Nécropolis de Herbert Lieberman

Nécropolis invite le lecteur à une plongée intégrale dans l’univers de la morgue de New York. A travers le quotidien de Paul Konig, le médecin chef de l’Institut médico-légal, on suit jour et nuit l’activité de cette ville des morts qui jamais ne s’arrête. Car depuis longtemps, Paul Konig n’a plus de vie privée ou familiale, il passe ses journées à l’Institut, ses nuits aussi souvent, et le week-end quand il peut.

Paul Konig fait figure d’autorité : c’est une sommité dont l’avis est demandé, respecté et bien sûr contesté par tous ceux qui cherchent à déboulonner sa statue bien trop imposante qui fait de l’ombre aux ambitieux. Lui-même est un homme autoritaire, colérique mais méthodique à l’extrême et hyper consciencieux. Il est l’âme et le cœur de l’institut, il en a la charge, mais le poids pèse de plus en plus sur les épaules de ce sexagénaire surmené.

Plusieurs affaires l’occupent au moment où nous le rencontrons, en avril 1974. La plus grave, celle qui risque de lui coûter son poste : une autopsie bâclée par un médecin de son service est contestée, il faut ouvrir le cercueil et couvrir ledit médecin car Konig endosse toutes les responsabilités, même si la faute est intentionnelle et provient de celui qui cherche à prendre sa place. Par ailleurs, Konig est tout entier absorbé par les morceaux de corps humains retrouvés dans le fleuve : bras, troncs, jambes… il ne sait même pas au départ à combien de corps il a affaire et comme il n’y a pas de tête et que le meurtrier s’est arrangé pour rendre toute identification impossible, le sexe est aussi inconnu. Un vrai puzzle dont la méticulosité du médecin-chef viendra à bout.

A l’habituel labeur professionnel s’ajoutent des problèmes d’ordre personnel : la fille de Konig, Lolly, a disparu. Depuis longtemps, Lolly s’est éloignée de ce père toujours absent, autoritaire, imposant, intransigeant. Ils n’ont jamais été proches, et le fossé s’est creusé depuis la mort de la femme de Konig, peu de temps auparavant. Mais avec l’âge, l’impression d’avoir raté quelque chose se fait de plus en plus sentir et Konig s’en veut. Plus encore lorsqu’il devient certain que Lolly est prisonnière d’une bande de sadiques qui la font hurler au téléphone pendant la nuit. Le commissaire Haggard, vieille connaissance de Konig, se charge personnellement de l’enquête.

Paul Konig est un personnage très antipathique, froid. On comprend à la fois pourquoi sa fille, une artiste peintre sensible, s’est éloignée de lui et pourquoi ses pairs et collègues l’admirent et le jalousent. L’écriture de Herbert Lieberman est à l’avenant du personnage : froide, précise, méticuleuse. Certaines descriptions ou conversations entre médecins sont quasi incompréhensibles tant elles empruntent au jargon médical et pourtant, c’est ainsi que l’auteur construit une poétique adaptée au personnage et au propos. Il émane de ces étalages de viscères et d’os une sorte de perfection surréaliste et incompréhensible au profane, mais fascinante. Fascination certes morbide mais primordiale, puisqu’il s’agit d’humains même si depuis toutes ces années Konig s’emploie à ne plus voir dans ces corps que des morceaux de chair.

Au-delà, ce roman a bien sûr une valeur documentaire considérable sur le quotidien d’un institut médico-légal et le travail des enquêteurs, et ce avant la possibilité de recherche sur l’ADN, les bases de données informatiques et la télécommunication portable.

 

Nécropolis

Herbert Lieberman traduit de l’anglais par Maurice Rambaud
Points, 1995
ISBN : 2-02-025920-6 – 505 pages

City of the Dead, parution aux Etats-Unis : 1976

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19 commentaires sur “Nécropolis de Herbert Lieberman

  1. J’avais déjà entendu parler de ce roman. Mais si le sujet semble passionnant, je ne sais pas si la forme me conviendrait.

  2. Je l’ai lu il y a 31 ans (oui, parfois, je peux être précise !) mais j’avoue ne pas avoir grand souvenir… J’étais peut-être trop jeune… 😉

    • Sandrine

      Ça ne fait pas 31 ans qu’il est dans ma PAL, mais un bail quand même, je suis ravie de l’en avoir sorti.

  3. Pour moi Nécropolis est un de mes livres cultes. C’est ce roman qui m’a fait rentrer de plain-pied dans le genre policier et roman noir et qui fait qu’aujourd’hui je lis 80% de livres dans ce genre litteraire. Un magnifique roman ! Pour les fans je conseille aussi  » Le tueur et son ombre » et  » la nuit du solstice » du même auteur. AMitiés

    • Sandrine

      Lieberman est surtout connu pour ce roman-là, je ne connaissais pas ces autres titres.

  4. J’ai lu ce roman il y a une quinzaine d’années, il m’avait laissé une forte impression !

  5. Une plongée dans le passé.

  6. Merci pour cette lecture commune !
    C’est un livre culte, a n’en pas douter 😉 !

    • Sandrine

      C’est parce que nous en avons fait une lecture commune que je l’ai enfin sorti de ma PAL : ce livre ne méritait certes pas un tel purgatoire. A la prochaine donc, sans hésitation !

  7. Ah ah, généralement j’aime bien le cadre « institut médico-légal » que ce soit en lecture, feuilletons, etc. Je ne saurais dire pourquoi par contre 😉

  8. J’ai l’impression de l’avoir lu il y a longtemps celui-ci ! Une lecture qui m’avait marquée 🙂

  9. Le quotidien d’un institut médico-légal ? Mouais, j’avoue que ça me tente moyennement. Je voudrais bien retâter du polar, mais je ne sais pas vraiment vers quel titre me diriger.

  10. Un des, si ce n’est le meilleur de Lieberman.

    Le Papou

  11. Je le mets dans ma PAL. Cela risque fort de me plaire.

  12. Alors là, c’est l’un des polars que je mets tout en haut de la liste des meilleurs polars du XXe siècle ! Je l’ai déjà lu deux fois… Un classique pour moi et un excellent livre sur New-York !

    • Sandrine

      Ce roman a ses fans inconditionnels on dirait, il le mérite bien.

  13. Je l’ai dans ma PAL et je ne l’ai toujours pas lu alors que je suis assez fascinée par les morgues…dis comme ça c’est un peu étrange ! J’espère que ton avis va me décider à aller le piocher dans ma PAL !

  14. Pour reprendre un précédent commentaire,
    Je l’ai lu il y a 21 ans (ou presque ou pas loin !) et j’avoue avoir gardé un grand souvenir de ce roman… Pas vraiment de l’histoire, mais de l’ambiance, de New-York, de la nuit, de New-York la nuit et du désespoir du docteur Konig… 😉

  15. Une piqure de rappel ne fait jamais de mal, même dans une morgue.
    Ce paysage nocturne d’un New-York by-night, loin des lumières festives et musicales, je le garde encore en mémoire des années après sa lecture.
    Un grand moment ‘offert’ par le pauvre Dr Konig – j’avais oublié sa froideur, mais j’avais gardé dans un recoin de ma tête l’atmosphère qui régnait dans cette ville de la mort.
    Un policier indispensable même s’il date de 1977.
    35 ans après, il est toujours d’actualité et ne semble pas vieillir – contrairement au lecteur que je suis…

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