ici que de mon goût personnel, certaines nouvelles qui m’ont moins plu ont plu à d’autres lecteurs. Tu retrouveras Barcelone dans ces textes…

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